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Pêche maritime industrielle: Une faible productivité qui interpelle

Environnement
Chalutiers basés au Port de pêche industrielle de Cotonou Chalutiers basés au Port de pêche industrielle de Cotonou

Pourquoi le Bénin, bien que disposant de l'océan à proximité, continue-t-il d'importer plus de poissons qu'il n'en produit ? Les statistiques disponibles et l'analyse des spécialistes appellent à des réformes structurantes.


Par   Fulbert Adjimehossou, le 19 juin 2023 à 06h54 Durée 4 min.
#Pêche maritime industrielle
Lors d'un atelier, fin mai, Dr Edéya Orobiyi Rodrigue Pèlèbè commence son exposé par un petit exercice. Nous allons essayer de voir les espèces qui sont les plus importées au Bénin. Ici, vous voyez le chinchard et le maquereau en tête. Ce sont des poissons qu’on trouve aussi dans l'océan Atlantique, que nous importons de pays qui sont très loin de nous », fait-il remarquer. Diapositive après diapositive, ce chercheur du Centre d'Excellence Africain sur la Résilience Côtière (Acecor) de l'Université de Cape Coast, Ghana et du Laboratoire de Recherche en Aquaculture et Ecotoxicologie Aquatique (Laraeaq) de la Faculté d’Agronomie de l’Université de Parakou attire l'attention sur des faits banalisés mais préoccupants. Les données utilisées ont été produites par la plateforme Globefish de la Fao. Beaucoup se demandent alors pourquoi importer vers nos pays ces espèces de poissons. « Nous sommes un pays côtier qui a la mer en face, mais malheureusement, ce sont d'autres pays qui nous fournissent encore plus de poissons par le biais de l'importation. L'enjeu est grand» déplore Dr Christian Adjé, océanographe, chercheur à l’Institut de Recherches Halieutiques et Océanologiques du Bénin (Irhob). Ces préoccupations renvoient à de nombreuses autres concernant l'état de la pêche maritime au Bénin. 
En 2022, le pays a importé 108 030 tonnes de poissons contre une production de 
74 622 tonnes. Entre 2005 et 2021, les importations ont dépassé la production, avec des pics observés entre 2014 et 2016. Cela signifie qu'il existe des problèmes qu'il faut examiner de près, précise Dr Pèlèbè. Du côté de la Direction de la Production Halieutique, on est également conscient de l'écart entre les besoins et la production, comblé par les poissons congelés importés. 
« Les besoins sont estimés à 220 000 tonnes et sont couverts à 34 %. Il y a un déficit de 146 000 tonnes comblé par l'importation », souligne Herman Kasseau Gangbazo, chef Service Aménagement et Gestion des Pêcheries. 

Une dominance artisanale 

Pour se rendre en mer, il faut de gros moyens. Mais au Bénin, la pêche maritime est principalement artisanale. On recense plus de 4 300 pêcheurs qui utilisent des filets maillants, des sennes tournantes et des sennes de plage pour capturer des poissons. Le taux de motorisation est de 88%. Avec ces moyens, la pêche maritime artisanale parvient à produire jusqu'à près de 40 000 tonnes de poissons, comme ce fut le cas en 2019. En 2022, les statistiques indiquent une production de 33 374 tonnes pour l'ensemble du secteur, soit 44,72% de la production totale estimée à 74 622 tonnes. En revanche, la pêche industrielle, animée par quelques petits chalutiers et thoniers étrangers, n'a produit que 113 tonnes. En examinant les statistiques depuis 1988, on constate que la productivité n'a jamais atteint les 1 500 tonnes. De nombreux problèmes sont évoqués, notamment la faible participation des nationaux aux opérations de pêche maritime industrielle par rapport aux flottes étrangères et le faible développement technique de la pêche maritime industrielle. « Il est nécessaire de mettre en place une réforme structurelle et d'encourager les investissements afin de changer cette tendance », souligne Dr Pèlèbè.

Autres causes

Plusieurs autres raisons justifient la faible productivité de la pêche maritime industrielle, en comparaison avec la pisciculture et la pêche continentale. Dr Zacharie Sohou, directeur de l’Irhob, relève des raisons naturelles. « Nous avons une très faible remontée d'eau froide qui n'est pas favorable à une bonne capture, fait observer Dr Sohou.  Dr Edéya Orobiyi Rodrigue Pélébè soutient également cet argument lié aux conditions naturelles sur nos côtes et ajoute un problème d'organisation du secteur. 
« La pêche maritime industrielle semble être l'enfant défavorisé. Par exemple, le Bénin ne possède pas de flotte de pêche en haute mer. On constate également une faible participation des nationaux aux opérations de pêche maritime industrielle par rapport aux flottes étrangères. Il est nécessaire que le secteur privé s'y intéresse", souligne-t-il. Il existe également des conflits entre les navires de pêche industrielle qui pénètrent la zone réservée à la pêche artisanale et les pêcheurs artisanaux. Une réforme profonde est indispensable pour tout le secteur maritime, pour faire en sorte que pêcher en mer soit durable et profitable ■