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ONU : le premier vote secret place deux femmes en tête pour succéder à António Guterres

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Le premier vote pour la succession de Guterres fixé Le premier vote pour la succession de Guterres fixé

La bataille pour devenir le prochain secrétaire général des Nations unies a franchi une première étape décisive. Jeudi 30 juillet, le Conseil de sécurité a procédé à son premier vote indicatif à huis clos pour évaluer les forces en présence parmi les sept candidats en lice pour succéder à António Guterres, dont le mandat s’achèvera le 31 décembre 2026.

Ce premier test diplomatique place deux femmes en tête de la course : la Costaricienne Rebeca Grynspan et la Guyanienne Carolyn Rodrigues-Birkett, renforçant l’hypothèse historique de voir, pour la première fois depuis la création de l’Organisation en 1945, une femme accéder au poste de secrétaire générale. Si ce scrutin informel ne préjuge pas de l’issue finale, il révèle les premiers rapports de force au sein du Conseil de sécurité, où les grandes puissances auront un rôle déterminant dans la désignation du futur chef de l’ONU.

Par   Catherine Fiankan-Bokonga, Correspondante accréditée auprès de l’Office des Nations Unies à Genève (Suisse), le 31 juil. 2026 à 16h43 Durée 3 min.
#Le premier vote pour la succession de Guterres fixé

Connue sous le nom de « straw poll », la consultation informelle qui s’est tenue au siège des Nations Unies, ne constitue pas un vote officiel mais permet aux 15 membres du Conseil, les cinq membres permanents dotés du droit de veto (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie) et les 10 membres élus, de mesurer le niveau de soutien dont bénéficie chaque candidat. Sur un bulletin secret, chaque État indique s’il « encourage », « décourage » ou n’a « pas d’opinion » sur une candidature.

Le processus se répétera jusqu’à ce qu’un candidat se détache clairement. À ce stade, les membres permanents utilisent des bulletins de couleur différente afin de révéler d’éventuelles oppositions, notamment celles qui pourraient prendre la forme d’un veto. La recommandation finale du Conseil devra ensuite être soumise à l’Assemblée générale, seule habilitée à nommer officiellement le secrétaire général.

Rebeca Grynspan en tête du premier scrutin



Selon des sources diplomatiques, la Costaricienne Rebeca Grynspan est arrivée en tête de ce premier tour avec 10 voix « encourage », une voix « discourage » et quatre « sans opinion ». Elle devance la Guyanienne Carolyn Rodrigues-Birkett, qui a obtenu neuf soutiens, deux oppositions et quatre abstentions, ainsi que l’Argentin Rafael Grossi, crédité de sept encouragements, deux oppositions et six avis neutres.

L’ancienne présidente chilienne, Michelle Bachelet, arrive en quatrième position avec six voix favorables, cinq défavorables et quatre sans opinion. Elle est suivie par l’ancien président sénégalais, Macky Sall, qui recueille six encouragements mais sept oppositions. L’Équatorienne María Fernanda Espinosa obtient cinq voix favorables, deux défavorables et huit avis neutres. L’Ougandais Olara Otunnu ferme la marche avec deux encouragements, cinq oppositions et huit sans opinion.

Ces résultats, bien que non officiels, constituent le premier classement chiffré de la compétition. Ils donnent une indication précieuse sur la capacité des candidats à obtenir le soutien nécessaire, mais aussi sur ceux qui pourraient se heurter à l’opposition d’un membre permanent du Conseil.

Une procédure plus transparente sous la pression de la société civile



Pendant longtemps, la sélection du secrétaire général de l’ONU s’est déroulée dans une grande opacité, laissant une large place aux négociations diplomatiques en coulisses entre les grandes puissances. Depuis une dizaine d’années, les critiques des organisations de la société civile et des États membres ont conduit à une ouverture progressive du processus.

Cette année, les candidats ont participé à plusieurs dialogues publics, notamment à Genève en juin, ainsi qu’à des échanges retransmis depuis New York avec les États membres et la société civile. Jeudi dernier encore, six des sept candidats ont présenté leurs priorités lors d’une session publique de 90 minutes dans la salle de l’Assemblée générale.

Ils ont été interrogés sur les grandes crises auxquelles l’organisation est confrontée : guerres, dérèglement climatique, droits humains, financement du système onusien, objectifs de développement durable et réforme institutionnelle. Tous ont également dû répondre à une question centrale : comment préserver l’indépendance politique du secrétaire général tout en maintenant la confiance des grandes puissances ?

Réformer une organisation fragilisée



Le prochain secrétaire général prendra les commandes d’une organisation confrontée à une crise de crédibilité croissante. Incapacité à mettre fin à plusieurs conflits majeurs, divisions persistantes au Conseil de sécurité, difficultés financières et remise en cause du multilatéralisme : les défis sont considérables.

L’ambassadeur américain auprès de l’ONU, Mike Waltz, a estimé après le scrutin que le processus était « en cours » et que les délibérations resteraient confidentielles. Washington souhaite un secrétaire général capable de « réformer l’institution », de la rendre « plus légère et plus efficace », avec davantage de ressources consacrées aux opérations sur le terrain.

La question de la réforme devrait donc occuper une place centrale dans les prochains mois. Le futur titulaire devra notamment répondre aux appels à rationaliser les agences de l’ONU, améliorer leur efficacité opérationnelle et restaurer la confiance des États membres.

Une forte attente pour une première femme secrétaire générale



La dimension historique de cette élection est également au cœur des débats. Cinq des sept candidats viennent d’Amérique latine et des Caraïbes, une région considérée par beaucoup comme la prochaine bénéficiaire de la rotation géographique informelle après l’Europe de l’Est, l’Afrique, l’Asie et l’Europe occidentale.

L’élection pourrait aussi permettre, pour la première fois depuis la création des Nations unies en 1945, de porter une femme à la tête de l’organisation. Plusieurs États membres soutiennent ouvertement cette perspective, même si la Charte de l’ONU ne prévoit aucune obligation liée au genre ou à l’origine géographique.

Le choix final restera toutefois soumis aux équilibres géopolitiques des cinq membres permanents. Le candidat devra obtenir au moins neuf voix au Conseil de sécurité et éviter tout veto avant d’être présenté à l’Assemblée générale.

Les inconnues d’une course encore ouverte



Si aucun candidat ne parvient à réunir un consensus, l’hypothèse d’une candidature de dernière minute n’est pas exclue. En 2016, l’arrivée tardive de Kristalina Georgieva, alors vice-présidente de la Commission européenne, avait bouleversé la compétition avant l’élection d’António Guterres.

Des rumeurs ont récemment évoqué d’autres personnalités extérieures au processus officiel, parmi lesquelles Gianni Infantino ou l’opposante vénézuélienne, lauréate du prix Nobel de la paix 2025, María Corina Machado, tous deux proches de Donald Trump. Ces scénarios restent toutefois hypothétiques.

Le Conseil de sécurité devrait organiser de nouveaux tours de scrutin informels à partir de la mi-août sous la présidence du Danemark. Les tractations diplomatiques vont désormais s’intensifier, loin des projecteurs. Car au-delà des programmes présentés publiquement, la désignation du secrétaire général demeure un exercice où la diplomatie, les équilibres de puissance et les compromis entre grandes capitales jouent un rôle déterminant.