La Nation Bénin...
La
114e session de la Conférence internationale du travail se tiendra à Genève du
1er au 12 juin dans un contexte de profondes mutations du monde du travail, de
conflit dans la région du Golfe mais aussi de fortes turbulences financières
pour l’Organisation internationale du travail (OIT), confrontée à l’une des
plus graves crises budgétaires de son histoire récente.
Plus
de 5.000 délégués représentant gouvernements, employeurs et travailleurs issus
des 187 États membres de l’OIT sont attendus au Palais des Nations et au siège
de l’organisation début juin à l’occasion de la Conférence Internationale du Travail
(CIT) qui demeure le principal forum multilatéral consacré aux normes sociales
internationales.
Cette
année, les débats porteront notamment sur le travail décent dans l’économie des
plateformes numériques, l’intelligence artificielle dans le monde du travail,
l’égalité entre les femmes et les hommes, ainsi que le dialogue social et le
tripartisme, piliers historiques de l’organisation fondée en 1919.
Le
directeur général de l’OIT, le Togolais Gilbert Houngbo, présentera son rapport
devant la séance plénière, aux côtés du président du Conseil d’administration.
Les discussions porteront également sur le programme et budget de
l’organisation ainsi que sur l’application des normes internationales du
travail.
L’économie des plateformes au cœur des négociations
L’un
des dossiers les plus sensibles de cette session concerne la seconde discussion
normative sur le travail dans l’économie des plateformes. L’objectif est
d’aboutir à un nouvel instrument international encadrant les droits des
travailleurs des plateformes numériques, dans un secteur où les frontières
entre indépendance et salariat demeurent particulièrement floues. Les
négociations devraient être particulièrement suivies tant par les organisations
syndicales que par les grandes entreprises technologiques. Plusieurs droits
fondamentaux sont considérés comme non négociables par de nombreux États et
partenaires sociaux : limitation du temps de travail, sécurité au travail,
protection contre les licenciements abusifs ou encore congé maternité.
La
Suisse entend jouer un rôle actif dans ces discussions. Berne défendra
l’adoption d’une convention accompagnée d’une recommandation permettant de
tenir compte de la diversité des modèles économiques existants. Les autorités
suisses plaideront également pour que les travailleurs des plateformes
bénéficient d’un niveau de protection équivalent à celui des salariés exerçant
des fonctions comparables.
Egalité femmes-hommes et dialogue social
Autre
sujet majeur de cette conférence : l’avancement du programme porteur de
changements en faveur de l’égalité de genre dans le monde du travail. Les
délégués examineront en parallèle un rapport de l’OIT consacré au dialogue
social et au tripartisme. Dans un contexte de tensions croissantes sur les
marchés du travail, plusieurs pays européens, dont la Suisse, entendent
rappeler le rôle central des conventions collectives dans la fixation des
salaires et des conditions de travail.
Une organisation fragilisée par la crise budgétaire
Mais
derrière ces grands débats sociaux se profile une autre crise, plus
existentielle celle-ci : celle du financement même de l’organisation. Le 24
avril dernier, l’OIT révélait que ses États membres lui devaient encore près de
500 millions de francs suisses de contributions impayées, soit plus de la
moitié de son budget opérationnel annuel, fixé à 926 millions de francs.
La
situation s’est fortement dégradée depuis le retour de Donald Trump à la Maison
Blanche en janvier 2025. L’administration américaine a drastiquement réduit,
voire suspendu, sa participation financière à plusieurs agences des Nations
unies, jugées contraires aux intérêts stratégiques des États-Unis. Face à cette
situation, le Conseil d’administration de l’OIT étudie plusieurs scénarios
d’économies. Le plus sévère pourrait conduire à la suppression d’environ 350
postes, soit plus d’un cinquième des effectifs du siège genevois.
L’organisation affirme toutefois qu’« aucune suppression d’emplois n’a encore
été approuvée », tout en reconnaissant préparer « en dernier recours » des
réductions de personnel ainsi qu’un gel des recrutements.
La
crise frappe durement la Genève internationale, déjà fragilisée par la
réduction des financements multilatéraux américains. Pour tenter d’amortir le
choc, les autorités genevoises ont créé la Fondation pour l’adaptation de la
Genève internationale (FAGI), dotée de 50 millions de francs suisses afin de
soutenir organisations internationales et ONG confrontées à cette période
d’incertitude financière.
Le spectre des tensions géopolitiques
La
conférence devrait également être marquée par les répercussions économiques des
tensions internationales, notamment au Moyen-Orient. Selon un récent rapport de
l’OIT, une hausse durable du prix du pétrole de 50 % pourrait entraîner la
destruction de 14 millions d’emplois équivalents temps plein dans le monde dès
cette année. Ce chiffre pourrait atteindre 38 millions d’ici à 2027 si les tensions
géopolitiques persistent.
Dans
ce contexte de fragmentation géopolitique, d’essor de l’intelligence
artificielle et de transformation accélérée des formes d’emploi, la Conférence
internationale du travail apparaît plus que jamais comme un test pour la
capacité du multilatéralisme social à produire des règles communes.
Conférence mondiale du travail