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Microfinance dans l’Uemoa: Croissance du portefeuille sous la menace du risque de crédit

Economie

La microfinance dans la zone Uemoa poursuit son expansion, avec plus de clients, plus de dépôts et davantage de crédits. Mais la hausse des créances en souffrance révèle une fragilité persistante qui pourrait peser sur la consolidation du secteur.

Par   Claude Urbain PLAGBETO, le 10 févr. 2026 à 07h26 Durée 3 min.
#Espace Uemoa #BCEAO

La progression de l’activité de la microfinance s’accompagne d’une fragilité persistante dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). Au 30 septembre 2025, les créances en souffrance sont passées de 277,9 milliards F Cfa à fin juin à 284,6 milliards F Cfa, selon la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Bceao). Le taux brut de dégradation du portefeuille ressort à 10,2 % contre 10,4 % au trimestre précédent, alors que la norme maximale est fixée à 3 %. Un an plus tôt, en septembre 2024, ce taux était estimé à 8,9 %.

Ainsi, si la qualité du portefeuille de crédits s’est légèrement améliorée au troisième trimestre 2025, la dégradation s’est aggravée sur un an et le risque tend à s’installer comme une contrainte structurelle du secteur.

Cette situation traduit potentiellement un double phénomène. D’une part, une montée des difficultés économiques dans les segments les plus fragiles de la population, précisément ceux que la microfinance cible. D’autre part, une course à la croissance dans certaines institutions, où l’élargissement rapide de la clientèle et des encours peut avoir pris le pas sur l’évaluation rigoureuse de la solvabilité. Plus la microfinance se démocratise, plus elle attire une clientèle à risque, et plus le portefeuille devient vulnérable si les outils de suivi, de scoring et de recouvrement ne suivent pas.

Signe de vulnérabilité

L’autre indicateur révélateur est le nombre d’Institutions de microfinance (Imf) sous administration provisoire. A fin septembre 2025, 10 institutions sont concernées contre 9 un an plus tôt. Elles se répartissent entre le Bénin (4), le Burkina Faso (1), la Côte d’Ivoire (1), le Mali (1), le Niger (2) et le Togo (1).

Même si ces structures ne représentent qu’une faible part des 527 Imf que compte l’Union, leur présence constante dans les statistiques rappelle que la supervision et la gouvernance du secteur restent des défis majeurs.

Ce point devient d’autant plus sensible qu’en collectant l’épargne de millions de citoyens, la microfinance constitue aussi un enjeu de stabilité sociale. Les institutions en difficulté ne posent pas seulement un problème financier, elles peuvent provoquer une perte de confiance durable dans l’ensemble du système de finance décentralisée, avec un risque d’effet domino sur les retraits et la liquidité.

Les données de la Bceao mettent aussi en lumière des écarts persistants dans l’accès aux services. L’épargne mobilisée est constituée à 47,3 % par les hommes, 23,8 % par les femmes et 28,9 % par les groupements. Sur le crédit, la clientèle masculine bénéficie de 48,1 % des concours, contre 31,5 % pour les femmes et

20,4 % pour les groupements. En dépit du discours traditionnel sur la microfinance comme outil d’autonomisation, les femmes restent minoritaires dans la mobilisation des ressources et l’accès au financement.

Progrès en trompe-l’œil

Malgré ces fragilités, l’activité continue de progresser. A fin septembre 2025, les Imf desservaient 20 086 236 clients, à travers 4 858 points de services. Un an plus tôt, le nombre de bénéficiaires était de 19 070 625 pour 4 818 points. La progression annuelle ressort ainsi à 5,3 % pour la clientèle et 0,8 % pour le réseau, signe que la demande croît plus vite que l’extension physique des structures.

Cette dynamique se reflète dans l’épargne et le crédit. L’encours des dépôts collectés par les Imf atteint 2.731,6 milliards F Cfa à fin septembre 2025, en hausse annuelle de 11,1 %. Sur le trimestre, l’augmentation est de 2,5 %, plus rapide que celle du nombre de clients (+1,1 %).

Malgré cette progression, la microfinance reste un acteur secondaire dans la mobilisation globale de l’épargne. Les dépôts collectés par les Imf ne représentent que 5,3 % de ceux des établissements de crédit de l’Union.

En ce qui concerne le crédit, l’encours des prêts octroyés par les Imf a atteint 2 780 milliards F Cfa à fin septembre 2025, soit une progression annuelle de 4,6 %.

La microfinance est appelée à jouer un rôle accru dans le financement des économies de l’Union, mais la gestion du risque de crédit demeure l’un des principaux défis pour consolider les acquis du secteur.