La Nation Bénin...
À mesure que l’intelligence artificielle
s’impose dans les moteurs de recherche, les plateformes et les systèmes de
recommandation, une nouvelle bataille se joue : celle de la visibilité. Pour
les médias, artistes et créateurs africains, un contenu qui existe mais que les
algorithmes proposent peu risque de rester largement invisible.
La question n’est plus seulement : qui produit du contenu ? Mais aussi : qui a une chance d’être trouvé ? Les 9 et 10 septembre 2026, chercheurs, acteurs culturels et professionnels du numérique se réuniront à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) autour de l’intelligence artificielle et de la « découvrabilité » des contenus culturels francophones. À l’initiative de la Représentation de l’Organisation internationale de la Francophonie pour les Amériques (REPAM), ce séminaire abordera notamment les algorithmes de recommandation, la diversité culturelle et la souveraineté linguistique.
La découvrabilité désigne la capacité d’un
contenu à être trouvé, identifié et recommandé dans l’immensité numérique. Or,
les plateformes trient et hiérarchisent ce que les utilisateurs voient. Avec
l’IA, l’enjeu change d’échelle : ces systèmes dépendent de données, de corpus
et de métadonnées. Une langue ou une production culturelle peu documentée,
indexée ou référencée risque ainsi d’être moins visible.
Quand nos langues risquent de devenir
invisibles aux machines
Pour l’Afrique, la question est particulièrement sensible. Que devient une chanson en fon, une archive sonore en yoruba, un récit traditionnel, une émission communautaire ou un documentaire sur le patrimoine béninois s’ils sont insuffisamment présents dans les données numériques ? Une langue peut être parlée par des millions de personnes tout en restant peu comprise par les technologies.
L’enjeu dépasse donc la traduction. Il
concerne l’accès des langues nationales aux moteurs de recherche, outils de
transcription, assistants conversationnels, systèmes de recommandation et
technologies vocales.
L’Organisation internationale de la Francophonie défend depuis plusieurs années la découvrabilité des contenus francophones et, plus récemment, leur souveraineté face aux risques d’exclusion algorithmique.
Pour les créateurs africains, produire ne suffira plus. Titres, descriptions, métadonnées, référencement, transcription, archivage et présence multilingue deviennent stratégiques.
La question est aussi politique : qui numérise nos archives ? Qui structure les données ? Qui définit les standards ? Qui possède ces ressources ?
L’Afrique ne peut attendre que ses langues et ses récits soient intégrés à des systèmes conçus ailleurs. Elle doit participer à la construction des données, des outils et des normes qui façonneront sa visibilité numérique.
Car à l’heure de l’IA, une dernière
question demeure : si l’algorithme ne connaît pas nos histoires, qui les
racontera demain ?
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