La Nation Bénin...
Depuis la mi-août, l’excision
s’est imposée dans les conversations numériques ouest-africaines. Au départ
centrée sur une campagne intitulée « Oui à l’excision », la polémique s’est
déplacée vers la désinformation, la religion, la culture et surtout le vide
juridique malien. Une évolution qui dépasse largement les réseaux sociaux.
Tout est parti des réseaux sociaux. Au Mali, des affiches et publications favorables à l’excision ont commencé à circuler à la mi-août, avec des slogans comme « Oui à l’excision » et « Nous voulons la protéger ». Plusieurs comptes, dont celui d’un internaute se présentant comme prêcheur installé en Espagne, ont relayé des arguments religieux en faveur de la pratique.
La riposte féministe ne s’est
pas fait attendre. Une journée de mobilisation contre l’excision a été
organisée le 22 août, tandis que les contenus favorables à la pratique
continuaient de circuler. Mais depuis, le débat a changé de nature.
Du viral au juridique
Une affirmation largement
relayée sur TikTok annonçait qu’une nouvelle loi malienne interdisait désormais
l’excision et la punissait de dix ans de prison. Une vérification publiée fin
août a établi que cette information était trompeuse : le Code pénal promulgué
en décembre 2024 ne mentionne pas explicitement les mutilations génitales
féminines, même si certaines dispositions peuvent permettre des poursuites.
Le 26 août, la Commission nationale des droits de l’Homme du Mali a justement demandé l’adoption d’une loi spécifique criminalisant les mutilations génitales féminines, estimant que le vide juridique constitue un frein majeur à leur éradication.
Au Bénin, la situation
juridique est différente. La loi de 2003 interdit toutes les formes de
mutilations génitales féminines et prévoit des sanctions renforcées lorsque la
victime est mineure. La loi de 2021 les classe également parmi les infractions
à raison du sexe.
Une pratique loin d’être
résolue
L’actualité rappelle l’ampleur du phénomène. L’UNICEF estime que 89 % des Maliennes de 15 à 49 ans ont subi une mutilation génitale féminine. Au niveau mondial, plus de 230 millions de filles et de femmes vivent avec ses conséquences et 4,5 millions de filles étaient encore exposées au risque en 2026.
Au Bénin, la dernière enquête nationale quantitative disponible, datant de 2014, estimait la prévalence à 9,2 % chez les femmes de 15 à 49 ans.
La polémique numérique s’est
donc essoufflée, mais elle a laissé une question de fond : à l’heure où les
réseaux peuvent banaliser une pratique en quelques clics, les États
disposent-ils des outils juridiques et numériques nécessaires pour empêcher son
retour dans l’espace public ?
L’actualité rappelle l’ampleur du phénomène.