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Premier concert des Vodun Days: Un véritable sanctuaire de sons, de rythmes et d’émotions

Société
Vodun Days 2026 Vodun Days 2026

En cette soirée du 8 janvier, Jour 1 de l’édition 2026 des Vodun Days, Ouidah a vibré au rythme d’un concert géant inédit dans l’histoire culturelle du Bénin. Sur une même scène, figures majeures de la musique béninoise, icônes africaines et stars internationales ont uni leurs voix pour célébrer le Vodun, la culture et l’ouverture du Bénin au monde.

Par   Josué F. MEHOUENOU, le 16 janv. 2026 à 10h14 Durée 3 min.
#Vodun days 2026

Après les rites et cérémonies, l’animation sur les places, le déferlement des adeptes, les pas de danse et autres, la musique a pris le relai aux Vodun Days. Une programmation éclectique et internationale a confirmé le positionnement culturel du Bénin. Du sacré au profane, la transition s’est faite sans rupture.

La musique a prolongé le rite, amplifié l’émotion et rassemblé des milliers de voix dans une même ferveur. La première soirée musicale des Vodun Days 2026 a réuni artistes locaux et stars mondiales dans une communion rare. Les téléphones s’élèvent, les voix se mêlent, les corps bougent. Ouidah n’est plus seulement une ville. Elle devient un rythme qui s’amplifie avec le bruit des vagues, les jeux de lumière dans la nuit et des décibels à n’en point finir. Quand la dernière cérémonie s’est achevée, la foule ne s’est pas dispersée. Elle s’est rassemblée. Pour écouter, pour vibrer, pour célébrer autrement. Après une journée intense de manifestations culturelles et cultuelles, a pris place un rendez-vous musical qui dépasse le simple divertissement pour s’inscrire dans une dynamique de rayonnement culturel et diplomatique.

Modernité et racines spirituelles en dialogue

Le Line-Up du concert témoigne d’une volonté affirmée de dialogue entre les cultures et les générations. Si en ouverture, des talents béninois comme Xtime & Ghix, Axel Meryl, Bobo Wè et Vano Baby ont donné le ton avec leurs compositions, le public lui les attendait et n’a pas manqué de prendre son plaisir. Avec ces artistes populaires, engagés et porteurs de sonorités contemporaines qui incarnent une jeunesse créative pleinement ancrée dans les réalités de son époque, mais consciente de ses racines, les jeunes spectateurs se sont bien réjouis. Ils ne se sont pas fait prier pour s’extasier. On pouvait les voir accompagner la plupart des morceaux avec vigueur et ambiance.

Dès les premières notes, la scène s’est imposée comme un véritable sanctuaire de sons, de rythmes et d’émotions. On pouvait y lire la modernité urbaine en dialogue sans complexe avec les racines spirituelles et culturelles du Bénin. Ghix et Xtime ont ouvert ce géant concert avec une prestation de haut vol, confirmant leur statut de véritables « génies» de l’Adjapiano. Débordants d’énergie, habités par leur musique, ils ont immédiatement électrisé la foule, transmettant une ferveur contagieuse à un public conquis, debout et en communion totale. Ce fut un grand moment de culture et de célébration d’une musique urbaine fière de ses racines traditionnelles, portée par une jeunesse créative et assumée.

Dans la même dynamique, Bobo Wê, drapé dans un costume rouge richement orné de cauris, a transformé la scène en espace rituel vivant. Son slogan devenu incantation collective, « Ekambio mi houn mido Bobo Wê », a ponctué toute sa prestation, entre séquences puissantes de tam-tams, répertoires vodun populaires et chœurs spontanés d’un public en extase. Puis, la température est montée d’un cran avec l’arrivée d’Axel Merryl, accueilli comme une véritable star. Son concept audacieux d’« Opéra Vodoun», mêlant influences urbaines, esthétique contemporaine et profondeur culturelle, a suscité une forte adhésion du public, impressionné par sa maîtrise de scène et l’interaction constante avec les spectateurs.

Ouidah s’embrase et danse

À leur suite, Meiway, figure emblématique de la musique ivoirienne et créateur du Zoblazo, apportera son énergie communicative et son expérience de la scène africaine, dans un esprit de fraternité culturelle régionale. Le génie du Kpalenzo n’a pas eu besoin de forêt pour faire parler la muse. Le micro, les sonorités et l’orchestre ont suffi à transformer la plage de Ouidah en un espace de show exceptionnel. L’ambiance est devenue incandescente avec l’Ivoirien, dont l’énergie à couper le souffle, soutenue par ses danseuses aux reins souples toutes vêtues de rouge, a fait vibrer Ouidah au rythme d’un Zoblazo revisité et festif. Vano Baby, chef autoproclamé du gang des sorciers, a ensuite livré un show endiablé devant un public surchauffé, totalement acquis à sa cause.

Enfin, le point d’orgue de la soirée est venu avec l’entrée magistrale d’Angélique Kidjo. Dans une performance à la fois puissante, énergique et profondément émouvante, la star mondiale a offert un live chargé de nostalgie, de gratitude et de déférence à la culture locale. Le public a chanté et dansé sans interruption sur ses titres emblématiques, de « Agolo» à « Sèdjèdo », avant un moment de grande émotion marqué par l’hommage à sa mère à travers «Malaïka ». Dans un geste fort et hautement symbolique, elle a invité sur scène Fanicko, Zeynab et Ayodélé pour une interprétation collective de « Mama Africa ». Une séquence vibrante, portée par la fierté nationale, la transmission intergénérationnelle et l’unité artistique béninoise, longuement ovationnée par un public conscient d’assister à l’un des plus grands moments de scène de l’histoire des Vodun Days.

La prestation d’Angélique Kidjo revêt une dimension symbolique forte. Ambassadrice culturelle du Bénin sur les scènes internationales, l’artiste multi-récompensée incarne ce pont entre tradition et universalité. Sa présence aux Vodun Days traduit un retour aux sources, un hommage vivant et vibrant aux spiritualités et aux rythmes qui ont nourri son parcours artistique. Quand elle entre en scène, ce n’est plus seulement un concert, mais un retour, un hommage, une offrande. Chaque note semble dialoguer avec la mémoire de la ville, avec l’histoire, avec le Vodun célébré quelques heures plus tôt. Le public écoute, puis applaudit longuement. Certains filment. D’autres chantent et dansent avec la Mama Grammy. Le temps est suspendu.

Comme une promesse tenue

L’ampleur internationale du concert se confirmera avec la participation de Ciara, star mondiale du R&B et de la pop, et de Davido, figure de proue de l’afrobeat. Leur présence à Ouidah marque une étape importante dans le positionnement du Bénin comme destination culturelle globale, capable d’attirer des artistes de renommée internationale autour d’un événement à forte identité africaine. Plus qu’un spectacle, ce concert géant s’est voulu une célébration collective, une communion entre le sacré et le profane, entre la tradition et les expressions musicales contemporaines. Il illustre la vision du Bénin qui fait de la culture un levier stratégique de développement, d’attractivité touristique et de rayonnement international. Ce concert n’était pas qu’un spectacle. C’était également un message. Celui d’un Bénin ouvert, créatif, confiant, capable d’unir le sacré et le profane, la tradition et la modernité, le local et le mondial. Et quand au bout du jour qui se levait déjà, le silence est enfin revenu, Ouidah sait déjà que cette nuit resterait gravée comme un battement de cœur. Comme une promesse tenue.

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Ils ont dit…

Vano Baby

Par la grâce de Dieu nous nous retrouverons encore l’année prochaine pour un show plus émerveillé. Je suis heureux et je sors épanoui de cette soirée et de cette prestation. Je ne suis pas exceptionnel par rapport à quelqu’un d’autre, mais je pense que le public m’aime bien et c’est une grâce. C’est une chance et je suis super content quand je retrouve mes fans toujours en train de m’attendre de cette façon. La communion est toujours parfaite et je suis reconnaissant envers ce public-là.

Frédéric Désiré Patrice Ehui, alias Meiway

Le spectacle de ce soir était très beau et c’est là où on se rend compte que l’intérieur du pays a besoin, a soif de spectacle. Et venir à Ouidah, pour moi, c’est un pèlerinage. On s’arrête toujours à Cotonou. On sert toujours Cotonou. On sert rarement l’intérieur du pays. Cette initiative est salutaire. On a fait un beau concert. On a vu ce public qui en voulait et on a donné le maximum. Donc, s’il est content, c’est l’essentiel. On a remarqué à la fin qu’ils étaient très contents et nous sommes contents aussi d’ailleurs. A propos de ma tenue, vous savez ce que ça signifie chez nous, les cauris ? Il vaut mieux ne pas le dire. Parce que la force de nos esprits ne s’expose pas. Il faut les transmettre de génération en génération en les protégeant, en les couvrant. Mais il ne faut pas les exposer. Il y a toute une histoire. Mais je préfère garder le mythe.

Le message derrière ce spectacle, c’est un message positif. Le Vodun a ces valeurs-là que beaucoup ne connaissent pas. Avec le Vodun, on peut tout construire. Mais il ne faut pas rester figé sur la destruction. Avec le Vodun, on peut construire et c’est ce que nous avons montré ce soir. Regardez tous ces gens qui sont heureux. Il y a près de 100 000 personnes qui sont là en train de jubiler, en train de danser ensemble. Voilà les effets du Vodun. Et ce sont les Vodun que nous célébrons ce soir. Le secret derrière mes chansons qui gardent toujours cette force malgré les années, c’est qu’il faut bien travailler. Quand on travaille bien, le travail est toujours reconnu, quelles que soient les années.

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