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Coopération bénino-américaine: « La relation entre nos deux pays est constructive et tournée vers l’avenir »

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Brian Shukan Brian Shukan

Entre souvenirs de la ferveur démocratique des années 1990, reconnaissance des progrès économiques récents, coopération sécuritaire renforcée et admiration pour la richesse culturelle béninoise, l’ambassadeur des Etats-Unis près le Bénin, Brian Shukan dresse le bilan d’une mission marquée par le partenariat et la confiance.

Par   Isidore GOZO, le 11 févr. 2026 à 08h38 Durée 3 min.
#Coopération #Diplomatie

La Nation : Monsieur l’ambassadeur, vous connaissez le Bénin depuis près de trente ans. Quel regard portez-vous sur l’évolution démocratique du pays et que retenez-vous comme expérience personnelle ?

Brian Shukan : Je suis arrivé pour la première fois au Bénin en 1996, comme jeune diplomate. J’ai eu la chance d’observer la forte participation des Béninois à l’élection du président Mathieu Kérékou, quelques années seulement après la Conférence nationale. Cette mobilisation citoyenne, cet enthousiasme démocratique, m’ont profondément marqué et ont influencé toute ma carrière. Revenir en 2022 comme ambassadeur a donc été très spécial pour moi. Du point de vue des Etats-Unis, nous accordons une grande importance à certaines valeurs essentielles : le droit des citoyens à choisir librement leur gouvernement, la responsabilité des dirigeants devant le peuple, la liberté d’expression et la liberté de la presse. Il est important que ces principes reposent sur des institutions fortes et crédibles. Nous respectons pleinement la souveraineté du Bénin et les choix du peuple béninois. Au-delà de la démocratie, ce qui m’a aussi marqué, c’est la richesse culturelle du pays. L’art, la musique, les traditions, les festivals… On ressent ici une créativité exceptionnelle. Ces souvenirs resteront avec moi bien après mon départ.

Sur le plan du développement, quels progrès vous ont le plus impressionné et quels défis restent à relever selon vous ?

J’ai été très positivement impressionné ces dernières années par les avancées économiques du Bénin, notamment l’accent mis sur la transformation locale et la création de valeur ajoutée. Le pays ne veut plus seulement exporter des matières premières brutes, mais transformer ses produits sur place. Ce que j’ai vu avec le coton, par exemple, montre une vision stratégique claire. Mais il faut toujours continuer à progresser. Le défi est de créer plus d’emplois et d’opportunités pour les jeunes et pour toutes les régions du pays. J’ai également été marqué par le travail communautaire, surtout dans le domaine de la santé. Les relais communautaires, soutenus par l’Usaid et les volontaires du Corps de la Paix, accomplissent un travail remarquable auprès des familles en matière de santé maternelle, de vaccination, de prévention. Aujourd’hui, plus de 3 000 relais poursuivent ces actions. C’est impressionnant et cela doit continuer.

La sécurité est devenue un enjeu majeur pour le Bénin. Comment évaluez-vous la coopération entre les Etats-Unis et les forces béninoises ?

Depuis mon arrivée, je suis très fier du partenariat que nous avons développé avec les forces de sécurité béninoises. Les Etats-Unis ont investi plus de 30 millions de dollars dans des équipements militaires et policiers, des programmes de formation et des infrastructures, notamment un centre de formation pour la police. Mais il est important de rappeler que c’est le Bénin qui dirige cette lutte. Ce n’est pas à un pays étranger de le faire. Notre rôle est d’aider à renforcer les capacités. Cela dit, aucun pays ne peut affronter seul ce type de menace. Les groupes extrémistes ne respectent pas les frontières. La coopération régionale, le partage d’informations et la collaboration internationale sont indispensables. Et la réponse ne doit pas être uniquement militaire. Il faut aussi s’attaquer aux causes profondes comme la pauvreté, la marginalisation et le manque d’opportunités économiques.

Quelles étaient vos priorités à votre arrivée et quelles perspectives voyez-vous pour l’avenir des relations entre le Bénin et les Etats-Unis, notamment après votre départ ?

Le cœur du métier de diplomate, ce sont les relations. Les liens entre le Bénin et les Etats-Unis existent depuis l’indépendance en 1960, et ils sont solides. Mais on peut toujours les approfondir. Nous avons renforcé la coopération sécuritaire, mais aussi les programmes de développement et les échanges économiques. Aujourd’hui, cette coopération est institutionnalisée. Un bureau de coopération militaire permanent et des responsables dédiés à la coopération policière assurent la continuité, indépendamment des personnes. Pour l’avenir, j’aimerais voir davantage d’échanges commerciaux entre nos deux pays. Le Bénin progresse économiquement et il existe beaucoup d’opportunités. Je pars avec confiance et optimisme. La relation entre nos deux pays est constructive, respectueuse et tournée vers l’avenir.