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L’Agence nationale d’identification des personnes (Anip) a organisé dans la perspective de sa généralisation, un atelier bilan de la phase pilote du Guichet unique de déclaration et d’enregistrement des naissances, ce mardi 24 février à Cotonou.
Acteurs institutionnels, partenaires techniques et représentants du secteur de la santé ont passé en revue les résultats d’une réforme présentée comme structurante pour l’avenir de l’état civil au Bénin : le Guichet unique de déclaration et d’enregistrement des naissances. Au cœur des échanges tenus à la faveur d’un atelier bilan, la volonté d’assurer à chaque enfant une identité juridique dès la naissance, condition essentielle à l’exercice des droits fondamentaux et à l’accès aux services sociaux de base.
Marius Abdon Mikpon’aï, directeur de l’état civil au Bénin, a indiqué que garantir un acte de naissance dès les premiers instants de vie constitue « un impératif moral, juridique et social ». Et le guichet unique vise à rapprocher le service public des citoyens en intégrant, au sein des formations sanitaires, les opérations de déclaration et d’enregistrement des naissances. Cette approche supprime les déplacements ultérieurs vers les centres d’état civil, souvent identifiés comme un frein majeur pour les familles.
La phase pilote a été conduite dans dix formations sanitaires réparties sur l’ensemble du territoire national. Les premiers résultats font état de plusieurs avancées dont l’enregistrement en temps réel de nombreuses naissances, la réduction significative des délais d’obtention des actes et l'amélioration de la qualité ainsi que de la fiabilité des données collectées. Pour le directeur de l’état civil, ces performances démontrent la pertinence du dispositif et son potentiel transformateur pour l’écosystème national de l’identification.
Des chiffres en nette progression
Aristide Guy Adjinacou Gnahoui, directeur général de l’Agence nationale d’identification des personnes (Anip), a insisté sur la dimension stratégique de la réforme. « Nous ne sommes pas réunis pour commenter un projet pilote. Nous sommes ici pour évaluer une réforme structurelle», a-t-il déclaré à l'ouverture des travaux. Il a rappelé que ces dernières années, plus de 2,3 millions de naissances ont été déclarées, mais moins de 40 % ont été effectivement enregistrées dans le système d’état civil. En 2025, le taux d’enregistrement n’était que de 21,95 %. Selon lui, le principal obstacle résidait dans l’organisation du processus, qui imposait une rupture entre la naissance, la déclaration et l’enregistrement.
Six mois après le lancement du guichet unique, le taux d’enregistrement dépasse désormais 76 % dans les formations sanitaires pilotes. Le directeur général de l’Anip parle d’un « basculement structurel ». Il a également relevé que plus de 96 % des enfants enregistrés disposent d’une reconnaissance de paternité formalisée, renforçant ainsi la qualité du registre national. L’ambition affichée est d’atteindre d’ici fin 2028 l’objectif 16.9 des Objectifs de développement durable, qui vise l’enregistrement légal de tous dès la naissance.
Des défis à relever pour le passage à l’échelle
Malgré ces résultats encourageants, les intervenants ont reconnu la persistance de défis. Marius Abdon Mikpon’aï a évoqué la nécessité de renforcer les capacités des agents d’état civil, d’améliorer les infrastructures techniques et logistiques et d’intensifier les actions de sensibilisation auprès des populations. Le passage à l’échelle nationale constitue désormais l’enjeu central. Selon Aristide Guy Adjinacou Gnahoui, quatre leviers devront être maîtrisés. Il s’agit entre autres de la formation et de la coordination des équipes, la disponibilité d’équipements et d’une connectivité sécurisée, l’harmonisation des procédures entre institutions et la sécurisation des ressources budgétaires et logistiques. Pour sa part, Julie Dubois, représentante du représentant résident de l’Unicef au Bénin, a salué le leadership de l’Anip et du ministère de la Santé. Elle a rappelé que l’enregistrement des naissances constitue « le premier droit de l’enfant » et conditionne l’accès à la santé, à l’éducation et à la protection sociale.
Mise en œuvre dans le cadre d’un projet conjoint avec le programme Wuri, l’expérience pilote a permis, selon elle, d’améliorer la coordination entre agents de santé et services d’identité légale, de simplifier le parcours des usagers et de réduire les obstacles administratifs. L’atelier de Cotonou a ainsi servi de cadre d’analyse et de capitalisation des acquis. Les participants ont été appelés à consolider les résultats, structurer les mécanismes de mise en œuvre et décider des modalités d’extension nationale du dispositif. A terme, il s’agit de faire en sorte qu’aucun enfant né au Bénin ne demeure sans identité juridique, et d'inscrire durablement cette réforme au cœur de la gouvernance administrative.
L'Anip fait le bilan de la phase pilote du Guichet unique de déclaration et d’enregistrement des naissances