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Souveraineté technologique : pendant que l’Europe prépare l’après-IA, l’Afrique doit accélérer

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Alors que l’intelligence artificielle redessine déjà les rapports de force économiques et technologiques, l’Union européenne (UE) cherche à renforcer sa maîtrise des technologies stratégiques. L’Afrique, elle, dispose désormais d’une stratégie continentale sur l’IA, mais doit encore transformer ses orientations en infrastructures, en capacités de calcul et en écosystèmes technologiques suffisamment solides pour peser dans la nouvelle économie numérique.

Par   Roméo TOSSOU (Coll.), le 26 sept. 2026 à 19h30 Durée 2 min.
#Intelligence artificielle

L’intelligence artificielle n’est plus seulement une question de logiciels ou d’outils numériques. Elle est devenue une question d’infrastructures, d’énergie, de données et de compétences et, par conséquent, de souveraineté. C’est précisément sur ce terrain que l’Europe entend désormais avancer.

Le 2 juin 2026, la Commission européenne a présenté un paquet consacré à la souveraineté technologique, comprenant notamment un Chips Act 2.0, une proposition de règlement sur le développement du cloud et de l’IA ainsi qu’une stratégie européenne en faveur de l’open source. L’ambition est de renforcer les capacités européennes dans les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle, le cloud et les infrastructures numériques.

Ainsi, Bruxelles ne raisonne déjà plus uniquement en termes d’utilisation de l’IA. Il s’agit de maîtriser les éléments qui permettront de la faire fonctionner demain. Or, cette évolution est déterminante : les modèles d’IA nécessitent des centres de données, des capacités de calcul considérables, des réseaux performants et une alimentation électrique stable.

Dans cette perspective, un travail universitaire consacré à la souveraineté des infrastructures d’IA souligne que celle-ci ne peut plus être pensée uniquement à travers les données et les algorithmes : elle dépend aussi de la capacité à contrôler les centres de données, les réseaux et les systèmes énergétiques qui permettent aux technologies d’IA de fonctionner.

Le contraste avec l’Afrique mérite dès lors d’être observé sans caricature. Le continent n’est pas absent de cette course. L’Union africaine a adopté en 2024 une stratégie continentale sur l’intelligence artificielle et considère cette technologie comme un levier potentiel de transformation économique et sociale. En mai 2026, la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique relevait d’ailleurs que le contrôle des données serait déterminant pour l’avenir économique du continent.

Cependant, le défi demeure celui du passage à l’échelle. Selon une analyse publiée par l’Institute for Security Studies en mai 2026, sans infrastructures permettant de développer une IA locale et sans maîtrise effective des données, la souveraineté africaine en matière d’IA restera difficile à assurer. L’analyse identifie notamment quatre composantes essentielles : l’électricité, les équipements informatiques et centres de données, les infrastructures physiques et de refroidissement, ainsi que la connectivité et les écosystèmes de données.

Cette faiblesse infrastructurelle est également documentée par le Fonds monétaire international. Selon une analyse publiée en juillet 2026, l’Afrique subsaharienne pourrait tirer davantage parti de l’IA, mais à condition d’améliorer l’électricité, la connectivité internet et les compétences numériques. La région demeure actuellement la moins bien préparée à l’IA selon l’indice de préparation utilisé par le FMI.

Dès lors, l’enjeu pour les pays africains n’est pas simplement de disposer d’un accès à Gemini, Copilot, Claude AI, ChatGPT ou à d’autres applications d’IA. Il est de savoir où sont hébergées les données, qui possède les infrastructures, qui développe les modèles, qui forme les ingénieurs et qui capte la valeur économique produite.

L’économiste et spécialiste des technologies africaines Rose Mutiso met d’ailleurs en garde contre l’idée selon laquelle l’IA permettrait automatiquement aux pays en développement de « sauter » toutes les étapes du développement. Selon elle, contrairement au téléphone mobile, l’IA nécessite d’importantes infrastructures physiques, institutionnelles et informationnelles.

C’est précisément là que se joue la différence entre être consommateur de technologie et devenir producteur de technologie. L’Afrique dispose d’initiatives, de chercheurs, de jeunes entreprises et désormais d’une stratégie continentale. Mais elle doit accélérer les investissements dans les centres de données, le calcul haute performance, l’énergie, les réseaux, la formation et la recherche.

Car pendant que les grandes puissances réfléchissent déjà aux puces de prochaine génération, au cloud souverain et aux infrastructures nécessaires à l’IA de demain, le continent doit encore consolider une partie des fondations sur lesquelles cette nouvelle économie reposera.

L’objectif ne devrait donc pas être de reproduire mécaniquement le modèle européen. Il serait plutôt de tirer les leçons de cette anticipation : une souveraineté technologique ne se décrète pas lorsque la dépendance est devenue irréversible. Elle se construit en amont, par l’investissement, la formation, la recherche et la maîtrise des infrastructures.

Pour l’Afrique, la question n’est finalement plus de savoir si l’intelligence artificielle transformera son avenir. Elle est de savoir quelle place le continent occupera dans cette transformation : simple utilisateur des technologies conçues ailleurs ou acteur capable d’en produire, d’en contrôler une partie et de les adapter à ses propres réalités.