La Nation Bénin...
A l’approche du scrutin du 12 avril 2026, deux duos dominent le paysage politique, celui de Romuald Wadagni, candidat de la mouvance présidentielle, et celui de Paul Hounkpè, figure de l’opposition. Si le premier semble partir avec la faveur des pronostics, l’histoire électorale du Bénin rappelle qu’aucune victoire n’est acquise d’avance. Quelles sont donc les marges de manœuvre du duo conduit par Hounkpè ?
A quelques semaines de la présidentielle de 2026, le duel attendu entre le duo conduit par Romuald Wadagni et celui emmené par Paul Hounkpè se précise. Mais derrière l’apparente évidence des rapports de force, la bataille reste entière. Car en politique comme sur un terrain de football, le ballon est rond pour tout le monde. A première vue, le décor semble déjà planté. Romuald Wadagni, porté par l’appareil de la mouvance, aborde l’échéance avec une longueur d’avance. Il bénéficie du soutien des deux partis de la majorité représentés à l’Assemblée nationale, d’une forte visibilité institutionnelle et d’un bilan économique qu’il pourra défendre devant l’électorat. Face à lui, Paul Hounkpè apparaît comme l’outsider. Sa candidature peut-elle réellement faire le poids dans un contexte dominé par la puissance organisationnelle du camp présidentiel ? La question traverse les esprits. Pourtant, réduire cette présidentielle à un duel déséquilibré serait ignorer une constante de la vie politique béninoise, notamment l’imprévisibilité du vote. En 2016, rares étaient ceux qui misaient sur une victoire de Patrice Talon face à la machine politique soutenue par Boni Yayi. Le verdict des urnes avait pourtant déjoué les calculs les plus assurés. Cette séquence demeure une leçon. Aucune bataille électorale n’est gagnée d’avance.
L’atout relationnel d’un homme du sérail politique
Paul Hounkpè n’est ni un novice ni un acteur isolé. Il a traversé plusieurs cycles politiques et côtoyé la plupart des figures qui composent aujourd’hui l’opposition. Cette proximité historique constitue un capital politique souvent sous-estimé. A l’heure où l’opposition peine à parler d’une seule voix, la capacité à renouer le dialogue, à dépasser les clivages internes et à bâtir des convergences stratégiques devient déterminante. Hounkpè connaît les hommes, les sensibilités, les ambitions et les lignes rouges. Ce savoir relationnel peut faciliter des rapprochements que d’autres auraient du mal à initier. Rien n’est tard. Le parti Les Démocrates, crédité de 16,14 % des suffrages aux dernières législatives, représente par exemple un réservoir électoral significatif. Dans une présidentielle structurée autour de deux grands blocs, chaque point compte. Une dynamique d’unité, même partielle, pourrait transformer une candidature perçue comme minoritaire en véritable alternative.
D’ailleurs, Paul Hounkpè a déjà démontré sa capacité à évoluer dans un système politique exigeant. Pour obtenir les parrainages nécessaires à sa participation à la présidentielle ou au partage des sièges à l’issue des législatives, il a su conclure des accords de gouvernance avec des partis soutenant le pouvoir. Cette aptitude à négocier, loin d’être un aveu de faiblesse, révèle une lecture pragmatique des rapports de force institutionnels. Cet exploit peut être réédité dans la perspective du scrutin du 12 avril avec les forces de l’opposition. Chaque élection est unique et en matière électorale, seuls les intérêts comptent.
Terrain, stratégie et discours
Mais les réseaux ne suffisent pas. Une campagne se gagne aussi sur le terrain et dans le récit proposé aux électeurs. Le duo porté par Hounkpè gagnerait à occuper davantage l’espace public. Une tournée nationale, présentée comme une démarche de remerciement ou de reddition de comptes après les scrutins passés, permettrait de remobiliser la base sans verser dans une campagne prématurée. Dans un pays où la proximité demeure déterminante, le contact direct avec les populations peut peser plus que les grandes démonstrations. Paul Hounkpè a donc un boulevard pour s’exprimer. La politique est d’abord affaire de parole. Et l’attentisme pourrait s’avérer contre-productif face à un adversaire déjà structuré et soutenu par une machine partisane solide. Clarifier la vision, articuler un projet distinct et crédible, incarner une alternative sans se limiter à la contestation : tels sont les chantiers prioritaires. Simplement opposer un « non » à la continuité, plutôt que de proposer un « autrement » capable de capter l’adhésion d’un électorat partagé entre la stabilité et le désir de renouveau, peut être improductif.
Dans un scrutin présidentiel, la perception peut évoluer rapidement. Une alliance inattendue, une mobilisation massive à la base, un discours qui touche une corde sensible ou un faux pas du favori peuvent redistribuer les cartes. Comme dans un match de football, la possession du ballon et les statistiques favorables ne garantissent pas la victoire ; seul le score final compte. Ainsi, si Romuald Wadagni aborde l’échéance du 12 avril 2026 en position de favori, le duo Hounkpè conserve des marges stratégiques réelles. Expérience, réseau relationnel, capacité de négociation et potentiel de rassemblement constituent des atouts non négligeables. Au bout du compte, l’élection ne se jouera ni dans les pronostics ni dans les certitudes affichées, mais dans la capacité des candidats à convaincre, à mobiliser et à incarner un projet.
Paul Hounkpè