La Nation Bénin...
La plasticienne Sika da Silveira propose
une immersion sensible et spirituelle au cœur du vivant, dans une célébration
mélancolique de la nature, des forêts et des entités sacrées qui fondent
l’équilibre du monde. Le tout porté et emporté par un univers bleu.
Cotonou a renoué, le temps
d’un vernissage dense et habité, avec la profondeur du sacré et la fragilité du
vivant. Aux ateliers Sika, la plasticienne Sika da Silveira a ouvert au public,
il y a quelques jours, son exposition intitulée « Yèwhé Gbassa», expression
empruntée au vocabulaire endogène et que l’on peut traduire par temple des
divinités. Un titre-programme pour une œuvre qui convoque les forces
invisibles, la mémoire des forêts et l’urgence d’une réconciliation entre
l’humain et la nature. Le vernissage a mobilisé un public attentif composé
d’artistes plasticiens, étudiants en arts, amateurs éclairés, responsables
culturels, représentants de missions diplomatiques et acteurs institutionnels
du secteur de la culture. Tous sont venus partager ce moment de contemplation
et d’échanges autour d’un travail artistique à la croisée de la photographie
d’art, de l’installation et de la performance.
Le bleu innerve les sens,
apaise l’œil et entraîne le spectateur dans une immersion immédiate. Une osmose
saisissante entre l’être humain et le végétal s’opère, révélant à la fois force
et calme dans le déploiement des stratégies de saisie du réel.
Sika da Silveira rêve bleu,
mais les yeux grand ouverts sur le monde végétal.
Le rêve bleu de la renaissance
« Yèwhé Gbassa » est une somme
de vibrations.Les arbres parlent, le bleu respire. Ce n’est pas une simple
exposition. C’est une convocation du sacré capturée par l’élan protecteur de la
jeune plasticienne envers la nature pour ne pas dire les arbres. Dès les
premiers pas, le bleu envahit l’espace et apaise l’œil. Les œuvres de Sika
s’imposent sans fracas, invitant à une traversée intérieure où l’humain et le
végétal se confondent.
Le bleu s’impose d’abord comme
une caresse visuelle. Puis il devient message, symbole, et enfin appel
silencieux à l’éveil des consciences. L’artiste déploie cette exposition où le
bleu devient langage, et la nature, une mémoire à protéger et à préserver avec
une série d’œuvres. Elle signe ici une œuvre de maturité, où l’art ne se
contente plus de représenter le monde, mais s’érige en conscience vigilante de
son devenir. Dans cet écrin artistique, Sika nous rappelle une vérité
essentielle. Protéger la nature, c’est préserver ce qui nous relie les uns aux
autres.
Imaginez un monde vidé de son
souffle vital. C’est par cette projection vertigineuse que l’exposition Yèwhé
Gbassa prend sens, entre photographie d’art, installation et performance. On
dit souvent que certaines œuvres parlent plus fort que les discours. Celles de
Sika murmurent, suggèrent, mais surtout touchent le cœur. Le parcours de
l’exposition est ponctué de pièces fortes, parmi lesquelles « La Majestueuse »,
photographie d’art qui impose d’emblée une présence souveraine et silencieuse.
D’autres œuvres, issues de la série « Blue Dream », comme « Termitière» et
« Immersion», plongent le visiteur dans des environnements auto-construits,
dévoilant le mystère de l’avènement du vivant. À cela s’ajoutent « Aziza »
(Génie), « La Source», « L’Appel », « Multifacette», « Ibeji » (les
jumeaux), ainsi que « Le Portail» et « Magnificence», toutes réalisées en
photographie d’art au format 50 x 70 cm.
Communier avec les arbres
Lors du vernissage, Sika a
livré des mots d’une rare sincérité sur son rapport à la nature. « Il était
nécessaire pour moi d’aider mon interlocuteur à franchir les murs de la nature.
C’est la sensation que j’aime quand je me retrouve au-devant de la nature. Je
me sens parfois petite devant certains éléments, mais c’est un moment de
conversation que je chéris ». Pour l’artiste, communier avec un arbre va bien
au-delà de l’expérience physique. « Quand on arrive à communier avec un arbre,
on crée une interconnexion, on se rend compte de l’identité qu’il y a entre
nous et la nature. Les arbres sont les seuls éléments vivants qui soient
connectés», admet-elle. Elle évoque une énergie particulière, une immersion, un
voyage sensoriel menant à une prise de conscience. « C’est à la fois de
l’espérance, un éveil, une prise de conscience et un appel protecteur. Il est
important que nos divinités continuent de protéger la nature, et plus
singulièrement les arbres, parce que c’est le seul élément qui mobilise à la
fois les quatre éléments », précise-t-elle.
Le curateur Steven Coffi Adjaï
inscrit l’œuvre dans une réflexion plus large sur la fragilité du vivant. Il
invite à imaginer un monde vidé de toute vie, nourri par le chaos et hanté par
le souvenir de ce qu’il fut. Une vision post-apocalyptique qui, loin de la
fiction gratuite, agit comme une alerte prophétique. Selon lui, le travail de Sika
s’inscrit dans une interrogation anthropologique persistante sur les dérives
des sociétés de consommation. Les arbres deviennent des trames narratives
millénaires, témoins silencieux de l’humanité. L’artiste reconstitue le réseau
de présuppositions qui place le vivant au centre des rapports entre nature et
humanité, donnant naissance à une œuvre intimiste, oscillant entre peinture,
photographie, installation et performance. Dans un monde contemporain marqué
par la rupture avec les équilibres naturels, Sika insiste sur l’urgence de
panser nos forêts. Ces lieux de résidence des divinités, ces espaces où
convergent les forces naturelles capables d’insuffler de nouveaux dynamismes à
l’humanité. Les arbres, omniprésents dans l’œuvre, deviennent des corps vivants,
des médiateurs entre le visible et l’invisible. Les œuvres présentées sont
celles de la série qui a fait l'objet de sa sélection à la quinzième édition de
la biennale de Dakar. L’exposition se poursuit jusqu’au 17 février 2026.
En quittant l’exposition, le visiteur emporte avec lui plus qu’une image