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Commerce international: La Chine renforce son avantage en Afrique

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Après avoir supprimé les droits de douane pour 53 pays africains, la Chine vient de mettre en place un rail de paiement, un mécanisme de conversion monétaire moins cher, plus rapide, pour le commerce bilatéral Chine-Afrique. A cela s’ajoute le système de paiement chinois alternatif à Swift existant déjà. Autant d’atouts pour l’accès au marché financier chinois lui-même et qui contribuent à l’assise économique chinoise sur le continent africain. 

Par   Paul AMOUSSOU, le 01 juil. 2026 à 07h17 Durée 3 min.
#commerce bilatéral Chine-Afrique

Dans la bataille pour le marché africain, la Chine vient d’ajouter une nouvelle corde à son arc. Preuve que son contrôle ne se joue plus seulement sur les parts de marchés des infrastructures,  les ports ou les mines. Le 26 juin 2026, la Banque Populaire de Chine a fait ce que des décennies de discours n’avaient pas réussi : elle a enclenché le mécanisme pour rendre le yuan utilisable en Afrique. Sans demander la permission au dollar.

Sur fond de droits de douane en hausse, la géostratégie financière prend ainsi une tournure particulière. C’est connu, qui contrôle la compensation, contrôle les flux. Qui contrôle les flux, influence les prix, les délais, les choix d’approvisionnement. C’est ce qu’a compris sans doute Pékin en ouvrant la première chambre de compensation en yuan à l’échelle d’un continent. Permettant aux entreprises de commercer directement avec la Chine sans passer par le dollar, ce qui réduit les frais de conversion et accélère les transferts financiers.

A cet égard, Standard Bank d’Afrique du Sud et le mastodonte financier chinois, l’Icbc sont appelés à gérer la Renminbi Clearing Bank of Africa. Dix-neuf pays sont concernés. L’idée est simple : un importateur à Abidjan, Cotonou ou Dakar pourra désormais payer son fournisseur de Shanghai en yuans. Directement. Sans conversion Cfa-Dollar puis Yuan. Surtout sans les deux commissions qui faisaient saigner les bourses. Avec Standard Bank comme banque-pont entre les deux économies, Pékin favorise ce type d’infrastructure dans le cadre d’une stratégie de dédollarisation et pour approfondir l’intégration financière internationale via son réseau Cips (système de paiements transfrontaliers). Une illustration de la volonté de la Chine d’étendre son influence financière et de faciliter les échanges économiques dans les pays émergents.

La logistique avant  l’idéologie

Officialisé le 25 juin dernier, le dispositif ne tombe pas du ciel. Ce n’est pas une révolution annoncée à coups de trompette. C’est une infrastructure posée, brique par brique. Pékin connecte et ne cherche plus à convaincre. Depuis novembre 2025, Standard Bank s’est déjà connectée à Cips, le système de paiement chinois alternatif à Swift lancé en 2015 par la Banque populaire de Chine pour faciliter le règlement et la compensation des transactions internationales directement en Yuan (Rmb) et concurrencer l’hégémonie du dollar. La chambre de compensation actuelle ajoute une pièce manquante : l’accès au marché financier chinois lui-même, à ses liquidités et à ses titres.

Il y a une concordance logique. Depuis le 1er mai dernier, Pékin a supprimé les droits de douane pour 53 pays africains. Accès au marché d’un côté, rails de paiement de l’autre : Pékin avance sur ses deux jambes. Pour les Petites et Moyennes Entreprises africaines, le gain est immédiat. Finis le délai (de trois jours) et les frais de double change. Pour les États endettés envers Pékin, c’est un répit budgétaire. Plus question de subir deux conversions et des frais de virement Swift.

Toutefois demeure un obstacle lié au change. Le yuan reste une monnaie non librement convertible. Tout encaissement en yuans ne peut que servir à investir sur le marché chinois, à commercer avec la Chine. On peut librement régler en yuans, livrer en Cfa, et garder la marge intermédiaire, grâce au système Cips et sa chambre de compensation. Ce n’est pas anecdotique. C’est la souveraineté par le coût de revient. Certes, le dollar ne disparaîtra pas. Il reste la monnaie de 80 % de la dette et des réserves africaines. Mais il n’est plus obligatoire. Le yuan devient une option crédible, moins chère, plus rapide, pour le commerce bilatéral.

Une certitude, dans l’internationalisation du yuan, l’Afrique même servant de terre d’expérimentation, a l’avantage désormais de choisir le rail sur lequel ''trailler'' ses marchandises. De plus, le passage par des banques correspondantes et les frais de change liés au billet vert étant supprimés, les délais de transfert s’en trouvent améliorés.