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Régulation du secteur de la santé: Un état des lieux sans complaisance

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La Cellule de contrôle et d’inspection des structures de prestations de soins  médicaux dresse un bilan exhaustif du secteur La Cellule de contrôle et d’inspection des structures de prestations de soins médicaux dresse un bilan exhaustif du secteur

La Cellule de contrôle et d’inspection des structures de prestations de soins médicaux de l’Autorité de régulation du secteur de la santé (Ars) a présenté ce jeudi 15 janvier à Cotonou, le bilan de ses activités menées en 2025. Entre avancées notables, dysfonctionnements persistants et actions correctives, l’institution réaffirme que la sécurité des patients demeure le socle de la qualité des soins.

Par   Babylas ATINKPAHOUN, le 16 janv. 2026 à 07h20 Durée 3 min.
#Secteur de la santé

Les responsables de la Cellule de contrôle et d’inspection des structures de prestations de soins médicaux ont levé ce 15 janvier, le voile sur une année 2025 dense, marquée par un important travail de terrain. Ils ont voulu porter à la connaissance des populations, ce qu’ils ont vu dans les établissements de santé au cours de l’année écoulée et les actions que cela a appelées de leur part. Pour situer l’action de la cellule, Valère Goyito, coordonnateur par intérim de la cellule, a rappelé le cadre institutionnel et réglementaire qui fonde ses missions. La cellule est ainsi chargée des inspections médico-techniques des structures publiques et privées, du contrôle du respect des référentiels de qualité et de sécurité, ainsi que des investigations en cas d’événements indésirables liés aux soins. Ainsi, de janvier à décembre 2025, pas moins de 928 établissements de santé ont été inspectés au moins une fois, dont 626 publics et 302 privés.

Sur le terrain, plusieurs évolutions positives ont été constatées en 2025. La cellule note une nette régression de l’insalubrité dans de nombreux établissements de santé, la médicalisation de certains centres de santé d’arrondissement, le recrutement substantiel de ressources humaines, ainsi que la disponibilité accrue d’ambulances. À cela s’ajoutent la réhabilitation et l’équipement de structures sanitaires, la mise en service de nouveaux établissements, la dotation des maternités en kits de prise en charge des hémorragies du post-partum et la réalisation de forages d’eau potable dans plusieurs centres de soins. Ces inspections ont également mis en lumière des dysfonctionnements récurrents. Il s’agit des pratiques clandestines par des professionnels ou des non-professionnels de santé, l’absence prolongée de promoteurs d’établissements, les retards dans la référence des patients, les délais excessifs pour les examens d’imagerie médicale, ou encore l’absence de dispositifs de surveillance de l’exposition aux rayonnements ionisants. Les inspections ont également révélé que de nombreux laboratoires, tant publics que privés, continuent de réaliser manuellement l’hémogramme, au détriment de la fiabilité et de la rapidité des résultats.

Des sanctions et des réorganisations

Face à ces constats, la cellule n’est pas restée passive. Valère Goyito informe qu’un cas de pratique clandestine a conduit à l’interpellation d’un agent, à sa mise à disposition de la justice avec l’appui de la police républicaine et à la fermeture immédiate de son cabinet d’échographie. Dans le secteur de l’imagerie médicale, des agents ont été recrutés pour collecter des données sur six mois consécutifs. Une action majeure a également été menée au Cnhu-Hkm de Cotonou, aboutissant en avril 2025 à une réorganisation du service d’imagerie et à une dotation en équipements modernes, réduisant sensiblement les plaintes des usagers. La cellule a aussi procédé à la fermeture d’un cabinet de soins clandestin installé dans une promiscuité inacceptable avec une porcherie, illustrant la persistance de comportements mettant gravement en danger la santé publique.

Au quotidien, les délégués départementaux veillent au respect des référentiels de qualité et de sécurité. Malgré le renforcement des effectifs médicaux, des insuffisances demeurent, notamment le non-respect des protocoles de prise en charge. Le coordonnateur par intérim de la cellule indique que des échanges avec le ministère de la Santé ont permis de réorganiser le travail dans les centres médicalisés, en priorisant les consultations médicales à une certaine heure. En matière d’événements indésirables associés aux soins, 28 plaintes ont fait l’objet d’investigations dans 28 établissements, publics et privés. Les maternités et services de gynécologie-obstétrique concentrent l’essentiel des dossiers. Les investigations ont révélé, entre autres, des défauts de surveillance des patientes, des manquements aux protocoles obstétricaux, des actes réalisés hors compétence et une mauvaise traçabilité des références. Les préjudices recensés incluent notamment sept décès maternels et dix morts fœtales ou néonatales. Valère Goyito a insisté sur la sécurité des patients qui est longtemps diluée dans la notion générale de qualité des soins. Pour lui, elle en constitue aujourd’hui le fondement et la cellule prend l’engagement de travailler à restaurer durablement la confiance des populations dans le système de soins.

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