La Nation Bénin...
L’éminent journaliste et écrivain Jérôme Carlos
est mort ce lundi 15 janvier. C’est l’émoi dans le rang des professionnels des
médias qui peinent à accepter l’évidence tant l’homme a marqué son temps.
Témoin privilégié de son temps et des grands
faits de son pays, Jérôme Carlos, célèbre journaliste-chroniqueur dont la plume
suscite l’admiration de ses contemporains, a tôt tracé sa voie vers
l’excellence, marquant à jamais l’ancienne et la jeune génération de
professionnels des médias. Ses lecteurs et auditeurs n’en étaient aucunement
indifférents, vu la dimension et la densité de l’homme. La nouvelle de sa
disparition, ce lundi 15 janvier, laisse le public coi même s’il le savait un
peu moins fringant depuis la maladie qui l’a un peu éloigné des feux de la
rampe. A 79 ans, celui qui passe pour un monument de la presse béninoise laisse
à la corporation qui l’a de tout temps adulé et admiré le souvenir d’un grand
professionnel, un homme de lettres dont les écrits auront longtemps édifié
l’opinion publique.
Le mentor
Conciliant et pas le moins polémiste, il s’est
démarqué du landerneau médiatique par son intégrité et son professionnalisme,
affichant sa volonté de voir la presse jouer convenablement son rôle.
Elégant et à l’allure de gentleman, Jérôme
Carlos s’est distingué par ses chroniques publiées dans les journaux et
diffusées sur les ondes de la radio Capp Fm dont il a été jusqu’à sa mort le
directeur général. Des faits de société aux intrigues politiques en passant par
les questions de développement, ses productions se sont imposées au public par
leur sens analytique et l’audace dont il fait preuve en distribuant aussi bien
les bons que les mauvais points aux acteurs clés des différents domaines de la
vie de son pays. Le Bénin qu’il a été contraint de quitter sous la révolution
dans sa posture de directeur général d’organe de presse de service public. Face
à l’idéologie marxiste-léniniste, il a préféré voguer vers d’autres horizons
pour faire valoir ses mérites. Aux abords de la lagune Ebrié en Côte d’Ivoire,
le révolté prend ses marques et retrouve toute
sa verve et le chic de ses écrits. Des postes de responsabilité lui
tendent les bras et relèvent toute l’étoffe qu’il a. C’est l’ère d’une
renaissance à l’exil. Jamais un Béninois reconnu tel n’aura impacté la presse
ivoirienne. Sa réputation est toute faite mais l’appel à un retour au bercail
s’est fait plus fort. Il n’y résiste pas et retrouve, une fois rentré, le
manteau de mentor pour les plus jeunes du métier. Le parfait coach sur lequel
compteront les associations pour tracer les sillons d’une professionnalisation
des acteurs des médias en butte à divers maux et déviances. Pendant longtemps
il écumera, aux côtés d’anciens de sa génération non moins brillants, les
rédactions des différents organes du pays et dispensera ses préceptes pour
forger l’image de la presse béninoise. L’antidote a-t-il marché ? L’évidence
reste son engagement pour la cause et sa farouche détermination à tirer cette
presse vers le haut. Un sacerdoce qui n’aura nullement fait un flop vu
l’engouement des professionnels des médias à s’abreuver à sa source pour
avancer dans le métier. Avec un mental de gagneur qu’il se réclame être, il
n’est point prêt à abdiquer face à l’adversité. Une qualité qu’il doit sans
doute à l’Adn de champion d’athlétisme qu’il a été dans sa plus tendre
jeunesse. Un baobab est tombé, hommage à sa mémoire et à sa grande œuvre.