La Nation Bénin...
A moins d'un mois de son investiture prévue le 24 mai prochain, le président élu entre dans une phase décisive de son mandat avant l’heure. Entre formation du premier gouvernement, nominations stratégiques et élaboration du programme d’action, l’équation s’annonce complexe dans un contexte où expérience et attentes politiques se télescopent.
A mesure que le calendrier rapproche le pays de la cérémonie d’investiture du 24 mai, une autre échéance, plus silencieuse mais tout aussi déterminante, s’impose à Romuald Wadagni, président élu. Il s’agit de la constitution de son premier gouvernement. Cette période transitoire, rarement aussi longue dans l’histoire politique récente, ouvre une séquence inédite faite de consultations, d’arbitrages et de choix stratégiques.
C’est en effet la première fois qu’un président élu est connu plus de trente jours avant sa prise de fonction officielle. Cette avance sur le calendrier institutionnel constitue une opportunité précieuse. Elle offre au nouvel élu le temps nécessaire pour s’imprégner en profondeur des dossiers prioritaires, évaluer les urgences nationales et affiner les contours de son action à venir. Mais ce temps supplémentaire est aussi synonyme de pression accrue, tant les attentes sont grandes.
Au cœur des préoccupations actuelles figure la formation du gouvernement. L’exercice est souvent assimilé à un casse-tête, et celui-ci ne fait pas exception. Il s’agit de trouver le juste équilibre entre continuité et renouvellement, entre compétence technique et représentativité politique. Le président élu devra composer avec des profils variés, tout en envoyant un signal clair sur l’orientation de son mandat.
Une des questions les plus sensibles reste celle du maintien de certains ministres de l’équipe sortante. Plusieurs d’entre eux se sont illustrés durant la campagne électorale, s’engageant pleinement aux côtés du candidat pendant les quatorze jours de mobilisation. Leur présence constante sur le terrain, leur implication et leur loyauté politique sont largement reconnues. Ils ont, pour ainsi dire, “mouillé le maillot”.
Cependant, cet engagement ne saurait constituer à lui seul un critère suffisant pour une reconduction au sein du futur gouvernement. La logique de gouvernance impose des exigences plus larges : compétence avérée, capacité à porter des réformes, résultats passés et adéquation avec les priorités du nouveau mandat. Le président élu devra ainsi éviter l’écueil du “gouvernement de récompense” au profit d’une équipe tournée vers l’efficacité.
Parallèlement à la formation de l’exécutif, se joue une autre étape cruciale : l’élaboration du programme d’action du gouvernement. Ce document stratégique, véritable feuille de route du septennat, devra traduire les engagements de campagne en actions concrètes. Il s’agira de définir des priorités claires, de fixer des objectifs mesurables et d’identifier les moyens nécessaires à leur mise en œuvre.
Sur ce point, le président élu bénéficie d’un avantage notable. Contrairement à d’autres dirigeants qui découvrent les rouages de l’État une fois investis, il connaît déjà les arcanes de la gestion publique. Acteur central de la gouvernance durant les dix années du régime de la Rupture, il dispose d’une expérience précieuse des mécanismes administratifs, des enjeux économiques et des contraintes institutionnelles.
Cette familiarité avec l’appareil d’État devrait permettre à la future équipe gouvernementale de démarrer rapidement ses activités. Là où d’autres auraient besoin d’une phase d’apprentissage, le nouvel exécutif pourrait, dès les premières semaines, engager des actions concrètes. Un démarrage “sur les chapeaux de roue” qui constitue un atout dans un contexte où les défis socio-économiques exigent des réponses rapides.
Mais cette avance n’exonère pas le président élu des risques inhérents à l’exercice du pouvoir. La proximité avec le régime sortant, si elle est un gage d’expérience, peut également nourrir des attentes en matière de renouvellement. Une partie de l’opinion pourrait espérer des visages nouveaux, des méthodes différentes, voire une inflexion dans certaines politiques publiques.
Le défi consiste donc à conjuguer héritage et innovation. Il faudra capitaliser sur les acquis sans donner le sentiment d’une simple continuité mécanique. La composition du gouvernement sera, à cet égard, un signal fort. Elle dira beaucoup des intentions du président élu, de sa capacité à s’affranchir des logiques partisanes et de sa volonté d’inscrire son action dans une dynamique propre.
A moins d’un mois de l’investiture, les tractations se poursuivent donc en coulisses. Les consultations s’intensifient, les équilibres se négocient, les profils se dessinent. Dans cette phase charnière, chaque décision compte, car elle engage non seulement le début du mandat, mais aussi sa trajectoire globale.
Le temps est compté, mais il est aussi une ressource stratégique. Le président élu saura certainement transformer cette période transitoire en véritable levier d’action, pour poser les bases d’une gouvernance efficace et répondre aux attentes d’une nation déjà tournée vers le 24 mai.
Dans sa nouvelle tunique de président élu, la période de transition permet à Romuald Wadagni de faire ses premiers choix stratégiques