La Nation Bénin...
Dimanche 24 mai 2026, Romuald Wadagni accédait à la magistrature suprême avec la promesse de consolider les acquis économiques du Bénin tout en donnant une dimension plus sociale à l’action publique. Un mois plus tard, son gouvernement a déjà engagé plusieurs mesures emblématiques : gratuité de l’enseignement secondaire public pour les filles jusqu’en Terminale, prise en charge gratuite des urgences vitales dans les hôpitaux publics, renforcement des programmes sociaux, soutien aux producteurs agricoles et offensive diplomatique dans la sous-région… Que dire donc des 30 jours de gouvernance de Romuald Wadagni ?
Éducation, santé, protection sociale, diplomatie, agriculture, emploi, et sécurité, autant de secteurs qui ont déjà été profondément touchés par les premières actions du président Romuald Wadagni. Si les résultats restent encore difficiles à mesurer, les premières décisions permettent déjà d’apprécier la cohérence entre les promesses de campagne et l’action gouvernementale.
Dimanche 24 mai dernier, sous les regards des présidents d’institutions de la République, des partenaires internationaux et de milliers de citoyens, Romuald Wadagni prêtait serment comme cinquième Président de l’ère du Renouveau démocratique. Ancien ministre de l’Économie et des Finances, il arrivait au pouvoir dans un contexte marqué à la fois par des performances économiques saluées dans la sous-région et par des attentes sociales fortes en matière d’emploi, de protection sociale, de pouvoir d’achat et de sécurité. Dans son discours d’investiture, le nouveau chef de l’État donnait le ton de son mandat : « Mes chers compatriotes, après le travail de révélation et de transformation engagé, notre devoir est désormais clair : faire en sorte que la force retrouvée par notre État se traduise plus profondément dans la vie quotidienne de chaque famille béninoise ». Cette phrase résume à elle seule la philosophie politique du début de mandat : préserver les acquis des réformes engagées depuis une décennie tout en accélérant leur impact concret sur le quotidien des populations. Un mois après son investiture, une question s’impose : les promesses du candidat sont-elles déjà en train de se transformer en actions gouvernementales ?
Des promesses devenues feuille de route
Les premiers actes du nouveau pouvoir révèlent une volonté d’agir rapidement. Dès le Conseil des ministres du 28 mai 2026, le chef de l’État fixe les grandes priorités de son quinquennat : développement social, amélioration du capital humain, sécurité nationale, emploi des jeunes, transformation numérique, modernisation de l’administration et renforcement de l’intégration régionale. Cette orientation est rapidement suivie d’une décision budgétaire majeure. Le 3 juin 2026, le gouvernement adopte un projet de loi de finances rectificative portant le budget national de 3 784 milliards à 4 086,62 milliards de F Cfa, soit une hausse d’environ 8 %. Cette augmentation vise à financer plusieurs programmes à fort impact social et à accélérer des investissements jugés prioritaires. Pour de nombreux observateurs, cette révision budgétaire constitue le premier signal concret du mandat : traduire rapidement les engagements présidentiels en décisions administratives et financières.
Le social au cœur du début de mandat
Parmi les mesures les plus emblématiques figure la gratuité de la scolarité dans l’enseignement secondaire public pour toutes les filles, de la sixième à la Terminale, à partir de la rentrée scolaire 2026-2027. Cette décision répond à plusieurs objectifs : réduire les abandons scolaires, améliorer le maintien des filles dans le système éducatif et renforcer leur autonomisation future. Pour soutenir cette réforme, le gouvernement a prévu une enveloppe de 20 milliards de F Cfa destinée à améliorer l’accès à l’eau potable et à l’électricité dans les établissements publics. Dans l’enseignement supérieur, un comité interministériel a été mis en place afin d’évaluer les conditions de vie des étudiants et de proposer des améliorations concernant les œuvres universitaires. Le secteur de la santé bénéficie également d’un effort budgétaire significatif. Le budget du ministère de la Santé est porté à 198,05 milliards de F Cfa contre 150,11 milliards l’année précédente. Cette progression doit accompagner la modernisation des infrastructures sanitaires, le renforcement des équipements médicaux et l’amélioration de l’offre de soins.
L’une des annonces les plus remarquées concerne la prise en charge gratuite des urgences vitales dans les hôpitaux publics. Pour financer cette mesure, un fonds spécial d’un milliard de F Cfa a été institué afin de permettre aux patients dont le pronostic vital est engagé d’être pris en charge sans paiement préalable. Dix milliards de F Cfa sont mobilisés pour améliorer l’accès à l’eau potable et à l’électricité dans les centres de santé publics. Par ailleurs, la protection sociale constitue l’autre pilier de cette orientation. Le gouvernement poursuit le programme “Gbessoke”, renforce les actions de supplémentation nutritionnelle pour les femmes enceintes et les enfants, et accélère la mise en œuvre des dispositifs d’assurance maladie. Les populations vulnérables demeurent au cœur de ces interventions.
Une diplomatie offensive
L’un des faits marquants du premier mois de gouvernance demeure l’intense activité diplomatique du chef de l’État. Le 1er juin 2026, Romuald Wadagni effectue sa première visite officielle au Nigeria où il rencontre le président Bola Ahmed Tinubu. Le lendemain, il se rend au Niger pour des échanges avec le général Abdourahamane Tiani. Cette visite débouche sur un communiqué conjoint prévoyant la mise en place d’un comité d’experts chargé d’examiner les conditions d’une réouverture des frontières entre les deux pays. La tournée se poursuit au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Mali et en Guinée-Bissau avant une visite à Bruxelles consacrée aux relations avec l’Union européenne. Cette activité diplomatique traduit une volonté de repositionner le Bénin comme un acteur de dialogue et de coopération dans une région en pleine recomposition géopolitique.
Une croissance économique appelée à mieux profiter aux populations
L’accession de Romuald Wadagni à la présidence intervient dans un contexte économique favorable. Le Bénin continue d’afficher l’un des taux de croissance les plus élevés de la sous-région. Cette performance nourrit cependant une attente forte : celle de voir les bénéfices de cette croissance davantage ressentis par les populations. Pour répondre à cette préoccupation, le gouvernement a créé un ministère dédié aux Petites et Moyennes Entreprises, à la Promotion de l’emploi et à la Formation professionnelle. L’objectif est de mieux articuler les politiques de formation, l’entrepreneuriat et l’insertion professionnelle des jeunes.
S’agissant de l’agriculture, pilier majeur de l’économie béninoise, le gouvernement a décidé d’accorder une prime exceptionnelle de 10 F Cfa par kilogramme aux producteurs de coton. Le dispositif concerne également certaines filières telles que l’anacarde, le soja et le riz lorsque les capacités nationales de transformation atteignent leurs limites. Cette mesure vise à préserver les revenus des producteurs tout en encourageant la transformation locale et la création de valeur sur le territoire national.
Sur le front sécuritaire, les défis demeurent considérables. Face aux menaces terroristes qui persistent dans certaines zones du nord du pays, le gouvernement entend renforcer les dispositifs de surveillance, le renseignement et la coopération régionale. Les spécialistes s’accordent à considérer que la sécurité restera l’un des principaux tests du mandat présidentiel.
Regards croisés
Les premières semaines du mandat suscitent des réactions globalement positives. Même le parti d’opposition reconnaît l’importance des premières mesures sociales tout en appelant à davantage d’ouverture politique et de dialogue national. Les organisations de la société civile insistent sur la nécessité d’accélérer les réponses en matière d’emploi, de protection sociale et d’accès aux services publics. Du côté des partenaires techniques et financiers, les premières orientations gouvernementales sont accueillies favorablement. Plusieurs institutions saluent notamment la stabilité macroéconomique du pays et les efforts engagés en faveur de la coopération régionale.
Un mois après l’investiture de Romuald Wadagni, les premières décisions témoignent d’une volonté manifeste de donner rapidement une traduction concrète aux engagements de campagne. Éducation, santé, protection sociale, agriculture et diplomatie figurent parmi les secteurs où les mesures les plus visibles ont déjà été engagées. Le véritable test commencera toutefois dans les prochains mois. Emploi des jeunes, réduction de la pauvreté, amélioration du pouvoir d’achat, qualité des services publics et sécurité demeureront les principaux indicateurs à l’aune desquels les Béninois apprécieront la réussite ou non de ce quinquennat. Ce premier mois de gouvernance apparaît davantage comme une phase de mise en mouvement du pouvoir que comme un bilan. Une étape d’installation marquée par des décisions concrètes à fort impact social.
Nouvelle architecture gouvernementale (Encadré)
Le bilan de ces 30 premiers jours ne peut se faire sans que l’on évoque la nouvelle équipe gouvernementale. Mis en place aux lendemains de l’investiture, le premier gouvernement constitué par le président Romuald Wadagni compte vingt-quatre membres. S’il s’inscrit dans une logique de continuité administrative, il introduit également plusieurs innovations institutionnelles. Parmi celles-ci figure la création du ministère de la Transformation digitale et de l’Innovation, chargé d’accompagner la modernisation numérique de l’administration et le développement des technologies émergentes. Autre évolution notable : le rétablissement du ministère de la Communication et des Médias. Cette décision marque le retour d’un portefeuille spécifiquement dédié aux questions de communication publique, de régulation médiatique et d’accompagnement du secteur des médias. Pour plusieurs observateurs, ce choix traduit la volonté du nouveau pouvoir d’accorder une attention particulière à l’information, à la communication institutionnelle et au dialogue avec les acteurs médiatiques. Cette nouvelle architecture gouvernementale vise à adapter l’action publique aux défis économiques, technologiques et informationnels des prochaines années.