La Nation Bénin...
Un an après l’installation de sa septième mandature, transitoire, le Conseil économique et social (Ces) a remis au président de la République, ce mercredi 4 mars au palais de la Marina, neuf recommandations majeures couvrant des domaines phares de la vie socio-économique. Lors de la cérémonie, le président du Ces et le chef de l’État ont mis en lumière la portée institutionnelle, sociale et économique de ces propositions, qui s’articulent autour de quatre piliers.
Entre sécurité, développement territorial, organisation des coopératives, pouvoir d’achat et lutte contre l’alcool frelaté, les domaines sur lesquels ont porté les recommandations présentées au président de la République, mercredi 4 mars au palais de la Marina, sont des leviers pour transformer la croissance économique en impact concret sur la vie quotidienne des Béninois. Selon Conrad Gbaguidi, président du Ces, «?nous avons voulu comprendre avant de recommander, écouter avant de proposer. Le Ces se veut un trait d’union entre les aspirations du peuple et l’action publique?». Chaque pilier des recommandations traduit un enjeu précis et des propositions opérationnelles pour une République plus résiliente et plus équitable.
En effet, l’un des axes les plus saillants des recommandations concerne la sécurité et la gouvernance territoriale. A ce sujet, le Ces a mis l’accent sur l’importance de la convergence entre les forces de l’État et les collectivités locales pour assurer la résilience des territoires. «?La stabilité durable repose sur la combinaison de la sécurité, du développement et de la cohésion sociale?», a soutenu Conrad Gbaguidi, rappelant la montée en intensité des menaces dans certaines régions du pays depuis 2019. Le Conseil propose ainsi un renforcement des politiques éducatives et socio-sanitaires pour les jeunes exposés, ainsi qu’un soutien socio-économique ciblé afin de prévenir toute vulnérabilité qui pourrait fragiliser la sécurité.
En matière de conflits agropastoraux, le Ces souligne que la pression démographique, les mutations climatiques et les tensions foncières perturbent les équilibres ruraux. Si le Code pastoral a jeté les bases d’une régulation durable, les experts du Ces constatent qu’il reste à renforcer son application et la coordination entre les acteurs. Ils recommandent «?l’opérationnalisation des comités multi-acteurs de concertation, la sécurisation modernisée des couloirs de transhumance et la promotion de la production de fourrage et de la traçabilité du bétail?». Cette approche vise à prévenir la manipulation des tensions locales et à garantir la paix sociale dans les zones rurales.
Le Ces a également souligné l’importance du rôle des partenaires techniques et financiers. Selon Conrad Gbaguidi, «?l’efficacité des politiques publiques dépend de la cohérence entre les ressources mobilisées et les objectifs fixés aux niveaux national et territorial?». Le Conseil recommande d’approfondir l’intégration stratégique des appuis extérieurs et de consolider l’alignement des stratégies nationales et locales sur la Vision Alafia 2060. L’objectif?: une coopération plus efficace, au service de la souveraineté et du développement durable du pays.
Productivité et économie sociale
Un autre pilier des recommandations porte sur la structuration des coopératives et le développement de l’économie sociale et solidaire (Ess). Le Ces a insisté sur le rôle stratégique des coopératives agricoles et artisanales comme vecteurs de transformation locale et de création d’emplois. «?Organiser les producteurs, faciliter leur accès au financement et professionnaliser leurs activités constituent des conditions essentielles pour accroître la valeur ajoutée nationale?», a souligné Conrad Gbaguidi. Le Conseil préconise également la structuration des coopératives territoriales afin d’alimenter durablement les circuits touristiques et de renforcer le rayonnement culturel du pays.
Dans le même temps, l’Ess apparaît comme un moteur de croissance inclusive. Grâce à un diagnostic approfondi mené avec la Chambre de Commerce et d’Industrie du Bénin et la Facilité Icr, le Ces note que les initiatives se multiplient, mais que le secteur reste insuffisamment structuré. Pour ce faire, le Ces recommande l’adoption d’un cadre législatif spécifique, la création d’un fonds d’investissement dédié et la professionnalisation des acteurs. «?L’Ess peut devenir un levier de formalisation économique, de création d’emplois et de développement territorial durable?», insiste le président du Ces.
Le Conseil a également mis en lumière un problème de santé publique. En fait, la prolifération de l’alcool frelaté touche notamment les jeunes. Les recommandations comprennent un renforcement du cadre juridique, une meilleure coordination des contrôles et des infrastructures socio-éducatives pour protéger durablement la jeunesse. Ces mesures s’inscrivent dans une vision globale de la protection du capital humain, clé de la stabilité et de la croissance à long terme.
Le dernier pilier majeur des recommandations touche directement le quotidien des populations?notamment le coût de la vie et le pouvoir d’achat. Malgré la croissance soutenue observée depuis plusieurs années, le Ces relève un écart entre les indicateurs macroéconomiques et la perception réelle des ménages. Les facteurs identifiés incluent la vulnérabilité du secteur informel, la précarité socio-économique des femmes et le manque d’outils d’observation harmonisés.
Pour inverser la tendance, le Ces propose le concept du «?Panier citoyen?», structuré autour de quatre axes?que sont la productivité nationale avec la modernisation de l’agriculture et de l’artisanat, l’accès au financement, la valorisation des coopératives, puis la consommation responsable, la priorité aux produits de saison et la valorisation des circuits courts. Selon Conrad Gbaguidi, «?le Panier citoyen permet de traduire la croissance en pouvoir d’achat tangible et en meilleure qualité de vie pour nos populations?».
Face à ces recommandations dont il a pris acte, Patrice Talon, président de la République, a salué l’initiative et la qualité du travail abattu par le Ces. «?Je voudrais vous assurer que vos recommandations seront mises en œuvre, d’une manière ou d’une autre?», a-t-il déclaré, ajoutant?que le parcours de cette mandature donnera « une vie éternelle?». Il a annoncé l’organisation imminente d’un atelier pour examiner concrètement la mise en œuvre des propositions, soulignant l’importance d’un dialogue continu entre le Conseil et l’Exécutif.
Les neuf recommandations du Ces constituent un plan stratégique cohérent, intégrant sécurité, développement territorial, structuration productive, économie sociale et pouvoir d’achat. Elles reflètent à la fois une vision prospective et une volonté de traduction concrète en actions publiques. Pour Conrad Gbaguidi, «?le Ces n’est pas seulement une institution consultative. Il doit être un acteur de transformation sociale et économique, au service de la République?».
De toute évidence, cette rencontre symbolise non seulement le renouvellement de la légitimité du Ces, mais aussi la consolidation du dialogue institutionnel entre l’organe consultatif et le gouvernement. Les recommandations remises ce jour ouvrent des perspectives concrètes pour renforcer la résilience, améliorer le bien-être des citoyens et consolider la cohésion nationale. Le chemin de leur mise en œuvre reste à tracer, mais le dialogue engagé promet de traduire ces mesures dans la réalité quotidienne des Béninois.
Les recommandations remises par le Ces ouvrent des perspectives concrètes pour renforcer la résilience