La Nation Bénin...
L'éradication de l'extrême pauvreté, l'accélération de l'industrialisation, l'inclusion financière et la territorialisation du développement constitueront les principaux axes de la politique économique du Bénin au cours des trois prochaines années.
Le débat d'orientation budgétaire a permis au gouvernement de dévoiler les grandes lignes du budget 2027 ainsi que les orientations économiques qui guideront l'action publique au cours des trois prochaines années. Exercice prévu par la loi organique relative aux lois de finances, il intervient en amont de la préparation du projet de loi de finances et fixe les priorités budgétaires de l'État. Au-delà des performances macroéconomiques enregistrées ces dernières années, le gouvernement a surtout mis en avant les nouveaux choix économiques qui devraient accompagner la mise en œuvre du Plan national de développement 2026-2035 et de la vision « Bénin Alafia 2060 ». Le premier axe retenu concerne la lutte contre l'extrême pauvreté. Une promesse de campagne du président Romuald Wadagni. A juste titre, les documents présentés aux députés annoncent un renforcement des dispositifs de protection sociale et une extension des filets sociaux en direction des ménages les plus vulnérables. Cette orientation devrait se traduire par un soutien accru aux secteurs sociaux, notamment les cantines scolaires, l'accès à l'eau potable, les soins de santé primaires et l'accès à l'énergie. Le gouvernement souhaite privilégier les projets à fort impact social afin d'améliorer les conditions de vie des populations. Cette priorité marque une évolution significative de la politique budgétaire. Après une décennie marquée par d'importants investissements dans les infrastructures, l'accent est désormais mis sur les effets sociaux de la croissance et la réduction des inégalités.
L'industrialisation comme moteur de croissance
Le deuxième pilier de la stratégie gouvernementale concerne la poursuite de la transformation structurelle de l'économie. Le gouvernement entend accélérer la transformation locale des produits agricoles tels que le coton, le soja, l'anacarde ou encore le karité. L'objectif est de remonter les chaînes de valeur afin de créer davantage de richesses sur le territoire national et de générer des emplois industriels. Cette orientation intervient alors que plusieurs investissements industriels ont été engagés ces dernières années, notamment dans la Zone industrielle de Glo-Djigbé. Le Bénin considère désormais l'industrialisation comme l'un des principaux leviers de croissance durable.
Cette stratégie pourrait également permettre au pays de réduire sa dépendance vis-à-vis des exportations de matières premières brutes et d'accroître la valeur ajoutée produite localement. Dans son projet de société, le président Romuald Wadagni avait annoncé une amplification de cette politique industrielle à travers une régionalisation de la transformation industrielle de sorte que chaque pôle dispose de son propre tissu industriel. L'une des nouveautés du document budgétaire concerne le renforcement de l'inclusion financière. Le gouvernement envisage notamment de faciliter l'accès au crédit des femmes, des artisans et des acteurs de l'économie informelle. Le document évoque le déploiement d'une plateforme nationale de crédits permettant l'octroi de financements en moins de quarante-huit heures grâce aux technologies numériques et à l'intelligence artificielle. Considérant qu’une part importante de l'activité économique demeure informelle, cette mesure pourrait contribuer à améliorer l'accès au financement des petites activités économiques et soutenir l'entrepreneuriat.
Les députés ont d'ailleurs insisté au cours des débats sur la nécessité d'améliorer les mécanismes de financement des micro-agriculteurs et des petits producteurs, les mesures de soutien à la transformation agro-industrielle, les enjeux liés à l’’intelligence artificielle dans la planification stratégique nationale, les dispositifs de lutte contre la fuite des cerveaux, ainsi que les modalités d’organisation des six pôles régionaux. Ils ont également formulé plusieurs recommandations invitant le gouvernement, entre autres, à faciliter l’accès au financement des micro-agriculteurs, à impliquer les universitaires dans la politique de transformation digitale, à renforcer le dispositif institutionnel des préfectures et à harmoniser les quotas horaires des Aspirants au métier d’enseignant. Le gouvernement cherche à ouvrir un nouveau cycle économique combinant croissance soutenue, industrialisation et amélioration des conditions de vie des populations. Le projet de loi de finances 2027 permettra de mesurer concrètement la traduction budgétaire de ces ambitions.
Développer les territoires
Le gouvernement prévoit une nouvelle organisation de l'action publique autour de six pôles régionaux de développement. Cette territorialisation vise à rapprocher les politiques publiques des réalités locales et à réduire les déséquilibres entre les territoires. La modernisation de l'administration territoriale, le renforcement du capital humain, le développement du tourisme et l'amélioration du climat des affaires figurent également parmi les axes retenus pour la période 2027-2029. Ces nouvelles priorités s'appuient sur des résultats macroéconomiques jugés favorables. Le gouvernement indique que la croissance économique a atteint 8,1 % en 2025, contre 7,5 % en 2024 et 6,4 % en 2023. Cette progression s'explique notamment par la bonne tenue de la campagne agricole, le dynamisme du secteur industriel et la reprise des activités commerciales. Les recettes des régies financières se sont établies à 2 193,2 milliards de francs Cfa en 2025, soit une hausse de 28,9 % par rapport à 2023. Parallèlement, le déficit budgétaire devrait progressivement diminuer pour atteindre 2,7 % du Pib à l'horizon 2029, contre 3,1 % prévu en 2026. Sur le plan macroéconomique, dans le scénario de référence, le taux de croissance national s’afficherait à 7,5 % en 2027, comme en 2026, et devrait se maintenir sur la période 2028-2029. Au plan international, la croissance mondiale s’établirait à 3,2 % en 2027, tandis que la zone Uemoa afficherait une croissance robuste de 5,5 %. Sur le plan budgétaire, les ressources totales de l’État devraient progresser de 11,0 % en 2027, et le déficit budgétaire régresserait progressivement pour atteindre 2,7% du Pib en 2029, en deçà du seuil communautaire de 3 %.
Le gouvernement dévoile les grandes lignes du budget 2027