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Vodun Days: A l’appel des tambours sacrés du culte Kao

Culture

Les tambours sacrés ont résonné avec solennité sur l’esplanade du Fort français de Ouidah, ce premier jour des Vodun Days. A l’appel des rythmes profonds et envoûtants du culte Kao, les adeptes de cette divinité ancestrale venue du nord du Bénin ont offert aux festivaliers un moment intense de spiritualité et de communion culturelle. 

Par   Arnaud DOUMANHOUN, le 08 janv. 2026 à 19h11 Durée 3 min.
#vodun days

Au premier battement des tambours sacrés, l’esplanade du Fort français de Ouidah s’est muée en un espace de communion spirituelle où le culte ancestral Kao, venu du nord du Bénin, a fait vibrer les Vodun Days au rythme d’une mémoire vivante et partagée. Dans ce haut lieu de mémoire, Parakou a fait entendre sa voix, rappelant que le vodun, dans sa diversité, transcende les frontières géographiques et culturelles. Sous le regard attentif des touristes et des participants, les murs séculaires du Fort français ont été les témoins d’un dialogue singulier entre les divinités du nord et celles du sud. Ici, les rythmes se sont côtoyés sans s’entrelacer, chacun conservant son identité, sa symbolique et son langage sacré. Au centre de l’arène, les tambours du culte Kao ont parlé. Leurs battements, porteurs de mémoire et de spiritualité, ont guidé les chants exécutés par des acteurs vêtus de blanc, tandis que les adeptes, formant un cercle rigoureux, exécutaient des pas rituels empreints de gravité et d’élégance.

Sa Majesté Orou Douarou Baranon de Parakou a tenu à souligner la portée nationale de l’événement. « Ceci étant une fête nationale, nous qui sommes du nord avons voulu participer aussi, sur invitation du Comité des rites vodun du Bénin. Aujourd’hui, c’est pour montrer les divinités du nord », a-t-il expliqué. Le choix de la divinité Kao n’est pas anodin. Selon le dignitaire, Kao est une divinité profondément liée à la terre, au ciel et à tout ce qui compose la nature. « C’est une divinité qui protège, qui donne des grâces, le bonheur, la paix et rend aussi la justice », a-t-il précisé. Mais le culte Kao demeure sélectif. A la question de savoir si tout le monde peut devenir adepte, la réponse est sans équivoque. « C’est compliqué. Il faut forcément être de la lignée. On ne peut pas se lever un matin et décider de devenir adepte de Kao », a affirmé Sa Majesté, rappelant le caractère héréditaire de cette divinité venue du haut nord, au-delà même des frontières du Bénin. Des propos soutenus par Kora Mouniratou, reine mère de la divinité Kao. Venue également de Parakou, elle a retracé l’ancrage géographique et historique de ce culte présent dans les milieux bariba, peulh et zerma, du Bénin au Niger, en passant par le Burkina Faso et jusqu’au nord du Mali. « Kao apporte le bonheur, la santé, la paix et la prospérité. Dans une famille, s’il n’y a pas d’enfant, on prie et l’enfant vient. S’il n’y a pas la paix, on prie et la paix revient », a-t-elle témoigné.

La reine mère a également évoqué les interdits liés au culte, notamment alimentaires, tout en soulignant la cohabitation possible avec d’autres religions. « Tu peux être adepte de Kao et aller à la Mecque, cela ne gêne pas », a-t-elle assuré, illustrant la tolérance qui caractérise ce patrimoine spirituel. En saluant le « cachet spécial » donné aux Vodun Days par les autorités, Kora Mouniratou a exprimé sa reconnaissance au président Patrice Talon, estimant que cette valorisation renforce la visibilité et la vitalité des cultes endogènes. A Ouidah, à l’appel des tambours sacrés de Kao, le vodun a une fois encore démontré qu’il est mémoire vivante, identité partagée et pont entre les peuples du Bénin.