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Enfants exploités dans l’Atacora: Le combat contre une réalité persistante

Région
Continuent d’être exposés au travail, à la maltraitance, à la traite et à diverses formes de vulnérabilité Continuent d’être exposés au travail, à la maltraitance, à la traite et à diverses formes de vulnérabilité

La lutte contre l’exploitation des enfants demeure un défi majeur dans les communes de l’Atacora. Malgré les efforts déployés par les structures de protection, des enfants continuent d’être exposés au travail, à la maltraitance, à la traite et à diverses formes de vulnérabilité. Face à cette réalité, les acteurs de la protection de l’enfant multiplient les actions de sensibilisation, de prévention et de prise en charge.

Par   Alexis METON A/R Atacora-Donga, le 16 sept. 2026 à 17h07 Durée 4 min.
#Enfants exploités dans l’Atacora

Des enfants dans les marchés, arpentant les trottoirs pour vendre divers produits, employés dans les champs, les restaurants ou encore dans des activités particulièrement pénibles : dans l’Atacora, l’exploitation économique des enfants reste une réalité préoccupante.

Cette situation était au cœur des échanges lors de la session trimestrielle du cadre de concertation communale de protection de l’enfant de Natitingou, tenue le 3 septembre. Les participants ont notamment examiné les cas de mariage d’enfants, de grossesses précoces, de maltraitance et d’exploitation économique. L’objectif était d’identifier des approches de solutions et de renforcer les actions de chaque acteur afin de réduire ces phénomènes.

Pour Antoinette Gnami, cheffe du guichet unique de protection de l’enfant de Natitingou, la protection de l’enfant constitue un investissement pour l’avenir de la communauté. « L’enfant d’aujourd’hui devient l’adulte de demain. S’il n’est pas façonné à devenir l’adulte de demain, la communauté est en train de se perdre », a-t-elle expliqué.

La nécessité de dénoncer


Au-delà des actions institutionnelles, les acteurs de la protection insistent sur la nécessité d’impliquer davantage les communautés. Les cas de violences et d’exploitation doivent, selon eux, être signalés afin de permettre une intervention rapide des services compétents.

« On doit pouvoir dénoncer les cas de viol, de grossesse, de maltraitance et ceux d’exploitation économique qui sont faits sur l’enfant et qui ne lui permettent pas de s’épanouir, de devenir un adulte responsable demain. On doit pouvoir dénoncer tous ces fléaux », a insisté Antoinette Gnami.

Elle rappelle que le signalement peut se faire sans se déplacer vers un centre social ou un commissariat. « On peut le faire simplement en composant le 138», a-t-elle ajouté, invitant ainsi les populations à ne pas rester silencieuses face aux situations mettant en danger les enfants.

Si le Bénin a enregistré des progrès dans la lutte contre le travail des enfants, certaines zones demeurent particulièrement vulnérables. L’Atacora figure parmi elles, en raison notamment de la pauvreté, de la mobilité des enfants, de la traite et de l’exposition à des travaux dangereux. À ces facteurs s’ajoutent désormais les vulnérabilités liées à la situation sécuritaire dans le nord du pays.

Le Tableau de bord social sur la protection de l’enfant 2022, élaboré à partir des données du Sidoffe-NG du ministère des Affaires sociales, révèle que l’Atacora figure parmi les trois départements ayant enregistré le plus grand nombre d’enfants victimes de traite pris en charge au niveau national, aux côtés du Littoral et du Zou. À eux trois, ces départements représentaient 61,3 % des enfants victimes de traite reçus par les structures de protection en 2022.

Les données montrent également l’ampleur des situations de travail auxquelles sont confrontés certains enfants. En 2022, 595 enfants en situation de travail ont été recensés par les structures de protection au niveau national. Parmi eux, 241 étaient exposés aux pires formes de travail. Le Zou arrivait en tête avec 80 enfants concernés, suivi de l’Atacora avec 67 et du Plateau avec 53. Ces trois départements concentraient ainsi plus de 80 % des enfants exposés aux pires formes de travail recensés cette année-là.

La crise sécuritaire, un facteur aggravant

 

La traite des enfants englobe ainsi notamment le recrutement, le transport, le transfert, le déplacement, l’accueil ou l’hébergement d’un enfant à des fins d’exploitation.

Dans les faits, cette exploitation peut prendre plusieurs formes : travail domestique, activités agricoles, petit commerce, mendicité, travail dans les carrières et les mines, servitude, exploitation sexuelle ou encore mobilité interne et transfrontalière à des fins d’exploitation.

Les données du Sidoffe-NG montrent qu’en 2022, 917 enfants victimes de traite ont été reçus par les structures de protection au Bénin, contre 799 en 2021. Parmi eux, 504 étaient des filles et 413 des garçons.

Dans l’Atacora, la situation est davantage préoccupante en raison des conséquences de la crise sécuritaire qui affecte les populations du nord du Bénin. Dans un rapport publié en 2024, l’Unicef souligne que cette situation touche des milliers de personnes, notamment des enfants.

Les déplacements de populations, combinés à la précarité économique, sont susceptibles d’accroître les risques d'exploitation et d’aggraver les facteurs de vulnérabilité auxquels sont exposés les enfants.

Dans ce contexte, la prévention, le signalement et la prise en charge des victimes apparaissent plus que jamais nécessaires. Pour les acteurs de la protection de l’enfant, la lutte contre l’exploitation ne saurait reposer uniquement sur les structures spécialisées. Elle nécessite également la vigilance des familles, des communautés et de l’ensemble des acteurs locaux.

Car derrière les statistiques se trouvent des enfants dont le présent est fragilisé et dont l’avenir peut être compromis. Protéger l’enfant aujourd’hui, c’est aussi préserver l’adulte et la société de demain