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Lutte contre le paludisme: Les heures sombres en passe d’être conjuguées au passé

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Le paludisme est mortel, mais évitable, encore plus avec le vaccin Le paludisme est mortel, mais évitable, encore plus avec le vaccin

Le diagnostic en matière de paludisme laisse encore perplexe en dépit des actions dans le monde. Le fardeau est encore lourd, mais le vaccin antipaludique et les mesures existentielles donnent de bonnes raisons d’espérer.

Par   Maryse ASSOGBADJO, le 17 mai 2024 à 02h05 Durée 4 min.
#Eradication du paludisme

Le paludisme sévit sans pitié: toutes les 30 secondes, un enfant en meurt dans le monde. Cinq cents millions de décès lui sont imputables chaque année. L’Afrique est le continent le plus touché avec quatre-vingt-dix pour cent de ceux qui en meurent.

Le continent africain enregistre deux cent quarante-sept millions de cas de paludisme et six cent soixante-dix-neuf mille décès liés à la maladie, soit près de 95 % des cas dans le monde et 96 % des décès liés à cette maladie en 2021. Parmi les personnes décédées, 77 % étaient des enfants de moins de 5 ans, dont la majorité vivait en Afrique.

Le Bénin ne fait pas exception à la règle. Le paludisme est la première cause de décès chez les enfants de moins de cinq ans dans le pays. Plus de 4,7 millions de cas de paludisme et dix mille décès avaient été signalés en 2020 dans le pays parmi les 12,1 millions d'habitants, principalement chez les enfants de moins de cinq ans, selon les données de l’Oms. 

Le bilan de ces deux dernières années au Bénin n’est pas moins lourd. Sur dix personnes décédées du paludisme en 2022, huit étaient des enfants. En 2023, sur cent enfants âgés de moins de cinq ans, quarante avaient fait le paludisme avant la fin de l’année. Ces données ont été évoquées par Benjamin Hounkpatin, ministre de la Santé, à l’occasion de la Journée mondiale contre le paludisme 2024.

L’Unicef renseigne que le paludisme est à l’origine d’environ un décès d’enfant sur cinq. Responsable de l’anémie chez les enfants, la maladie contribue à l’insuffisance pondérale à la naissance, l’un des principaux facteurs de mortalité infantile.

Ses conséquences ne se limitent pas seulement au plan sanitaire. Le paludisme a également des répercussions économiques, ralentissant la croissance et le développement économique et perpétuant le cercle vicieux de la pauvreté.

 Tout n’est pas perdu

 Si l’on s’en tient aux efforts des gouvernements et des institutions internationales, l’on peut garder l’espoir que face au paludisme, tout n’est pas encore perdu. Des solutions et traitements utiles existent. Pendant longtemps, les pays ont prôné la moustiquaire imprégnée d’insecticide contre le paludisme, quoique tous les ménages tardent à l’adopter. Cette mesure demeure d’actualité. Elle permet de réduire de 20 % la mortalité infantile. L’accès rapide à un traitement efficace permet également de réduire davantage le taux de mortalité. 

Le dispositif de prévention du paludisme comprend des vaccinations systématiques. C’est justement à ce niveau que se positionnent de plus en plus certains pays africains, y compris le Bénin.

L’arrivée au Bénin le 15 janvier 2023, de deux cent quinze mille neuf cent doses de vaccins antipaludiques RTS,S recommandés par l'Oms et achetés par l'Unicef avec le soutien de Gavi, marque une étape importante vers une vaccination plus large contre cette maladie, l’une des plus mortelles pour les enfants de 0 à 2 ans sur le continent. 

Le Bénin devient le quatrième pays à recevoir ces doses à la suite du Cameroun, de la Sierra Leone et du Burkina Faso, marquant ainsi la fin de la phase pilote de la vaccination antipaludique. Cette livraison marque le démarrage au Bénin de l’administration du vaccin antipaludique aux enfants en quatre doses (6 mois, 7 mois, 9 mois et aux enfants de moins de 2 ans) dès le premier trimestre 2024 par l’intermédiaire du Programme Elargi de Vaccination soutenu par Gavi, l’Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination.

« La manifestation d'intérêt pour l'introduction de ce vaccin dans le programme de vaccination de routine soumise par le gouvernement du Bénin a été approuvée par Gavi, plaçant le Bénin parmi les neuf premiers pays agréés à bénéficier de cette initiative cruciale, notamment le Burkina Faso, le Liberia et le Niger», lit-on dans un communiqué de l’Unicef.

L’expérience du programme pilote de la vaccination a engrangé des succès dans les pays l’ayant adopté. Là-dessus, l’Oms met en exergue les avancées au Ghana, au Kenya et au Malawi. Avec plus de deux millions d’enfants ayant bénéficié du vaccin antipaludique dans ces trois pays africains, le taux de mortalité toutes causes confondues a chuté de 13 % chez les enfants en âge de recevoir le vaccin, et le nombre de cas graves et d’hospitalisation liés au paludisme a considérablement diminué.

Ces avancées signifient qu’une mise en œuvre à grande échelle de la vaccination antipaludique dans les régions endémiques pourrait enfin permettre de contrôler la maladie et de sauver des dizaines de milliers de vies chaque année.

L’Organisation mondiale de la santé y voit une révolution dans le monde. « Il s’agit d’une nouvelle avancée révolutionnaire pour les vaccins antipaludiques, qui apporte une lueur d’espoir alors que, dans le monde, tant d’enfants vulnérables traversent des heures sombres. La livraison de vaccins antipaludiques à de nouveaux pays d’Afrique offrira une protection vitale à des millions d’enfants exposés au risque de paludisme », apprécie Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Oms.

 Position proactive du gouvernement

 L’introduction dudit vaccin contribuera au bien-être de tous. Cette conviction a motivé le lancement officiel de la vaccination antipaludique, le 25 avril dernier, couplé avec la célébration de la 17e  édition de la Journée mondiale contre le paludisme. 

« Le Bénin agit rapidement pour utiliser ce vaccin, soulignant la position proactive du gouvernement en matière de santé publique et s'alignant sur sa politique de santé communautaire lancée en juin 2023 », souligne Brian Shukan, ambassadeur des Etats-Unis près le Bénin.

Les autorités béninoises assurent de l’efficacité du vaccin. « La découverte de ce vaccin sûr et efficace est une avancée pour la science et la santé publique et une grande avancée qui va préserver la vie à des dizaines de milliers d’enfants dans notre pays. Je voudrais rassurer la population qu’elle pourra souffler mais elle ne doit en aucun cas baisser la garde», indique Benjamin Hounkpatin, ministre de la Santé. 

Appréciant le vaccin, David Marlow, directeur exécutif de Gavi, évoque un remède historique contre le paludisme. « Nous sommes fiers que les parties prenantes qui forment notre Alliance, notamment les pays africains, aient pris la décision d’investir dans le vaccin antipaludique et d’en faire une priorité de santé publique, et que ce soutien ait permis la mise à disposition d’un nouvel outil capable de sauver la vie de milliers d’enfants chaque année. Nous sommes ravis de déployer ce vaccin historique dans le cadre de nos programmes et de travailler avec nos partenaires pour nous assurer qu’il est administré en parallèle d’autres mesures vitales».


Les acteurs sanitaires au plus haut niveau sont unanimes sur le fait que le vaccin antipaludique marque un tournant décisif dans le cadre de la lutte contre le paludisme. Catherine Russell, directrice générale de l’Unicef, estime que ce vaccin est une solution inégalée.

« C’est un peu comme si nous faisions entrer notre meilleur joueur sur le terrain. Cette étape tant attendue, franchie sous la conduite des dirigeants africains, nous permet d’entrer dans une nouvelle ère en matière de vaccination et de lutte contre le paludisme, avec l’espoir de sauver la vie de centaines de milliers d’enfants chaque année », se réjouit-elle.

Il faut souligner que les vaccins antipaludiques ne sont pas suffisants à eux seuls pour éradiquer la maladie. Il est important de les combiner avec les mesures de lutte contre le paludisme recommandées par l’Organisation mondiale de la santé, qui contribuent à réduire les décès liés à la maladie depuis 2000. Ces mesures incluent «l’utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticide, la pulvérisation intra domiciliaire d’insecticide à effet rémanent, le traitement préventif intermittent des femmes enceintes, le recours aux antipaludiques, la prise en charge et le traitement efficaces des cas ».