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Les projets d’infrastructures de transport transnationaux occupent une place croissante dans les stratégies de développement du continent africain. Bien au-delà de leur fonction logistique, ces corridors sont désormais conçus comme des instruments de transformation économique, capables de stimuler l’industrialisation et soutenir l’intégration régionale.
Les corridors de transport transnationaux s’imposent progressivement comme l’un des piliers de la transformation économique de l’Afrique. Reliant ports, zones minières, bassins agricoles et centres industriels, ces infrastructures s’inscrivent désormais dans une vision plus large de développement territorial et industriel.
Selon un rapport publié en février par l’Organisation de coopération et de développement économiques (Ocde), la Banque africaine de développement (Bad), l’Agence de développement de l’Union africaine (Auda-Nepad), la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (Cea) et Onu-Habitat, les corridors constituent des infrastructures stratégiques capables de stimuler la création de valeur locale, d’accroître le commerce intra-africain et de sécuriser les chaînes d’approvisionnement mondiales. Ils s’inscrivent dans la vision de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, qui ambitionne de faire du continent une puissance économique intégrée et industrialisée d’ici le milieu du siècle.
Dans cette perspective, les partenaires internationaux multiplient les initiatives. L’Union européenne a ainsi inscrit onze corridors africains dans son programme Global Gateway. L’un des plus emblématiques est le corridor de Lobito, qui relie le port angolais du même nom au Copperbelt, région minière stratégique située en Zambie et en République démocratique du Congo.
Au-delà du transport des matières premières, l’objectif est de favoriser la transformation locale des ressources et le développement d’activités industrielles le long des corridors.
Combler un déficit d’infrastructures
Malgré ces ambitions, les défis restent considérables. Les infrastructures de base demeurent insuffisantes dans de nombreux pays africains. A titre d’exemple, seulement 57 % de la population du continent a accès à l’électricité, contre près de 100 % en Europe et plus de 97 % en Asie et en Amérique latine.
Ces écarts limitent l’industrialisation et freinent l’intégration économique. Le commerce intra-africain demeure d’ailleurs l’un des plus faibles au monde, représentant environ 15 % des échanges du continent, contre plus de 50 % en Europe et en Asie, souligne le rapport.
Pour y remédier, l’Union africaine a lancé dès 2012 le Programme de développement des infrastructures en Afrique (Pida). Ce programme mis en œuvre par la Commission de l’Union africaine, l’Auda-Nepad, la Bad et la Cea, vise à coordonner les grands projets d’infrastructures continentales.
Entre 2012 et 2020, environ 82 milliards de dollars américains ont été investis dans des projets du Pida. Sa deuxième phase, le Plan d’action prioritaire 2 (Pida Pap 2), identifie désormais 69 projets stratégiques dans les secteurs du transport, de l’énergie, de l’eau et des technologies de l’information.
Conditions de réussite
Pour que les corridors deviennent de véritables moteurs de développement, les experts insistent sur la nécessité d’une planification intégrée. Les projets doivent être articulés avec les marchés énergétiques continentaux, notamment le Plan directeur du système électrique africain et le projet de Marché unique africain de l’électricité.
La gouvernance constitue également un enjeu majeur. Le rapport souligne l’importance d’impliquer les autorités locales et les villes intermédiaires dans la gestion des corridors afin d’assurer un développement territorial équilibré.
Le financement reste enfin un facteur déterminant. La mobilisation de capitaux publics et privés, ainsi que le développement d’instruments financiers en monnaie locale, sont considérés comme essentiels pour réduire les risques liés aux fluctuations de change et attirer davantage d’investisseurs.
L’usage de technologies avancées pourrait aussi renforcer l’efficacité de ces projets. La Commission économique pour l’Afrique développe par exemple le système Artcoms, qui utilise l’imagerie satellite et l’intelligence artificielle pour suivre et évaluer l’évolution des corridors de transport.
Dans un contexte de recomposition des chaînes d’approvisionnement mondiales, ces corridors apparaissent ainsi comme une opportunité stratégique. A condition d’être conçus comme de véritables projets de développement intégrés, ils pourraient accélérer l’intégration économique du continent et rapprocher l’Afrique des ambitions fixées par l’Agenda 2063.
Le corridor Abidjan-Lagos, un axe majeur pour favoriser la libre circulation et assurer la promotion et le renforcement du commerce intra-communautaire en Afrique de l’Ouest