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En 2025, les finances locales béninoises mettent en lumière un paradoxe préoccupant : des ressources globalement disponibles, mais inégalement réparties et difficilement transformées en développement concret. Face à des déséquilibres croissants, la question d’une péréquation plus juste et plus efficace s’impose.
L’exécution budgétaire de l’exercice 2025 confirme un affaiblissement significatif des recettes de fonctionnement des communes. Celles-ci s’établissent à 43,61 milliards F Cfa, soit 40,33 % des prévisions annuelles, contre 51,9 % en 2024. Cette performance traduit une baisse de 17,24 % en glissement annuel, selon la Note de conjoncture des finances locales du Bénin – Année 2025, publiée par la direction générale du Trésor et de la Comptabilité publique (Dgtcp, mars 2026).
Ce recul est largement imputable à l’érosion des ressources fiscales et des transferts. Les recettes fiscales, déjà structurellement faibles, enregistrent une contraction notable, portée notamment par la chute des taxes foncières et des contributions locales. Dans le même temps, les dotations et subventions de fonctionnement diminuent, accentuant la pression sur les budgets communaux.
En parallèle, les dépenses de fonctionnement poursuivent leur progression pour atteindre 46,24 milliards F Cfa, sous l’effet de la hausse des achats de biens et services et des dépenses d’entretien. Ce décalage entre ressources et charges conduit à un déséquilibre structurel, marqué par une désépargne nette et une chute de l’autonomie financière des communes, désormais limitée à 0,47.
Les tendances observées en 2025 posent clairement la question de la cohésion territoriale. À défaut de réforme, le risque est celui d’une concentration accrue du développement dans les pôles urbains les plus dynamiques, au détriment des territoires intermédiaires et ruraux.
Une dynamique à deux vitesses
Dans ce contexte de fragilité des ressources courantes, l’investissement local affiche paradoxalement une forte progression. En 2025, les dépenses d’investissement atteignent 60,04 milliards F Cfa, en hausse de 41,81 % par rapport à l’année précédente, indique la Dgtcp.
Cette dynamique repose en partie sur le maintien des dotations d’investissement, mais surtout sur l’introduction d’un emprunt de 20 milliards F Cfa mobilisé par la ville de Cotonou. Cette innovation constitue un tournant dans la gestion des finances locales, en ouvrant la voie à de nouveaux modes de financement des projets structurants.
Toutefois, ce levier reste largement inaccessible à la majorité des communes. Cela renforce de facto les écarts entre territoires capables de mobiliser des financements innovants et ceux qui demeurent dépendants des transferts publics.
L’analyse des ratios par habitant met en évidence une fracture territoriale profonde. L’investissement par habitant varie de 343 F Cfa dans certaines communes à plus de 19 000 F Cfa dans les plus dynamiques, illustrant des écarts considérables dans la capacité d’action publique locale, souligne la Note.
La concentration géographique des ressources s’accentue également. Le département du Littoral capte à lui seul une part prépondérante des investissements, tandis qu’une minorité de communes concentre l’essentiel des dépenses. À l’inverse, plusieurs territoires enregistrent des replis significatifs, confirmant l’émergence d’un développement local à deux vitesses.
Ces écarts traduisent non seulement des différences de ressources, mais aussi des inégalités dans la capacité à mobiliser, programmer et exécuter les investissements.
Le paradoxe des ressources non consommées
Au-delà des disparités, un autre phénomène structurel interpelle: l’ampleur des ressources non consommées. En 2025, les communes disposaient d’un volume important de crédits reportés, tandis que le taux de non-consommation atteint 62,6 %, un niveau particulièrement élevé.
Malgré une accélération des dépenses en fin d’année, une grande partie des ressources reste immobilisée. Cette situation traduit une incapacité persistante à transformer les financements disponibles en réalisations concrètes. Elle renvoie à des contraintes d’ordre administratif, technique et organisationnel, qui freinent l’exécution des projets au niveau local.
Ainsi, le principal défi des finances locales ne réside plus uniquement dans la mobilisation des ressources, mais dans leur utilisation effective au service des populations.
Face à ces déséquilibres, le mécanisme actuel de péréquation apparaît insuffisant pour corriger les écarts observés. Si des efforts de redistribution existent, ils ne permettent pas de compenser les inégalités de capacité fiscale, ni les différences d’accès aux financements ou d’ingénierie locale.
La péréquation doit dès lors évoluer pour devenir un instrument plus structurant. Elle ne peut se limiter à une logique de redistribution financière, mais doit intégrer un accompagnement renforcé des communes les plus fragiles. L’efficacité des transferts dépend désormais de leur capacité à soutenir non seulement l’accès aux ressources, mais aussi leur transformation en investissements productifs.
Eu égard à ce qui précède, une péréquation repensée, combinant redistribution équitable et renforcement des capacités locales, pourrait constituer un levier déterminant pour réduire les inégalités, améliorer la qualité des services publics et consolider les acquis de la décentralisation.