La Nation Bénin...

Conférence mondiale du travail: l’avenir de l’emploi sur fond de tensions financières

International
Conférence mondiale du travail Conférence mondiale du travail

La 114e session de la Conférence internationale du travail se tiendra à Genève du 1er au 12 juin dans un contexte de profondes mutations du monde du travail, de conflit dans la région du Golfe mais aussi de fortes turbulences financières pour l’Organisation internationale du travail (OIT), confrontée à l’une des plus graves crises budgétaires de son histoire récente.

Par   Catherine Fiankan-Bokonga, Correspondante accréditée auprès de l’Office des Nations Unies à Genève (Suisse), le 21 mai 2026 à 17h21 Durée 3 min.
#Conférence mondiale du travail

Plus de 5.000 délégués représentant gouvernements, employeurs et travailleurs issus des 187 États membres de l’OIT sont attendus au Palais des Nations et au siège de l’organisation début juin à l’occasion de la Conférence Internationale du Travail (CIT) qui demeure le principal forum multilatéral consacré aux normes sociales internationales.

Cette année, les débats porteront notamment sur le travail décent dans l’économie des plateformes numériques, l’intelligence artificielle dans le monde du travail, l’égalité entre les femmes et les hommes, ainsi que le dialogue social et le tripartisme, piliers historiques de l’organisation fondée en 1919.

Le directeur général de l’OIT, le Togolais Gilbert Houngbo, présentera son rapport devant la séance plénière, aux côtés du président du Conseil d’administration. Les discussions porteront également sur le programme et budget de l’organisation ainsi que sur l’application des normes internationales du travail.

L’économie des plateformes au cœur des négociations


L’un des dossiers les plus sensibles de cette session concerne la seconde discussion normative sur le travail dans l’économie des plateformes. L’objectif est d’aboutir à un nouvel instrument international encadrant les droits des travailleurs des plateformes numériques, dans un secteur où les frontières entre indépendance et salariat demeurent particulièrement floues. Les négociations devraient être particulièrement suivies tant par les organisations syndicales que par les grandes entreprises technologiques. Plusieurs droits fondamentaux sont considérés comme non négociables par de nombreux États et partenaires sociaux : limitation du temps de travail, sécurité au travail, protection contre les licenciements abusifs ou encore congé maternité.

La Suisse entend jouer un rôle actif dans ces discussions. Berne défendra l’adoption d’une convention accompagnée d’une recommandation permettant de tenir compte de la diversité des modèles économiques existants. Les autorités suisses plaideront également pour que les travailleurs des plateformes bénéficient d’un niveau de protection équivalent à celui des salariés exerçant des fonctions comparables.

Egalité femmes-hommes et dialogue social


Autre sujet majeur de cette conférence : l’avancement du programme porteur de changements en faveur de l’égalité de genre dans le monde du travail. Les délégués examineront en parallèle un rapport de l’OIT consacré au dialogue social et au tripartisme. Dans un contexte de tensions croissantes sur les marchés du travail, plusieurs pays européens, dont la Suisse, entendent rappeler le rôle central des conventions collectives dans la fixation des salaires et des conditions de travail.

Une organisation fragilisée par la crise budgétaire


Mais derrière ces grands débats sociaux se profile une autre crise, plus existentielle celle-ci : celle du financement même de l’organisation. Le 24 avril dernier, l’OIT révélait que ses États membres lui devaient encore près de 500 millions de francs suisses de contributions impayées, soit plus de la moitié de son budget opérationnel annuel, fixé à 926 millions de francs.

La situation s’est fortement dégradée depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025. L’administration américaine a drastiquement réduit, voire suspendu, sa participation financière à plusieurs agences des Nations unies, jugées contraires aux intérêts stratégiques des États-Unis. Face à cette situation, le Conseil d’administration de l’OIT étudie plusieurs scénarios d’économies. Le plus sévère pourrait conduire à la suppression d’environ 350 postes, soit plus d’un cinquième des effectifs du siège genevois. L’organisation affirme toutefois qu’« aucune suppression d’emplois n’a encore été approuvée », tout en reconnaissant préparer « en dernier recours » des réductions de personnel ainsi qu’un gel des recrutements.

La crise frappe durement la Genève internationale, déjà fragilisée par la réduction des financements multilatéraux américains. Pour tenter d’amortir le choc, les autorités genevoises ont créé la Fondation pour l’adaptation de la Genève internationale (FAGI), dotée de 50 millions de francs suisses afin de soutenir organisations internationales et ONG confrontées à cette période d’incertitude financière.

Le spectre des tensions géopolitiques


La conférence devrait également être marquée par les répercussions économiques des tensions internationales, notamment au Moyen-Orient. Selon un récent rapport de l’OIT, une hausse durable du prix du pétrole de 50 % pourrait entraîner la destruction de 14 millions d’emplois équivalents temps plein dans le monde dès cette année. Ce chiffre pourrait atteindre 38 millions d’ici à 2027 si les tensions géopolitiques persistent.

Dans ce contexte de fragmentation géopolitique, d’essor de l’intelligence artificielle et de transformation accélérée des formes d’emploi, la Conférence internationale du travail apparaît plus que jamais comme un test pour la capacité du multilatéralisme social à produire des règles communes.