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L’Assemblée générale des Nations Unies a approuvé, le 3 septembre à New York, la fusion du United Nations System Staff College (Unssc) avec l’Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche (Unitar), ainsi que la création d’une nouvelle entité : l’Institut des Nations Unies pour les capacités et l'innovation dans l'apprentissage (Unicli) qui devrait voir le jour le 1er janvier 2027. Cette réorganisation, inscrite dans le cadre de l’Initiative Un80, vise à réunir deux expertises jusqu’ici complémentaires mais distinctes : la formation et le développement des capacités des États membres, portés notamment par Unitar, et l’apprentissage, le leadership et la gestion des connaissances destinés au personnel du système des Nations Unies, domaines dans lesquels l’Unssc s’est imposé depuis sa création. L’objectif affiché est de construire une plateforme plus cohérente et plus efficace, capable d’accompagner aussi bien les États et leurs institutions que les personnels de l’Onu face à des crises et des défis toujours plus complexes. Derrière cette fusion se joue donc une question plus large : comment adapter les compétences et les modes d’apprentissage d’une Organisation appelée elle-même à se réinventer ? Genève conservera le siège du nouvel institut, tandis que Turin restera un campus majeur consacré à l’apprentissage et au leadership. Les implantations de Bonn, Hiroshima, New York et Madrid poursuivront leurs activités. Au lendemain de cette décision, Michelle Gyles-McDonnough, Secrétaire générale adjointe des Nations Unies et Directrice exécutive de l’Unitar, explique les raisons de cette transformation, ses conséquences pour les deux institutions et les ambitions du futur Unicli.
En tant que première femme et première Caribéenne à diriger l’Unitar, que représente cette étape pour vous ?
Je suis très fière et heureuse de diriger cette organisation et d’être la première femme caribéenne à en être la Directrice exécutive. Je pense que les femmes dirigeantes ont une responsabilité particulière: veiller à ce que notre leadership apporte davantage d’équilibre à notre travail, aux services que nous fournissons et à l’expérience de notre personnel. Le leadership des femmes doit se refléter dans l’ensemble de l’organisation, et parvenir à la parité entre les sexes a enrichi le leadership au sein de l’Unitar.
Votre nomination adresse un message fort aux jeunes filles. Que souhaiteriez-vous leur dire ?
Mon message est que tout est possible avec de la détermination et du travail. Je viens d’un pays, la Jamaïque, qui considère que rien n’est impossible. Les modèles sont importants. Il est essentiel de pouvoir voir, toucher et ressentir ce qui est possible.
Vous aviez initialement choisi de faire carrière dans le droit. Qu’est-ce qui vous a inspirée dans cette voie ?
Je suis devenue avocate spécialisée dans le commerce parce que je voulais travailler sur les politiques, les normes et les règles permettant aux petits pays de participer équitablement à l’économie mondiale. C’est souvent difficile, car il existe un pouvoir formel et un pouvoir informel, et il faut trouver des moyens d’agir dans le cadre des deux. Mais les règles du jeu déterminent notre capacité à réussir.
Comment votre expérience en matière de coopération internationale vous permet-elle de renforcer le travail de formation et de développement des capacités de l’Unitar et de favoriser le partage des bonnes pratiques ?
La coopération internationale a été importante tout au long de ma vie et de ma carrière. J’ai travaillé comme Coordonnatrice résidente et soutenu des Coordonnateurs résidents sur le terrain, ainsi qu’au sein du Bureau exécutif du Pnud, du Cabinet du Secrétaire général et du Secrétariat général de l’Organisation des États américains.
Dans chacun de ces rôles, j’ai cherché à agir sur les systèmes, les structures et les règles qui façonnent la vie quotidienne des populations. Les huit dernières années ont été consacrées à un travail considérable visant à transformer le système des Nations Unies afin qu’il puisse être plus performant et mieux préparé pour l’avenir. Les 17 Objectifs de développement durable (Odd) montrent que les capacités, les connaissances et l’expertise, des institutions solides, les financements, la technologie et la coopération constituent des facteurs déterminants pour progresser davantage.
En tant que Directrice exécutive, j’ai désormais la possibilité de voir si nous pouvons développer les capacités et les compétences à grande échelle, de manière meilleure et différente, afin que les pays puissent « préparer leur propre soupe ».
Comment envisagez-vous de poursuivre le développement et le renforcement de l’Unitar, que vous avez qualifié de «joyau » ?
Pour moi, faire briller ce « joyau» signifie être plus audacieux et aller au-delà de la formation individuelle. L’Unitar est particulièrement apprécié pour les compétences qu’il permet d’acquérir, les formations qu’il dispense, ainsi que pour les cours et les diplômes qu’il développe avec d’autres institutions. Toutefois, nous devons trouver un meilleur équilibre entre la formation individuelle et le renforcement des capacités institutionnelles.
Il existe une lacune majeure en matière d’institutions solides. À travers le monde, nous n’avons pas suffisamment investi dans celles-ci au cours des deux dernières décennies. Les capacités individuelles et les capacités institutionnelles doivent aller de pair.
Dans le cadre de l’Unitar, comment le Centre satellitaire des Nations Unies (Unosat) contribue-t-il au travail de l’organisation ?
Le centre satellitaire des Nations Unies constitue un élément essentiel de l’Unitar. Il fournit des services d’analyse, notamment à partir d’images satellitaires et de données géospatiales, tout en renforçant les capacités des pays à utiliser ces outils.
Jusqu’à présent, ces capacités ont principalement été mises au service des opérations de paix et des opérations humanitaires. Mais les mêmes analyses sont nécessaires pour la gestion durable de l’eau et des forêts, ainsi que pour lutter contre la pauvreté et les inégalités. L’Unosat constitue donc un atout important qui doit être utilisé dans l’ensemble des domaines de l’Agenda 2030.
Le soutien aux piliers humanitaire et de la paix restera fort, tandis que les capacités de l’Unosat sont de plus en plus déployées dans des domaines tels que la sécurité alimentaire, en partenariat avec la Fao, et l’urbanisme durable, grâce à son partenariat avec Onu-Habitat, signé en janvier dernier.
L’Assemblée générale des Nations Unies a approuvé, le 3 septembre, la fusion des deux entités et la création d’une nouvelle institution, l’Institut des Nations Unies pour les capacités et l'innovation dans l'apprentissage (Unicli). Quel est votre commentaire ?
Il s’agit d’un moment important pour les deux institutions, mais également pour l’ensemble de l’Organisation des Nations Unies. Cette décision s’inscrit dans le cadre plus large de l’Initiative Un80, qui vise fondamentalement à rendre l’Onu plus à même d’obtenir des résultats, en alignant les mandats, les structures, les ressources et les capacités autour de ces résultats. La logique de cette évolution est claire. Les États membres et les Nations Unies sont confrontés à des défis de plus en plus complexes et interdépendants, qu’il s’agisse des conflits et des crises humanitaires, du changement climatique, des bouleversements technologiques ou des progrès trop lents dans la réalisation des Objectifs de développement durable. Pour répondre efficacement à ces défis, les individus comme les institutions doivent développer continuellement de nouvelles compétences, s’adapter et transformer les connaissances en actions.
De quelle manière seront réparties les compétences des deux entités?
L’Unicli réunira le leadership de l’Unitar dans le développement des capacités des États membres, des institutions publiques, des diplomates et des professionnels du développement et l’expertise de l’Unssc en matière d’apprentissage, de leadership et de transformation organisationnelle. Il s’agit de créer une plateforme plus cohérente et plus accessible pour l’apprentissage et le développement des capacités, en offrant aux États membres, aux entités des Nations Unies et aux partenaires des points d’accès plus clairs à l’expertise et au soutien dont ils ont besoin.
L’Unicli sera officiellement créé le 1er janvier 2027. Que se passera-t-il d’ici là ?
Jusqu’à la fin de 2026, l’Unitar et l’Unssc continueront de fonctionner comme deux entités distinctes. Leurs programmes, leurs services, leurs partenariats et leurs engagements existants se poursuivront. L’intégration des structures, des systèmes et des capacités se poursuivra tout au long de l’année 2027.
L’Unitar envisage-t-il d’étendre sa présence mondiale en établissant de nouveaux bureaux dans d’autres régions du monde ?
Nous travaillons à faire en sorte que l’Unitar soit plus étroitement connecté aux équipes de pays des Nations Unies et aux cadres de coopération qu’elles mettent en place sur le terrain.
Plutôt que d’étendre inutilement notre infrastructure institutionnelle, nous privilégions des bureaux de projet conçus autour de projets, de problématiques et de modalités de financement spécifiques.
L’Unitar a actuellement son siège en Suisse, un bureau de représentation à New York et des bureaux de projet à Bonn et à Hiroshima. Un nouveau bureau de projet en Arabie saoudite devrait ouvrir en décembre.
Michelle Gyles-McDonnough, Secrétaire générale adjointe des Nations Unies et Directrice exécutive de l’Unitar