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Décédé vendredi dernier: Paulin Hountondji, franc et fervent jusqu’au bout !

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Paulin Hountondji Paulin Hountondji

Alors que la communauté des laïcs de l’église protestante méthodiste du Bénin l’attendait pour une assemblée générale dont il a été la cheville ouvrière et dont il devrait présider les travaux, le professeur Paulin Hountondji a choisi d’honorer le rendez-vous céleste. Un faux bond qui a laissé sa communauté chrétienne dans l’émoi. Mais fervent et franc, il l’aura été jusqu’au bout. 

Par   Josué F. MEHOUENOU, le 06 févr. 2024 à 12h21 Durée 3 min.
#Paulin Hountondji
L’église protestante méthodiste du Bénin pleure depuis vendredi dernier, une de ses meilleures têtes pensantes, le professeur Paulin Hountondji. Intellectuel chevronné, mais aussi cadre émérite, il a choisi ses 82 printemps pour répondre à l’appel sans détour. Ancien ministre de l'Éducation nationale dans le gouvernement de transition (1990-1991), ministre de la Culture et de la Communication (1991-1993), il a été également Chargé de mission à la présidence de la République. Au plan intellectuel et dans la haute sphère des hommes de culture du continent et au-delà, l’unanimité se fait autour de ses qualités de « grand homme ». « (…) Je ne peux pas chausser ses sandales…C’est une grosse tête, un homme courageux et de principes. C’est une perte énorme pour le pays parce que nous n’avons pas encore son remplaçant », confie encore sous l’émotion, le professeur John Igué appelé à le remplacer au pied levé pour conduire les travaux de l’assemblée générale des laïcs de l’Eglise protestante méthodiste du Bénin (Epmb). Des assises que le défunt devrait conduire en qualité de président de la coordination nationale et dont il a conduit les travaux préparatoires. Depuis l’annonce de la triste nouvelle, que de réactions pour témoigner de la grandeur de l’homme ! Pour le ministre d’Etat Abdoulaye Bio Tchané, le défunt « laisse un grand vide derrière lui ». 
Si le décès du professeur Paulin Hountondji fait grand bruit au sein de l’Epmb, c’est parce qu’il a marqué la vie de cette communauté religieuse d’une empreinte indélébile. Il a été à plusieurs tournants de son histoire, un acteur clé, parfois contesté dans ses rôles et prises de position. Mais cela n’a jamais eu raison de sa philosophie, non pas de philosophe, mais de chrétien méthodiste. « Il a marqué les esprits, restant un croyant résolu jusqu’au bout de l’église protestante méthodiste du Bénin dont il a longtemps défendu les valeurs», lit-on dans le témoignage du ministre d’Etat Bio Tchané. « Sa mort est une grande mort. Dans la Bible, il est parlé de la guerre du Christ contre les diables. Il est mort de cette guerre-là. L’arme à la main», appuie le professeur John Igué. Aristide Hounkpatin, président de la Sentinelle de l’Epmb parle lui avec « grande amertume et douleur ».  

Source d'inspiration 

La vie fervente de Paulin Hountondji a été source d’inspiration au sein de la communauté, témoigne le révérend Simon Kossi Dossou, ancien président de l’église. Pendant les dix ans qu’ont duré ses deux mandats, il a eu pour vice-président le regretté professeur dont il garde une multitude de souvenirs. « Parfois on le sent fatigué, mais il est toujours à l’église. Il peut parfois venir en retard, mais il était toujours présent et cela a été très bénéfique pour les jeunes intellectuels qu’un homme de renom comme lui, philosophe de surcroit soit si attaché à sa foi », témoigne-t-il. Cela a contaminé plusieurs autres qui ont choisi de faire comme lui. C’est plus qu’une prédication, soutient-il ensuite. Selon lui, beaucoup ont retenu de lui l’homme du discernement qui connaissait certes son art, la philosophie, « mais cela ne l’a jamais distancé de sa foi et il est resté attaché à Dieu toute sa vie ». 
Fils de pasteur, « il avait un certain nombre de pratiques spirituelles qu’il n’a pas abandonné jusqu’à son dernier souffle », reconnait Simon Kossi Dossou qui précise que « aller à l’église pour lui faisait partie d’un devoir et non pas une contrainte. Il l’appréhendait comme faisant partie de sa vie ». Vice-président de l’église pendant dix ans, celui qu’il secondait dans la charge ecclésiale assure qu’il était d’abord « très engagé pour résoudre les problèmes de la crise naissante et on le voyait comme porté vers tout ce qui peut aider à sortir de la crise ». Il avait sa foi en tant que chrétien, dit-il, mais il avait aussi « ses réflexions d’homme mûr, de philosophe qui savait faire la part des choses entre la philosophie pure et la foi chrétienne qui ne va pas en contradiction avec sa philosophie». Des positions qui ont pu donner lieu à des interrogations qui pour l’intéressé, n’ont pas droit de cité. « Philosophe de renom international, chrétien fervent jusqu’au bout », c’est ainsi que le révérend résume sa vie. Une vie qui parfois étonnait plus d’un, de voir un homme de pensée si tant attaché à la foi. « Pour lui, il n’y avait pas de contradiction. Il y avait juste un homme cohérent avec lui-même », tranche-t-il au bout de son témoignage. 
« Le Christ ne se cachait pas…»  

Les mots pour peindre le professeur Paulin Hountondji comme on en lit depuis trois jours avec la nouvelle de son décès ne seraient-ils pas des éloges d’après vie comme on voit un peu partout ? Non ! Rétorque-t-on au sein de la communauté méthodiste et même au sein du monde universitaire. « En tant qu’homme et chrétien homme public, il ne se cache pas derrière les qu’en dira-t-on. Il est droit pour dire ce qu’il a à dire. Qu’on l’accepte ou qu’on ne l’accepte pas, il ne se privait pas d’exprimer ses pensées et c’est cela qui l’a caractérisé tout le temps », reprend Simon Kossi Dossou. « Il a toujours mis cela sur le compte de sa foi qui l’oblige à l’intégrité. Beaucoup n’aiment pas qu’on leur dise la vérité et de façon crue, mais pour lui cela ne pose aucun problème. Le Christ ne se cachait pas pour dire ce qu’il avait à dire, disait-il souvent», conclut l’homme de Dieu, témoignant à propos du professeur Paulin Hountondji. Des regrets le concernant, il en porte beaucoup. Non seulement du fait de leur décennie d’étroite collaboration, mais aussi et surtout parce que jeudi 8 prochain, au terme de sa longue carrière pastorale, le révérend Dossou entend publier ses biographies. Et qui avait-il trouvé pour préfacer cet ouvrage d’envergure ? Paulin Hountondji. « Je suis personnellement très touché qu’il fasse ce témoignage et qu’il ne soit pas là et qu’on soit obligé de parler de lui au passé», regrette-t-il.