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Guerre en Ukraine: La problématique de l'enrôlement des Africains

International
Des Kényans et Ghanéens enrôlés dans l'armée russe pour combattre en Ukraine une action urgente des gouvernants pour rapatrier ces hommes Des Kényans et Ghanéens enrôlés dans l'armée russe pour combattre en Ukraine une action urgente des gouvernants pour rapatrier ces hommes

Alors que la guerre se prolonge sur le front ukrainien, un phénomène discret mais profondément préoccupant prend de l’ampleur. Il s’agit de l’enrôlement massif de jeunes Africains dans les rangs de l’armée de la Russie. De Nairobi à Accra, plusieurs gouvernements tirent la sonnette d’alarme face à ces départs de plus en plus fréquents vers les zones de combat en Ukraine.

 

Par   Isidore GOZO, le 02 mars 2026 à 10h33 Durée 2 min.
#Guerre en Ukraine

Selon des informations relayées par les autorités ukrainiennes et confirmées par un rapport du collectif d’investigation All Eyes on Wagner, au moins 1 780 ressortissants issus de 36 pays africains auraient combattu aux côtés des forces russes depuis le début du conflit. Un chiffre qui révèle l’ampleur d’un recrutement devenu quasi systématique. Dans le détail, au moins 1 417 Africains auraient officiellement été enrôlés dans l’armée russe entre janvier 2023 et septembre 2025. Parmi eux, plus de 300 auraient déjà perdu la vie sur le champ de bataille. Toutefois, les enquêteurs préviennent que ces statistiques ne représenteraient que la partie émergée de l’iceberg. Le nombre réel de recrues pourrait être nettement supérieur, certaines filières échappant encore à tout suivi officiel. «Le phénomène ne constitue pas un épiphénomène isolé », souligne le rapport, qui évoque une stratégie délibérée et organisée mise en place par Moscou pour pallier le manque croissant de soldats alors que la guerre s’enlise.

D’après les enquêteurs, les réseaux de recrutement russes opèrent avec une redoutable efficacité. Les promesses d’emplois bien rémunérés, de contrats militaires attractifs ou encore d’opportunités d’émigration servent d’appâts à des jeunes confrontés au chômage, à la précarité et à l’absence de perspectives. Lou Osborn, membre du collectif, décrit un mécanisme alarmante. « Nous avons été très impressionnés par la rapidité avec laquelle on peut trouver une offre de départ sur les réseaux sociaux. Cela prend parfois cinq minutes seulement. La Russie a déployé beaucoup d’efforts pour rendre le recrutement accessible aux masses », explique-t-elle. Les plateformes numériques deviennent ainsi de véritables couloirs de mobilisation, où circulent annonces, contacts et intermédiaires, souvent sans réel contrôle des autorités locales.

Des pays particulièrement touchés

Certains États paient déjà un lourd tribut humain. Les contingents les plus importants proviendraient notamment de l’Égypte avec 361 recrues, du Cameroun avec 335 recrues, et avec le plus grand nombre de pertes, et du Ghana avec 234 recrues. Ces chiffres traduisent une tendance inquiétante dans plusieurs pays africains, où les recruteurs exploitent des fragilités socio-économiques persistantes à savoir : le chômage massif des jeunes, la migration irrégulière, les promesses de régularisation à l’étranger ou encore des aides financières aux familles. Pour beaucoup, le départ relève moins d’une adhésion idéologique que d’une stratégie de survie.

Face à cette situation, plusieurs capitales africaines commencent à réagir. Des campagnes de sensibilisation sont envisagées afin d’alerter les populations sur les risques réels dont l’absence de protection consulaire, les contrats opaques, les conditions de combat extrêmes, voire l’impossibilité de rapatriement des corps. Certains gouvernements redoutent également les répercussions diplomatiques d’une implication indirecte de leurs ressortissants dans un conflit international d’une telle ampleur. Au-delà des pertes humaines, la question soulève un enjeu moral et politique plus large. Voir des citoyens africains engagés comme supplétifs dans une guerre étrangère ravive le spectre de l’exploitation de la main-d’œuvre du continent par des puissances extérieures. Pour Lou Osborn, la transparence reste essentielle.  « Il s’agit de permettre aux familles de connaître le sort de leurs proches et de s’organiser pour demander le retour des dépouilles ou des personnes encore bloquées », a-t-elle déclaré.