La Nation Bénin...
À l’heure où l’intelligence artificielle
s’impose dans les usages quotidiens, une nouvelle bataille se joue pour les
langues africaines : celle de leur présence dans les données numériques. Une
étude scientifique publiée en 2026 montre que le fongbé dispose déjà de
ressources pour le traitement automatique du langage, notamment vocales, mais
que leur diversité et leur volume restent insuffisants. Au Bénin, cette
question prend une dimension stratégique.
Pendant que les intelligences artificielles apprennent à traduire, transcrire des conversations, reconnaître des voix ou générer du texte, une question demeure : quelles langues ont suffisamment de données pour être comprises par les machines ?
Une étude consacrée aux ressources
disponibles en haoussa et en fongbé dresse un état des lieux. Le haoussa
bénéficie d’un écosystème plus développé, notamment sur le plan textuel. Le
fongbé dispose, lui, de ressources récentes, particulièrement vocales, mais
manque encore de textes diversifiés couvrant suffisamment de domaines. Il reste
ainsi une langue « à faibles ressources », avec des données numériques encore
limitées.
Une langue doit devenir une donnée
Pour apprendre une langue, une IA a besoin de données : phrases, conversations, récits, articles, contenus éducatifs ou administratifs, mais aussi enregistrements de voix et transcriptions. Un dictionnaire numérique est utile, mais ne suffit pas à entraîner des systèmes capables de comprendre une langue dans toute sa richesse.
Le Bénin commence toutefois à constituer
ce patrimoine numérique. En 2025, l’Agence des systèmes d’information et du
numérique (Asin) et l’Institute for Inclusive Digital Africa (Iidia) ont lancé
« JaimeMaLangue », un projet visant à construire une base de données vocales
consacrée aux langues béninoises. La phase pilote s’est appuyée sur le fongbé.
L’initiative rejoint d’autres efforts de
digitalisation. IamYourClounon a notamment lancé en 2025 un dictionnaire
numérique revendiquant plus de 20 000 mots et expressions.
De la préservation à la souveraineté
numérique
Ces initiatives changent la manière de penser la préservation linguistique. Une langue doit désormais pouvoir être écrite, recherchée, transcrite, traduite et reconnue par les technologies.
L’enjeu dépasse le fongbé. Les langues africaines peu représentées dans les données risquent de rester en marge des outils numériques qui façonnent l’accès à l’information et aux services.
Pour le fongbé, les premières briques existent. Le prochain défi est de changer d’échelle : produire davantage de textes et de données vocales, diversifier les corpus, les annoter et garantir leur gouvernance.
La bataille pour les langues maternelles
se joue donc aussi dans les données. Demain, la capacité d’une langue à être
comprise par une machine pourrait compter autant que sa capacité à être
transmise par une famille.
Une étude consacrée aux ressources disponibles en haoussa et en fongbé dresse un état des lieux