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Pôles territoriaux: Une réforme pour rapprocher la prospérité des populations

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En lançant les pôles de développement territorial, le gouvernement veut changer la manière de penser le développement local. La stratégie consiste à partir des réalités de chaque territoire pour créer des emplois, attirer les investissements et réduire les écarts entre les communes.

 

Par   Joël C. TOKPONOU, le 25 sept. 2026 à 09h14 Durée 3 min.
#Pôles territoriaux #développement territorial

Pourquoi certaines communes attirent-elles davantage d'investissements que d'autres ? Pourquoi des jeunes quittent-ils leur localité pour chercher ailleurs des opportunités qu'ils ne trouvent pas chez eux ? Pourquoi certaines zones disposent-elles d'infrastructures modernes alors que d'autres peinent encore à exploiter leurs richesses naturelles, agricoles ou touristiques ? C'est à ces questions que tente de répondre la réforme des pôles de développement territorial présentée mercredi 23 septembre au palais de la Marina par le gouvernement.

Derrière les termes techniques et les schémas institutionnels dévoilés aux maires, préfets et cadres de l'administration, se lit en réalité l’élan de faire en sorte que le développement ne soit plus concentré dans quelques zones mais qu'il profite davantage aux territoires et aux populations qui y vivent.

Depuis l'avènement de la décentralisation en 2003, les communes ont progressivement acquis davantage de responsabilités. La réforme structurelle de 2021 a ensuite redéfini les rôles entre les élus et l'administration communale. Aujourd'hui, avec les pôles territoriaux, le gouvernement ouvre ce qui ressemble à une troisième phase; celle du développement économique organisé à l'échelle des territoires. L'une des idées fortes de la réforme est que toutes les communes ne se ressemblent pas.

En effet, Banikoara ne possède pas les mêmes atouts que Ouidah. Nikki n'a pas les mêmes réalités que Porto-Novo. Abomey ne présente pas les mêmes opportunités que Grand-Popo ou Natitingou. Pendant longtemps, les politiques publiques ont parfois tenté d'appliquer les mêmes recettes à des territoires très différents. Désormais, la logique change. Chaque pôle devra identifier ce qui fait sa force et construire sa stratégie autour de ses avantages comparatifs. Dans certaines zones, ce sera l'agriculture. Dans d'autres, le tourisme. Ailleurs, les activités industrielles, logistiques ou commerciales.

Le ministre de la Décentralisation et de la Gouvernance locale, Janvier Yahouédéhou, a ainsi expliqué que chaque pôle devra devenir un véritable moteur de croissance capable de valoriser ses propres richesses. L'idée n'est plus seulement de gérer un territoire. Il s'agit désormais de le développer.

Richesse sur place

Pour nombre d’observateurs, le développement se mesure moins aux textes qu'aux changements visibles. Une route qui facilite l'écoulement des produits agricoles. Une unité de transformation qui crée des emplois. Une activité touristique qui fait vivre les artisans. Une entreprise qui s'installe et recrute des jeunes. C'est précisément sur ce terrain que la réforme est attendue.

Le gouvernement affiche la volonté de développer une agriculture plus productive, de soutenir l'émergence d'au moins une industrie dans chaque pôle et de renforcer les chaînes de valeur locales.

Aujourd'hui encore, de nombreuses matières premières quittent les zones rurales sans être transformées. La richesse créée bénéficie souvent à d'autres territoires. En rapprochant les infrastructures économiques des bassins de production, les pôles pourraient contribuer à retenir davantage de valeur sur place. Pour les producteurs agricoles, cela pourrait signifier des débouchés plus proches. Pour les jeunes, davantage d'opportunités d'emploi. Pour les communes, des ressources économiques supplémentaires.

L'un des enjeux les plus importants de la réforme est sans doute la réduction des inégalités territoriales. Toutes les communes ne démarrent pas avec les mêmes chances. Certaines bénéficient déjà d'infrastructures importantes, d'un tissu économique dynamique ou d'une forte attractivité. D'autres doivent encore faire face à l'enclavement, au manque d'investissements ou à l'insuffisance des équipements publics. Cette réalité est visible dans plusieurs régions du pays.

La réforme part du principe que le lieu de naissance ou de résidence ne devrait pas déterminer les perspectives de développement auxquelles une population peut prétendre. À travers les pôles, l'État entend créer des mécanismes capables d'accélérer le développement des zones les moins favorisées tout en valorisant leurs potentialités. L'objectif est que chaque territoire puisse devenir un espace d'opportunités.

Le tourisme, un moteur

L'une des nouveautés de la réforme est l'importance accordée au tourisme territorial. Chaque pôle devra identifier ses sites, son histoire, ses traditions ou ses paysages susceptibles d'attirer des visiteurs. La finalité est de faire émerger au moins une ville et un village de splendeur dans chaque espace territorial.

Cette orientation reste dans la dynamique observée depuis plusieurs années avec les investissements réalisés à Ouidah, Abomey, Nikki ou encore Porto-Novo.

Pour le gouvernement, le patrimoine culturel et historique peut devenir un levier économique à part entière. Hôtellerie, restauration, artisanat, transport, commerce : lorsqu'un site touristique attire du monde, c'est toute une économie locale qui se met en mouvement.

L’autre défi auquel répond la réforme concerne la coordination des actions publiques. Sur un même territoire, plusieurs acteurs interviennent souvent en même temps notamment les communes, les préfectures, les services déconcentrés de l'État, les partenaires techniques et financiers, le secteur privé, etc. Parfois, les initiatives se complètent. Parfois, elles se chevauchent.

La création des délégués généraux vise justement à améliorer cette coordination.

Le gouvernement insiste cependant qu’il ne s'agit pas de créer une nouvelle couche administrative. Le préfet garde ses prérogatives. Le maire conserve ses compétences. Le délégué général n'est pas un supérieur hiérarchique. Sa mission sera essentiellement de faire travailler ensemble les différents acteurs autour d'une vision commune du développement.

Une autre innovation importante, c’est l'accent mis sur les résultats. Les futurs délégués généraux seront évalués. Cette précision peut sembler anodine. Elle ne l'est pas. Pendant longtemps, l'action publique a souvent été appréciée à travers les moyens engagés ou les activités réalisées. La réforme introduit davantage une logique de résultats mesurables. Combien d'emplois créés ? Combien d'investissements mobilisés ? Combien de projets réalisés ? Quel impact sur les revenus des populations ? Autant de questions qui serviront désormais à apprécier l'efficacité de l'action territoriale.

L'appel du président

Mais au palais de la Marina, le message qui a le plus marqué les participants n'était peut-être pas celui des organigrammes ou des tableaux de bord. Le président de la République a surtout insisté sur la responsabilité individuelle des acteurs. « Si nous souhaitons opérer le développement profond à la base, nous devons même dans nos attitudes au quotidien remettre en cause un certain nombre de choses », a déclaré Romuald Wadagni. Le chef de l'État a invité les maires et les préfets à ne plus fermer les yeux sur les obstacles qui ralentissent le développement local.

« En repartant d'ici, maires, préfets, vous prenez l'engagement personnel de dire ce que mes yeux voient, qui constitue des freins, je ne laisse plus passer. Il faut de la pédagogie, pas de violence. Il ne faut pas brutaliser les gens, vous donnez l'exemple », a-t-il insisté. Au fond, ce message résume l'esprit de la réforme. Les pôles territoriaux ne réussiront pas uniquement grâce aux textes, aux budgets ou aux structures administratives. Leur succès dépendra aussi de la capacité des responsables locaux à changer certaines pratiques, à travailler ensemble et à placer l'intérêt du territoire au-dessus des réflexes habituels.

Les six pôles existent désormais sur le papier. Les délégués généraux seront bientôt désignés. Les feuilles de route suivront. Mais la véritable épreuve commencera sur le terrain, là où les populations attendent moins des concepts que des résultats concrets.