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Vie estudiantine à l’Université d’Abomey-Calavi: Entre études et petits boulots comme moyen de survie

Société
A l’Université d’Abomey-Calavi, ils sont nombreux à exercer une activité rémunératrice parallèlement aux études A l’Université d’Abomey-Calavi, ils sont nombreux à exercer une activité rémunératrice parallèlement aux études

Cours en amphithéâtre le jour, commerce en ligne, animation d’événements, pâtisserie ou petits services la nuit. A l’Université d’Abomey-Calavi, de nombreux étudiants jonglent entre études et activités génératrices de revenus pour faire face aux réalités économiques.

Par   Débora DANSOU (Stag.), le 20 mai 2026 à 07h31 Durée 3 min.
#Université d’Abomey-Calavi #Vie estudiantine

A l’université, les journées de plusieurs étudiants ne se limitent plus aux cours magistraux, aux travaux dirigés et aux séances de révision. Pour beaucoup d’entre eux, il faut aussi travailler afin de survivre, payer les frais liés aux études et parfois même soutenir la famille.

A l’Université d’Abomey-Calavi, ils sont nombreux à exercer une activité rémunératrice parallèlement aux études. Vente en ligne, pâtisserie, animation d’événements, cours de maison, commerce de vêtements ou prestations de services, chacun essaie de trouver un moyen de « joindre les deux bouts ». Pour Christian O. Elégbédé, étudiant en Licence 3 de Lettres modernes, cette réalité s’est imposée progressivement. « Ce que je gagne dépasse largement mon argent de poche du mois», confie-t-il. Selon lui, ses revenus mensuels atteignent parfois 40 000 francs Cfa, soit davantage que l’aide financière reçue de ses parents. Grâce à ces activités parallèles, il affirme avoir pu payer ses frais de scolarité, son loyer et même aider sa famille dans certaines situations. « Ça ne m’a pas empêché d’étudier parce que je m’étais fixé des objectifs », explique-t-il. L’étudiant reconnaît toutefois que l’organisation personnelle reste indispensable pour éviter que l’activité génératrice de revenus ne prenne le pas sur les études.

Le constat est similaire chez Daziano M. Djidonou, étudiant en Licence 2 à l’Institut national de l’eau (Ine). « Je fais un job en dehors des cours, qui me prend au moins quatre heures par jour. N’étant pas issu d’une famille aisée, je dois joindre les deux bouts avec ça pour étudier», raconte-t-il. Même lorsqu’ils bénéficient du soutien des parents, plusieurs étudiants évoquent des dépenses imprévues liées aux études : achat de documents, photocopies, transport, connexion internet ou encore loyer. « J’ai même aidé un étudiant pour qu’il m’aide en retour», ajoute-t-il pour illustrer les formes de solidarité qui se développent sur les campus universitaires.

La “débrouillardise”, le quotidien de l’étudiant

Chez de nombreux étudiants, le mot revient constamment : «se débrouiller ». Une expression devenue presque indissociable de la vie universitaire. « Nous nous débrouillons pour aider nos parents», expliquent certains étudiants. D’autres soulignent que les frais de photocopies, de documents et de fournitures absorbent rapidement les modestes aides familiales. Avec le développement du numérique et des réseaux sociaux, plusieurs jeunes se tournent désormais vers le commerce en ligne. Certains reçoivent même des commandes pendant les cours et les traitent après les séances. Juliette, étudiante en Licence 3 à la Faculté des lettres, langues, arts et communication (Fllac), affirme avoir commencé très tôt la pâtisserie. «En première année, je recevais des commandes de gâteau et je manquais parfois les cours pour satisfaire mes clients », raconte-t-elle. La jeune étudiante reconnaît que cette situation affectait parfois son rythme académique. «J’apprenais tard dans la nuit, mais je ne pouvais pas abandonner », précise-t-elle. Malgré les difficultés, elle affirme avoir tenu grâce à son objectif de réussite.

Même expérience pour Silnia Koulo, étudiante en Troisième année de communication. «C’était ma maman qui m’avait demandé de me lancer dans le commerce», explique-t-elle. Selon elle, cette activité lui permet aujourd’hui de disposer d’un minimum d’autonomie financière.

Pierrette, également étudiante en communication, évoque quant à elle la pression sociale qui pèse sur certains étudiants après l’obtention du baccalauréat. «Quand tu as le baccalauréat, les parents pensent qu’on a déjà un grand diplôme», signale-t-elle. Pour survivre, elle participe à des formations et travaille parfois comme animatrice lors d’événements. « Il m’arrive de vouloir abandonner, mais j’ai une personne à qui je veux ressembler», confie-t-elle.

Entre autonomie et risques académiques

Malgré ces efforts, plusieurs étudiants reconnaissent qu’il est difficile d’épargner ou de maintenir constamment de bons résultats académiques. Associer études et petits boulots entraîne souvent fatigue, stress et baisse de concentration. Du côté des parents, les avis restent partagés. Pour certains, un étudiant doit apprendre très tôt à être autonome. « Il faut apprendre à se prendre soi-même en charge très tôt et ne pas perdre de vue ses objectifs», estime Bertin Sowakoudé, parent d’étudiant. D’autres parents, en revanche, préfèrent voir leurs enfants se consacrer exclusivement aux études afin d’éviter tout impact négatif sur les performances académiques.

Pour Dr Daniel M. Noukpozounkou, assistant de recherche en sociologie à l’Université d’Abomey-Calavi, cette dynamique traduit  avant tout les réalités économiques actuelles. « C’est une excellente chose dans un contexte de faible pouvoir d’achat », affirme-t-il. Selon le sociologue, le fait pour un étudiant de développer une activité économique constitue une préparation à la vie active et un moyen d’apprentissage de l’autonomie. Mais il avertit également des risques lorsque les activités génératrices de revenus prennent le pas sur les études. « Cela influence à coup sûr les résultats lorsque les études sont moins privilégiées que ces activités», relève-t-il. Il estime toutefois qu’il ne faut pas systématiquement voir dans cette situation une démission des parents. Pour lui, certains ménages n’ont simplement plus les moyens de supporter seuls les charges universitaires, tandis que d’autres cherchent à responsabiliser leurs enfants.

Le sociologue plaide ainsi pour des mécanismes permettant de mieux concilier études et activités génératrices de revenus. « Cela serait un levier d’intégration sociale réussie des étudiants », soutient-il.