La Nation Bénin...
La
lutte contre l’exploitation des enfants demeure un défi majeur dans les
communes de l’Atacora. Malgré les efforts déployés par les structures de
protection, des enfants continuent d’être exposés au travail, à la
maltraitance, à la traite et à diverses formes de vulnérabilité. Face à cette
réalité, les acteurs de la protection de l’enfant multiplient les actions de
sensibilisation, de prévention et de prise en charge.
Des
enfants dans les marchés, arpentant les trottoirs pour vendre divers produits,
employés dans les champs, les restaurants ou encore dans des activités
particulièrement pénibles : dans l’Atacora, l’exploitation économique des
enfants reste une réalité préoccupante.
Cette
situation était au cœur des échanges lors de la session trimestrielle du cadre
de concertation communale de protection de l’enfant de Natitingou, tenue le 3
septembre. Les participants ont notamment examiné les cas de mariage d’enfants,
de grossesses précoces, de maltraitance et d’exploitation économique.
L’objectif était d’identifier des approches de solutions et de renforcer les
actions de chaque acteur afin de réduire ces phénomènes.
Pour
Antoinette Gnami, cheffe du guichet unique de protection de l’enfant de
Natitingou, la protection de l’enfant constitue un investissement pour l’avenir
de la communauté. « L’enfant d’aujourd’hui devient l’adulte de demain. S’il
n’est pas façonné à devenir l’adulte de demain, la communauté est en train de
se perdre », a-t-elle expliqué.
La
nécessité de dénoncer
Au-delà
des actions institutionnelles, les acteurs de la protection insistent sur la
nécessité d’impliquer davantage les communautés. Les cas de violences et
d’exploitation doivent, selon eux, être signalés afin de permettre une
intervention rapide des services compétents.
«
On doit pouvoir dénoncer les cas de viol, de grossesse, de maltraitance et ceux
d’exploitation économique qui sont faits sur l’enfant et qui ne lui permettent
pas de s’épanouir, de devenir un adulte responsable demain. On doit pouvoir
dénoncer tous ces fléaux », a insisté Antoinette Gnami.
Elle
rappelle que le signalement peut se faire sans se déplacer vers un centre
social ou un commissariat. « On peut le faire simplement en composant le 138»,
a-t-elle ajouté, invitant ainsi les populations à ne pas rester silencieuses
face aux situations mettant en danger les enfants.
Si
le Bénin a enregistré des progrès dans la lutte contre le travail des enfants,
certaines zones demeurent particulièrement vulnérables. L’Atacora figure parmi
elles, en raison notamment de la pauvreté, de la mobilité des enfants, de la
traite et de l’exposition à des travaux dangereux. À ces facteurs s’ajoutent
désormais les vulnérabilités liées à la situation sécuritaire dans le nord du
pays.
Le
Tableau de bord social sur la protection de l’enfant 2022, élaboré à partir des
données du Sidoffe-NG du ministère des Affaires sociales, révèle que l’Atacora
figure parmi les trois départements ayant enregistré le plus grand nombre
d’enfants victimes de traite pris en charge au niveau national, aux côtés du
Littoral et du Zou. À eux trois, ces départements représentaient 61,3 % des
enfants victimes de traite reçus par les structures de protection en 2022.
Les
données montrent également l’ampleur des situations de travail auxquelles sont
confrontés certains enfants. En 2022, 595 enfants en situation de travail ont
été recensés par les structures de protection au niveau national. Parmi eux,
241 étaient exposés aux pires formes de travail. Le Zou arrivait en tête avec
80 enfants concernés, suivi de l’Atacora avec 67 et du Plateau avec 53. Ces
trois départements concentraient ainsi plus de 80 % des enfants exposés aux
pires formes de travail recensés cette année-là.
La
crise sécuritaire, un facteur aggravant
La
traite des enfants englobe ainsi notamment le recrutement, le transport, le
transfert, le déplacement, l’accueil ou l’hébergement d’un enfant à des fins
d’exploitation.
Dans
les faits, cette exploitation peut prendre plusieurs formes : travail
domestique, activités agricoles, petit commerce, mendicité, travail dans les
carrières et les mines, servitude, exploitation sexuelle ou encore mobilité
interne et transfrontalière à des fins d’exploitation.
Les
données du Sidoffe-NG montrent qu’en 2022, 917 enfants victimes de traite ont
été reçus par les structures de protection au Bénin, contre 799 en 2021. Parmi
eux, 504 étaient des filles et 413 des garçons.
Dans
l’Atacora, la situation est davantage préoccupante en raison des conséquences
de la crise sécuritaire qui affecte les populations du nord du Bénin. Dans un
rapport publié en 2024, l’Unicef souligne que cette situation touche des
milliers de personnes, notamment des enfants.
Les
déplacements de populations, combinés à la précarité économique, sont
susceptibles d’accroître les risques d'exploitation et d’aggraver les facteurs
de vulnérabilité auxquels sont exposés les enfants.
Dans
ce contexte, la prévention, le signalement et la prise en charge des victimes
apparaissent plus que jamais nécessaires. Pour les acteurs de la protection de
l’enfant, la lutte contre l’exploitation ne saurait reposer uniquement sur les
structures spécialisées. Elle nécessite également la vigilance des familles,
des communautés et de l’ensemble des acteurs locaux.
Car
derrière les statistiques se trouvent des enfants dont le présent est fragilisé
et dont l’avenir peut être compromis. Protéger l’enfant aujourd’hui, c’est
aussi préserver l’adulte et la société de demain
Continuent d’être exposés au travail, à la maltraitance, à la traite et à diverses formes de vulnérabilité