La Nation Bénin...
Le Bénin a célébré ce mardi 16 juin à Cotonou la première édition de la Journée internationale des Cellules de renseignements financiers (Crf). Une occasion de rappeler le rôle stratégique du renseignement financier dans la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la préservation de l’intégrité du système économique.
Longtemps restées dans l’ombre des grandes politiques économiques et sécuritaires, les Cellules de renseignements financiers revendiquent désormais une visibilité à la hauteur de leur rôle stratégique. Réunis à Cotonou ce mardi 16 juin à l’occasion de la première édition de la Journée internationale des Cellules de renseignements financiers, responsables publics, partenaires techniques et acteurs du secteur financier ont réaffirmé leur engagement à renforcer les mécanismes de protection de l’économie nationale contre les flux financiers illicites. Instituée à l’initiative du réseau mondial des Cellules de renseignements financiers, cette journée entend mettre en lumière le travail souvent discret de ces structures spécialisées dans la collecte, l’analyse et la transmission d’informations utiles aux enquêtes sur la criminalité financière. Pour le président de la Cellule nationale de traitement des informations financières (Centif), Abdou Rafiou Bello, cette célébration vise avant tout à reconnaître l’engagement des femmes et des hommes qui interviennent quotidiennement dans la préservation de l’intégrité des systèmes financiers. « Ce sont des institutions importantes, silencieuses, discrètes et souvent méconnues du grand public », a-t-il expliqué. Selon lui, la création des cellules de renseignements financiers répond à une exigence internationale inscrite dans les standards du Groupe d’action financière, notamment à travers sa recommandation 29. Chaque État engagé dans l’économie mondiale est ainsi appelé à disposer d’un mécanisme autonome de collecte, d’analyse et de traitement des informations financières susceptibles d’alimenter les enquêtes liées au blanchiment de capitaux et aux autres formes de criminalité économique. L’autonomie opérationnelle et la disponibilité de ressources suffisantes constituent, selon les standards internationaux, des conditions essentielles pour garantir l’efficacité de ces dispositifs. Placée sous le thème « Les renseignements financiers au service de l’intégrité et de la protection de l’économie nationale », cette première édition a permis d’ouvrir le débat sur deux enjeux majeurs: la préparation du Bénin à son évaluation mutuelle prévue en février 2028 et les interactions entre lutte contre le blanchiment de capitaux et inclusion financière.
Stratégies
Sur le premier point, Abdou Rafiou Bello a insisté sur le caractère stratégique de cette échéance. « Cet exercice permettra de mesurer les efforts réalisés ces dernières années en matière de réformes, de formation, de renforcement des moyens et de répression », a-t-il indiqué. L’enjeu est également économique. Le président de la Centif a rappelé qu’un pays qui ne démontre pas sa capacité à prévenir efficacement les risques de blanchiment de capitaux s’expose à une dégradation de sa réputation financière.
Prenant la parole au nom de la Coopération allemande au Bénin, Rike Sohn a salué l’organisation de cette première édition et souligné l’importance du renseignement financier dans un contexte où la criminalité financière devient de plus en plus sophistiquée. « Le renseignement financier s’impose aujourd’hui comme un élément majeur de lutte contre les flux financiers illicites et les infractions connexes », a-t-elle affirmé. Elle a également relevé les réformes engagées au cours des dernières années au Bénin afin d’améliorer l’alignement du dispositif national sur les standards internationaux. Pour la représentante allemande, l’évaluation mutuelle de 2028 représente bien plus qu’un exercice administratif. « Il s’agit d’un véritable test de crédibilité permettant de démontrer la capacité du pays à prévenir et combattre efficacement les flux financiers illicites », a-t-elle déclaré.
Représentant du ministre de l’Économie et des Finances, Alastaire Alinsato, est allé plus loin en insistant sur les conséquences directes de cette échéance. Selon lui, le résultat de l’évaluation mutuelle influencera directement plusieurs paramètres économiques majeurs. « Son impact sera direct sur la notation souveraine du pays, son attractivité pour les investissements directs étrangers ainsi que sur les relations entre nos institutions financières et leurs partenaires internationaux », a-t-il indiqué. Il a rappelé que le gouvernement a engagé ces dernières années d’importantes réformes pour renforcer la gouvernance publique, améliorer la transparence économique et consolider le dispositif national de lutte contre le blanchiment des capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération. Pourtant, les défis sont grands et les criminels redoublent d’ardeur chaque jour. Transformation numérique, sophistication des réseaux criminels, nouvelles formes de fraude et durcissement des exigences internationales imposent une adaptation permanente. Face à la situation, les participants ont insisté sur la nécessité de renforcer la coordination entre la Centif, les autorités de supervision, les services d’enquête, les administrations publiques, les professions assujetties et les partenaires techniques afin de venir à bout des fléaux.