La Nation Bénin...
Au cœur des traditions béninoises , un adage fon dit que, si le monde s’effondre, la tradition, quant à elle, ne s’effondre pas. Cette affirmation se justifie aisément par le fait que la naissance d’un enfant constitue un moment qui ne passe pas inaperçu. Elle est empreinte de spiritualité et revêt une importance communautaire particulière. Les rites de sortie sont pratiqués quelques jours ou quelques semaines après la naissance du nouveau-né. Que ce soit dans l’ère culturelle fon, adja ou encore dans le nord du Bénin, des cérémonies sont organisées après la naissance au sein des familles.
Cette cérémonie est appelée “sunkpôkpô" ou “vididéton" au sud du Bénin.
« La naissance d’un enfant est un grand événement, c’est une question de vie ou de mort pour la mère et le nourrisson. Et si Dieu fait grâce, et qu’il n'y a pas d'incident jusqu’à ce que la femme accouche, il faut rendre hommage aux divinités et leur présenter l’enfant », explique Mianon Kpodolo Houédosicaassi, prêtresse Mami Dan. Selon elle, la cérémonie de sortie d’enfants va bien au-delà d’une simple manifestation de joie. Elle signifie que « chaque famille a ses rites et coutumes, à accomplir avant que la mère et l’enfant ne puissent voir le soleil et la nouvelle lune ».
Il s’agit d’une cérémonie qui participe au développement et à la fortification de l’enfant, et qui varie d’une lignée familiale à une autre, ainsi que d’une région à une autre.
À Abomey, chez les Hannan, « l’enfant et sa mère restent dans une chambre pendant quelques jours pour des rites, puis on les fait sortir pour un rituel appelé “djanounou” pour le nouveau-né », précise la prêtresse Mami Dan.
Au cours de cette cérémonie, le nouveau-né est présenté à la nouvelle lune et des prières de prospérité sont prononcées sur lui. Avant la tenue de ladite cérémonie, il faut s’assurer que le cordon ombilical du bébé soit tombé. De plus, le jour choisi pour l’exécution des rites n’est pas déterminé au hasard. Afin de maximiser les influences favorables sur l’enfant, ce choix se fait à la suite de consultations du Fâ, conformément aux normes des calendriers spirituel et traditionnel, tout en tenant compte des jours sacrés pour la famille. En amont, l’enfant et sa mère sont lavés avec des décoctions de plantes médicinales hautement spirituelles, avant le jour prévu.
Dans des familles et régions comme le cas à Adja-Tado, des sacrifices ou des offrandes de boisson sucrée, d’alcool et de noix de kola sont faites à l’autel familial, où sont présents les esprits ancestraux.
Cette étape vise à obtenir la protection et la bénédiction des ancêtres sur l’enfant.
Une responsabilité confiée à des femmes
Ce sont des femmes profondément enracinées dans les traditions, telles que les Houessinon, les Houessivi ou encore les Tangninon, auxquelles sont confiés ces rituels. « Une tierce personne de la famille ne peut pas pratiquer ce rite », soutient Mianon Kpodolo, avant de poursuivre « Dans chaque famille, deux femmes sont spécialement désignées pour ces pratiques. Elles ont grandi auprès des aînées de la lignée et ont vu comment cela se déroule. ».
À l’en croire, ces dernières suivent les pas de leurs prédécesseures. Dans les familles qui se respectent, les femmes chargées d’accomplir ces rites sont forcément nées et grandi au village, dans le respect des us et coutumes, et elles sont également choisis par l’oracle Fâ. « Les rituels ancestraux sur le nouveau-né sont primordiaux et obligatoires. Beaucoup de personnes le savent ; même lorsqu’elles organisent la sortie d’enfants à l’église, elles reviennent à la source pour accomplir ces pratiques selon les normes traditionnelles », affirme la prêtresse Mami Dan avec un large sourire.
Les enfants nés hors de leur lignée familiale et élevés ailleurs, plus tard une fois au sein de la famille, sont également soumis à ces rites. La prêtresse Mami Dan explique que c’est ce qui doit être fait à l’enfant selon les convenances de sa famille, et non l’inverse. Elle souligne également que, même avec les religions importées,qui ont elles aussi leurs pratiques de sortie d’enfants, la tradition demeure la tradition et varie d’une lignée à une autre, ainsi que d’une région à une autre. « J’ai expliqué la pratique en milieu fon, mais chez les Bariba, les Ditamari et bien d’autres ethnies, il s’agira d’un autre procédé », conclut-elle.