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L’Organisation mondiale de la santé (Oms) a déclaré une «urgence de santé publique de portée internationale » après l’apparition d’une nouvelle flambée d’Ebola provoquée par le virus Bundibugyo en République démocratique du Congo et en Ouganda. Déjà responsable de dizaines de morts dans l’est congolais, cette souche rare inquiète particulièrement les autorités sanitaires en raison de l’absence de vaccin ou de traitement spécifique, dans un contexte régional marqué par l’insécurité, les déplacements massifs de populations et la fragilité des systèmes de santé.
La République démocratique du Congo replonge dans l’angoisse d’Ebola. Moins de six mois après la fin officielle de la précédente flambée épidémique dans la province du Kasaï, les autorités congolaises et l’Organisation mondiale de la santé (Oms) font désormais face à une nouvelle menace sanitaire d’ampleur régionale : une épidémie provoquée par le virus Bundibugyo, une souche rare du virus Ebola, particulièrement redoutée en raison de l’absence totale de vaccin ou de traitement homologué.
Le 16 mai, le directeur général de l’Oms, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a officiellement déclaré cette flambée épidémique comme une «urgence de santé publique de portée internationale» (Pheic), le niveau d’alerte le plus élevé prévu par le Règlement sanitaire international. Une décision lourde de sens, prise après la confirmation de plusieurs cas dans l’est de la République démocratique du Congo ainsi qu’en Ouganda voisin.
L’alerte initiale remonte au 5 mai, lorsqu’une mystérieuse maladie à forte mortalité est signalée dans la zone de santé de Mongbwalu, en Ituri, région minière instable de l’est congolais. Parmi les premières victimes figurent quatre agents de santé morts en seulement quelques jours, révélant immédiatement la dangerosité de la situation et les failles des dispositifs de protection sanitaire locaux.
Après plusieurs jours d’investigations, les analyses réalisées par l’Institut national de recherche biomédicale (Inrb) de Kinshasa confirment, le 15 mai, la présence du virus Bundibugyo dans plusieurs échantillons sanguins prélevés dans les zones de Rwampara et Mongbwalu. Cette souche appartient à la famille des orthoébolavirus, responsables des différentes formes d’Ebola.
Insécurité dans les zones touchées
Au total, 246 cas suspects et 80 décès ont déjà été recensés dans trois zones sanitaires de l’Ituri : Rwampara, Mongbwalu et Bunia. Les autorités sanitaires redoutent cependant un bilan réel bien plus élevé, plusieurs décès communautaires n’ayant pas encore pu être investigués dans des territoires difficiles d’accès.
L’inquiétude des autorités internationales tient autant à la dangerosité du virus qu’au contexte extrêmement fragile dans lequel cette épidémie se développe. L’Ituri demeure l’une des provinces les plus instables de la Rdc, marquée par les violences armées, les déplacements massifs de populations et la faiblesse chronique des infrastructures sanitaires.
Selon l’Oms, plusieurs facteurs aggravent considérablement le risque de propagation : l’insécurité persistante, la mobilité liée aux activités minières de Mongbwalu, la densité des réseaux de soins informels ainsi que la proximité immédiate avec l’Ouganda et le Soudan du Sud. Ces conditions rappellent celles qui avaient favorisé la terrible épidémie de 2018-2019 au Nord-Kivu et en Ituri, qui avait causé plus de 2 200 morts.
La situation a d’ailleurs déjà franchi les frontières congolaises. Le ministère ougandais de la Santé a confirmé, le 15 mai, un premier cas importé à Kampala. Il s’agissait d’un ressortissant congolais décédé dans un hôpital privé de la capitale ougandaise après avoir présenté de sévères symptômes hémorragiques. Un second cas importé a été identifié dès le lendemain.
Pour l’heure, aucune transmission locale n’a encore été détectée en Ouganda, mais les autorités sanitaires ont immédiatement déclenché des mesures d’urgence: renforcement des contrôles frontaliers, mise en quarantaine des contacts identifiés, déploiement d’équipes mobiles de surveillance et activation des laboratoires d’urgence.
Le ministre de la santé congolais sur le terrain
En Rdc, le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, le Dr Samuel Roger Kamba, s’est rendu dimanche 17 mai en Ituri à la tête d’une importante délégation comprenant notamment le directeur général de l’Institut national de santé publique (Insp), le Dr Mwamba Kazadi, ainsi que les responsables du Centre des opérations d’urgences de santé publique (Cousp). Objectif: coordonner la riposte, évaluer l’évolution de l’épidémie et rassurer les populations locales. Le ministre a reconnu que le contexte sécuritaire pourrait compliquer les opérations sanitaires, tout en soulignant l’expérience acquise par les autorités congolaises dans la gestion des précédentes crises Ebola. Mais cette fois-ci, la difficulté est accrue par la nature même du virus. Contrairement à la souche Zaïre du virus Ebola, contre laquelle plusieurs vaccins et traitements expérimentaux existent désormais, aucun vaccin homologué ni thérapie spécifique n’est pour le moment disponible contre le virus Bundibugyo. Selon le virologue congolais, le professeur Jean-Jacques Muyembe, d'ici la fin du mois de mai, les candidats vaccins ou molécules pour traiter les cas d'Ebola Bundibugyo seront identifiés.
Inquiétude régionale
L’autre grande inquiétude concerne la dimension régionale de la crise. L’Ituri constitue un important carrefour migratoire et commercial entre la Rdc, l’Ouganda et le Soudan du Sud. Les flux permanents de travailleurs, commerçants et populations déplacées compliquent considérablement le contrôle sanitaire.
Le docteur Jean Kaseya, directeur général des Africa Centres for Disease Control and Prevention (Africa Cdc), a alerté sur le risque élevé de propagation régionale. Une réunion d’urgence de haut niveau doit désormais réunir les autorités sanitaires de la Rdc, de l’Ouganda et du Soudan du Sud, avec l’appui de l’Oms et de l’Unicef.
Selon Africa Cdc, les efforts prioritaires porteront sur le renforcement de la surveillance épidémiologique, l’augmentation des capacités de laboratoire, le contrôle des infections hospitalières et la coordination transfrontalière.
Au-delà de l’urgence sanitaire immédiate, cette nouvelle flambée rappelle brutalement la vulnérabilité persistante de l’Afrique centrale face aux grandes épidémies émergentes. Entre fragilité des systèmes de santé, instabilité sécuritaire et forte mobilité régionale, les conditions demeurent réunies pour favoriser la circulation rapide des maladies infectieuses.
Pour les autorités congolaises comme pour les organisations internationales, l’enjeu est désormais clair : éviter que cette nouvelle souche d’Ebola se transforme en crise sanitaire régionale majeure.
Nouvelle flambée d'Ebola, une urgence de santé publique de portée internationale