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Assassinat du juge Sévérin Coovi / 3è journée du procès (15e dossier): Bientôt, le verdict du procès !

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Par   Claude Urbain PLAGBETO, le 21 juil. 2015 à 23h00

La fin du procès de l’affaire relative à l'assassinat du juge Sévérin Coovi, précédemment président de la Cour d’appel de Parakou, se précise. Le verdict ne saurait encore trop tarder au regard de l’évolution du procès qui est depuis hier mardi 21 juillet à l’étape de la lecture des pièces au dossier. Mais avant, l’Agent judiciaire du trésor Sévérine Lawson et l’expert psychiatre Francis T. Tognon ont déposé devant la Cour.

La sentence dans le 15è et dernier dossier inscrit au rôle de la première session ordinaire 2015 de la Cour d’assises de la Cour d’appel de Parakou pourrait être connue dans les prochaines heures. Suite aux débats qui n’ont pas permis de cerner tous les contours de l’assassinat du juge Sévérin Coovi en novembre 2005, la lecture des pièces jugées importantes par le ministère public, les avocats de la partie civile et de la défense et la Cour, a commencé dans l’après-midi d’hier. Ces pièces concernent des déclarations ou documents des membres de la commission d’enquête diligentée sur le crime, des autorités judiciaires, les accusés présents dans le box, ceux relaxés pour défaut ou insuffisance de charges, etc. Il en ressort, entre autres, que l’assassinat du juge Coovi fait suite à de nombreuses et persistantes menaces de mort après la décision rendue par la Cour d’appel de Parakou, début février 2005, au sujet du contentieux entre la mairie de Parakou et la Société de gestion des marchés de Parakou.

Pour rappel, à travers cette décision, la mairie devrait payer 60 millions F CFA à titre de dommages et intérêts à la Société de gestion des marchés de Parakou, contre 15 millions F CFA fixé en première instance. De l’argent avait circulé, témoignent certaines autorités judiciaires à l’époque, en vue d’influencer la décision en faveur de la mairie, mais en vain.
Aussi, dans sa première déclaration à la gendarmerie, l’accusé principal Clément Adétona, homme de corvée sans grade mis au service de feu Sévérin Coovi, n’avait-il pas cité les noms de ses deux co-accusés Raïmi Moussé et Ramane Amadou. Pour le premier, ce n’est que le lendemain de la découverte du cadavre du magistrat que son nom est entré dans le dossier et pour le second, il a fallu près de deux ans pour qu’il soit cité. Il était incarcéré pour une affaire de parcelle à la prison civile de Lokossa où le nommé Clément Adétona avait été entretemps transféré.
Après l’étape de la lecture des pièces qui se poursuit ce jour, viendront celles des observations de la partie civile, les réquisitions du ministère public et les plaidoiries de la défense avant le délibéré. Conformément à la période indicative, le procès est prévu pour se dérouler jusqu’au samedi 25 juillet prochain.

Toujours le statu quo

En ce qui concerne les débats proprement dits, ils n’ont guère évolué hier au cours de cette troisième journée de la reprise du procès, en dépit des nouvelles dépositions et confrontations entre les accusés. Clément Adétona, l’accusé principal, soutient toujours qu’il n’a pas participé au crime mais continue de dire que le sieur Raïmi Moussé est venu dans la nuit du dimanche 6 novembre, jour du crime, avec trois autres dont une femme, et qu’il lui a donné une «cola noir» à manger.
Raïmi Moussé quant à lui, continue de clamer son innocence. Il dit n’être « mêlé ni de près ni de loin » à l’assassinat de celui qu’il appelle « messie », et qu’il n’est même pas sorti de son domicile ce jour-là du fait de l’état de santé de son enfant malade à l’époque. «C’est une conspiration», croit savoir Raïmi Moussé, accusant ouvertement un haut responsable judiciaire de la Cour d’appel de Parakou à l’époque des faits qui, selon ses propres termes, « s’est senti humilié » par une décision rendue en sa faveur par feu Sévérin Coovi, alors que l’intéressé (le responsable judiciaire) avait pris fait et cause pour la partie adverse dans un dossier de domaine sis à Natitingou.
Ramane Amadou estime, lui aussi, qu’il est impliqué à tort dans le dossier. « C’est un coup monté. Je ne connaissais Clément Adétona nulle part...Ils sont quatre et voulaient me soutirer de l’argent : 500 000 F CFA parce qu’ils ont appris que j’avais reçu 700 000 F CFA que je devrais payer dans l’affaire de parcelle qui m’a amené en prison à Lokossa, pour sortir ». « Clément Adétona s’était rapproché de moi pour me demander dans un premier temps 200 F CFA et a profité pour me dire qu’il est incarcéré pour l’assassinat de Coovi. Je lui ai dit que j’avais un ami appelé Raïmi Moussé que j’ai connu à Parakou qui a été emprisonné pour la même cause. Je ne savais pas que je me créais des problèmes comme ça...C’est après qu’ils ont monté leur coup », poursuit Ramane Amadou.

L’AJT Sévérine Lawson dépose

La troisième journée d’audience a démarré hier mardi par l’audition de l’Agent judiciaire du Trésor (AJT) qui était représenté la veille par un de ses collaborateurs. D’entrée, Sévérine Lawson dit être «surprise» pour avoir été convoquée à ce procès, parce que son agence n’est pas partie prenante dans cette affaire, qu’elle n’est ni accusée ni victime ni partie civile dans cette affaire. «Quel est mon statut ici? A quel titre je suis ici ? », demande la magistrate. « Vous êtes chargé de veiller aux intérêts de l’Etat. Feu Coovi a eu des menaces et a saisi le ministère de la Justice et le président de la République pour assurer sa sécurité. La Cour veut savoir quelles sont les mesures qui ont été prises en son temps par vous, en tant que démembrement de l’Etat, pour que ce qui ne devrait pas arriver, soit quand-même arrivé », clarifie le président de la Cour, Ignace Edouard Gangny.
Tout en soulignant qu’elle ne voudrait pas entretenir un dialogue de sourds, Sévérine Lawson insiste et demande si c’est à titre de témoin ou autre qu’elle doit répondre à la question de la Cour. « Je n’insiste pas pour la forme, mais pour savoir quelle procédure doit être empruntée », laisse-t-elle entendre. Après une brève suspension de quatre minutes, la Cour est revenue pour signifier que l’AJT sera entendu en tant que «sachant». «J’avoue ne pas avoir de réponse précise à votre question, en ce sens que c’est à l’instant que je viens d’être informée que le président de la République a été saisi...J’ai ouï entendre que peu avant son assassinat, feu Sévérin Coovi a saisi les autorités en charge de la sécurité à Parakou, le ministère de la Justice, pour avoir suivi les débats par presse interposée l’année dernière. Des autorités judiciaires : le secrétaire général du ministère et le directeur de cabinet du ministre de la Justice au moment des faits, ont été entendus. Ils sont plus habiletés à indiquer les mesures prises en son temps pour la sécurité de l’ancien président de la Cour d’appel. Une chose est certaine, c’est que les agents de l’Etat ont droit à la protection... Mais je ne saurais dire quelles mesures concrètes le ministère de la Justice a fait prendre pour le renforcement de sa sécurité », répond l’Agent judiciaire du Trésor.
Me Hugues Pognon, avocat de la partie civile, demandera à la Cour qu’acte lui soit donné de ce que l’AJT a déclaré que « Les agents de l’Etat ont droit à la protection ». Au nom de la veuve Anastasie Coovi, le conseil se constitue partie civile. « C’est notre intérêt », souligne Hugues Pognon, avant de préciser que la veuve a dit qu’elle ne pouvait pas tenir à l’audience du fait de son état de santé depuis l’entame du procès l’année dernière.
C.U.P


L’expert psychiatre à la barre

Suite à la requête formulée lundi dernier par les avocats de la défense qui voulaient s’assurer de la véracité de son rapport, l’expert ayant réalisé l’examen psychiatrique et médico-psychologique sur l’accusé Clément Adétona le 20 mars 2006, a déposé hier à la barre. « Il était en possession de toutes ses facultés mentales quand je l’ai vu. Il m’a raconté lui-même les faits. Nous avons transcrit ce que monsieur Adétona nous a raconté. Dans son cas, je n’ai pas eu besoin d’interprète. Il répondait très bien aux questions. Il n’avait pas déliré. Il n’avait pas de trouble de mémoire, non plus », indique Francis Tchégnonsi Tognon, médecin psychiatre d’adulte en service au Centre hospitalier départemental (CHD-Borgou) et enseignant à la faculté de Médecine de l’Université de Parakou. Cependant, il se pourrait que l’accusé ait eu un trouble suite à un traumatisme psychologique du fait d’une amnésie qui porte sur les faits. Mais là, s’empresse-t-il d’ajouter, il va falloir faire une nouvelle consultation psychiatrique pour s’en convaincre.
Le ministère public et la défense ont tous demandé qu’acte leur soit donné de ces déclarations de l’expert.
Quant à Clément Adétona, il ne se reconnaît pas dans ce qui est consigné par l’expert dans son rapport. « Je ne sais pas », affirme-t-il quand il est appelé à réagir par rapport à ce que le psychiatre d’adulte a déclaré. Il reconnaît tout de même que le médecin s’est entretenu avec lui en prison.