La Nation Bénin...
L’avortement est un phénomène de plus en
plus présent au Bénin. Au-delà de ses dimensions médicales, sociales et
psychologiques, il est également perçu, dans certaines traditions religieuses,
comme un acte susceptible d’entraîner de lourdes conséquences spirituelles. Ces
conséquences varient selon les croyances, les traditions religieuses, les
conceptions philosophiques et les pratiques culturelles.
L’avortement désigne l’interruption du processus de gestation chez une femme, qui se traduit par l’expulsion du fœtus, soit de manière spontanée, soit de manière provoquée.
« L’avortement provoqué est considéré par l’Église comme un acte moralement mauvais, grave et toujours interdit, depuis la conception jusqu’à l’accouchement. Car la vie humaine doit être respectée et protégée de manière absolue. “Tu ne tueras pas”, nous dit le 5e commandement », fait comprendre le père Eustache NOBIME, prêtre, chargé de communication et porte-parole du diocèse d’Abomey.
À l’en croire, l’avortement, selon l’enseignement de l’Église catholique, est assimilé à un meurtre, celui d’un être innocent et sans défense. Il constitue, dans cette perspective, un infanticide, voire un homicide.
« Les conséquences spirituelles sont nombreuses. Comme péché mortel, l’acte d’avorter introduit un désordre dans la relation que celui qui le pratique entretient avec Dieu, avec ses semblables, avec la nature et avec lui-même », laisse-t-il entendre.
La relation entre la personne ayant pratiqué l’avortement et Dieu se trouve, de ce fait, profondément altérée. « Dieu continue de l’aimer, mais elle refuse elle-même Dieu et le refuse d’une manière fondamentale. Elle se détourne de lui et sort de la vie de grâce que Dieu donne à chaque créature. C’est ce que l’on peut appeler la mort spirituelle, encore plus importante et plus grave que la mort physique. C’est la séparation de l’âme d’avec Dieu », renchérit le prêtre.
Tout péché, poursuit-il, entraîne un désordre dans la relation entre le pécheur et ses semblables. Il brise l’harmonie qui existe entre eux et affecte les rapports avec autrui. Considéré comme un péché, l’avortement affecte également la personne dans son intimité et son rapport à elle-même.
Lorsqu’une personne pèche, explique le religieux, elle peut ressentir un sentiment de culpabilité qui se transforme progressivement en peur, puis en honte, notamment envers elle-même. La conscience en reçoit un profond coup. L’avortement peut ainsi troubler la conscience de son auteur, l’amener à s’interroger constamment sur son acte et à vivre comme sous le poids d’un procès intérieur. Dans cette perspective religieuse, il perturbe également la relation de l’être humain avec la nature.
À sa suite, le Vénérable Suprême Évangéliste AIKPON Antoine, chargé de la paroisse Saint-Jofiel de l’Église du Christianisme Céleste à Bohicon, fait comprendre que « tout acte qui vient de la pensée humaine et qui est posé volontairement est condamné par Dieu. Puisque c’est Dieu qui donne l’enfant, un être qui doit naître comme nous et vivre comme nous, la jeunesse d’aujourd’hui a malheureusement le privilège de faire retourner ces âmes. Il faut lui dire que cela mène à une lutte spirituelle ».
Selon ses explications, au sein de l’Église du Christianisme Céleste, lorsqu’une femme décide d’avorter, cette décision apparaît dans la révélation spirituelle de l’Église, avec certaines conséquences particulières. Le pasteur céleste fait comprendre que l’avortement est puni par Dieu, sous peine de mort.
« Quand il n’y a pas de mort, ces esprits
des enfants avortés deviennent des âmes du purgatoire et perturbent la vie et
l’évolution des personnes concernées », affirme-t-il.
La religion traditionnelle et ancestrale
ne dit pas le contraire
Du côté de la religion traditionnelle et ancestrale, le regard porté sur l’avortement n’est pas fondamentalement différent.
« Celui qui a avorté a commis un crime de meurtre. L’avortement est une erreur grave, car chaque être qui vient au monde a une mission sur terre, et cette mission est ainsi bloquée », clarifie le Boconon Baba Aligbonon, prêtre du Fâ.
Selon lui, les enfants avortés sont divinisés dans l’eau. « En langue fon, on dit “Ejè Tô”. Cela commence à perturber les personnes concernées et c’est le Fâ qui le révèle », explique-t-il.
C’est dans ce contexte qu’intervient la notion de Tohossou qui, dans le cadre de l’avortement, peut prendre deux formes. « On parle de Tohossou Hôga et de Tohossou Alokpé. Alokpé a trait à Sakpata, tandis que Hôga renvoie à Ninsouhwé. C’est le Fâ qui révèle tout cela et il existe des rites précis à accomplir à ce niveau », ajoute le prêtre du Fâ.
L’avortement est souvent à la source de
soucis financiers, de pertes d’emploi et de toutes sortes de blocages pour les
personnes concernées.
Des voies de réparation
Selon les différentes traditions
religieuses interrogées, il existe des voies permettant de rechercher une
réparation spirituelle après un avortement.
Pour l’Église catholique :
« La première démarche spirituelle est la reconnaissance de son acte. L’avortement est un acte moralement mauvais, avions-nous dit. Il faut en avoir la repentance, la contrition, s’en confesser pour recevoir l’absolution. Cette confession nous obtient le pardon de notre péché, nous réconcilie avec Dieu et rétablit la relation détruite avec lui », avoue le père Eustache NOBIME.
Il précise toutefois que la confession n’efface pas toutes les conséquences de l’avortement, notamment les conséquences physiques et matérielles. « L’enfant est mort, le mal est fait, mais elle pourra tout de même apaiser, tranquilliser le pénitent et le remettre dans la grâce de Dieu », poursuit-il.
En plus de la confession, le prêtre évoque les neuvaines, les actes de charité, de bienveillance et d’amour. Le pénitent peut également, selon cette approche spirituelle, offrir ses souffrances à Dieu pour le bien de l’enfant décédé, pour celui des âmes du purgatoire ou encore pour le bien de l’humanité. Le pèlerinage est aussi un chemin de réparation.
Du côté de l’Église du Christianisme Céleste, le pasteur fait savoir qu’un culte de purification est recommandé pour conjurer ces conséquences fâcheuses.
Dans la spiritualité Vodun et Fâ, la démarche est différente. « Il faut nécessairement prendre l’enfant divinisé, Tohossou, si possible. Si on n’a pas encore les moyens de prendre le Tohossou à la maison, il existe des sacrifices appelés “Agbandoto nou Tohossou” ou “Edoakouéhi ni Tohossou” pour atténuer la situation », martèle le prêtre du Fâ.
Il précise cependant que cette démarche doit être précédée d’une consultation du Fâ, afin de déterminer notamment si l’enfant avorté était un jumeau ou un enfant unique.
Pour rappel, l’avortement thérapeutique ou interruption médicale de grossesse (IMG) correspond à l’interruption d’une grossesse lorsque sa poursuite met gravement en danger la vie ou la santé de la mère, ou dans certaines situations médicales graves concernant le fœtus. « Le principe du moindre mal consiste à choisir, parmi plusieurs options imparfaites, celle qui cause le moins de dommages. On l’utilise en éthique lorsqu’aucune solution n’est totalement bonne, mais qu’il faut privilégier l’alternative la moins nuisible. L’Église distingue les actes qui causent indirectement la mort de l’embryon, comme certaines interventions médicales nécessaires pour sauver la vie de la mère, où la mort du fœtus est un effet secondaire non désiré », atteste le père Eustache NOBIME.
Dans ce cas d’espèce répondant à une distinction morale, l’acte d’avortement ne saurait donc être considéré comme une faute morale intentionnelle.
Boconon Baba Aligbonon partage également
cette position, estimant que lorsque l’intervention est réalisée dans le but de
sauver une vie humaine, la situation ne revêt pas le même caractère de gravité.
Les conséquences spirituelles sont nombreuses