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Agriculture béninoise: Un potentiel propulsé par les réformes et investissements

Economie
L’agriculture béninoise amorce son développement grâce aux réformes et aux investissements L’agriculture béninoise amorce son développement grâce aux réformes et aux investissements

Longtemps confrontée à des rendements faibles, à une forte dépendance climatique et à une faible transformation locale, l’agriculture béninoise amorce une mutation progressive. Un diagnostic de la Banque mondiale met en lumière les défis structurels du secteur, mais aussi les avancées majeures enregistrées grâce aux réformes et investissements.

 

Par   Babylas ATINKPAHOUN, le 19 janv. 2026 à 05h16 Durée 3 min.
#Agriculture #Agriculture béninoise

Pendant des décennies, l’agriculture au Bénin a constitué le socle de l’alimentation et de l’emploi rural, sans pour autant exploiter pleinement son potentiel économique. Faibles rendements, accès limité aux intrants de qualité, insuffisance des systèmes d’irrigation et dépendance à quelques cultures d’exportation (coton, ananas, noix de cajou et soja) ont longtemps freiné la transformation structurelle du secteur. À ces contraintes s’ajoute une forte vulnérabilité aux chocs climatiques, notamment aux inondations récurrentes. Selon le diagnostic de la Banque mondiale conduit par les économistes Nazaire Idrissou Houssou, Erick Abiassi et El hadji Adama Touré, l’année 2010 a marqué un tournant. Des crues exceptionnelles ont touché 55 des 77 communes du pays, détruisant semences, cheptel et près de 40 % des récoltes. Pour de nombreuses familles agricoles, la catastrophe a plongé les exploitations dans une situation critique, révélant la fragilité d’un système productif peu résilient. Face à cette crise, le gouvernement, avec l’appui de la Banque mondiale, a lancé en 2011 le Projet de productivité et de diversification agricoles (Pada). Initialement conçu pour soutenir la reprise rapide des producteurs sinistrés, le programme a progressivement pris une dimension plus structurelle, visant à bâtir une agriculture diversifiée et plus résistante aux aléas climatiques. Sur le terrain, les premiers effets ont été immédiats. A en croire les économistes de la Banque mondiale, les agriculteurs ont reçu des semences améliorées, des engrais, ainsi que des kits avicoles, des vaccins, des alevins et des aliments pour poissons. Ces intrants ont permis de relancer les cycles de production, tout en sécurisant les revenus agricoles dans les zones les plus affectées. Au-delà de l’urgence, des investissements lourds ont été consentis dans les infrastructures d’irrigation, le matériel agricole et la modernisation des installations piscicoles. Le résultat est que plus de 215 000 agriculteurs touchés par les inondations ont pu reconstituer leurs moyens de subsistance et renforcer leur capacité d’adaptation face aux chocs climatiques futurs.

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Rendements en nette progression

Selon cette analyse, l’amélioration des pratiques culturales et l’introduction d’outils modernes ont entraîné une hausse spectaculaire de la productivité. Les rendements de cultures clés comme le maïs, le riz, l’ananas et l’anacarde ont, dans plusieurs zones, doublé. Cette dynamique a permis non seulement de renforcer la sécurité alimentaire, mais aussi de dégager des surplus commercialisables. Les filières de l’élevage et de l’aquaculture ont également enregistré des performances notables. L’introduction de races améliorées, l’extension des campagnes de vaccination et l’amélioration des abris ont favorisé une augmentation de plus de 50 % de la production avicole. En pisciculture, les objectifs de rendement ont été dépassés, contribuant à une meilleure disponibilité en protéines animales et à l’amélioration de la nutrition des ménages ruraux.

L’un des enseignements majeurs du Pada réside dans la nécessité de transformer davantage la production sur place. Le projet a soutenu l’installation de centres de transformation et d’infrastructures de stockage, notamment pour le riz. Des formations ciblées ont aidé les producteurs à améliorer la qualité, le conditionnement et l’accès aux marchés. Cette approche a favorisé une hausse des exportations d’ananas et de noix de cajou, tout en augmentant les revenus dans les communautés rurales. Elle a aussi contribué à réduire les pertes post-récolte, un enjeu central pour la rentabilité des exploitations. L’étude souligne par ailleurs l’impact du projet sur l’autonomisation des femmes, qui ont représenté plus de 40 % des bénéficiaires et reçu près de la moitié des subventions dédiées à la transformation. Le renforcement des organisations professionnelles agricoles et la réforme de plusieurs services du ministère de l’Agriculture ont amélioré la coordination et la gouvernance du secteur. Selon l’évaluation finale, le Pada aurait contribué à hauteur d’environ 3 % au Pib en 2020, illustrant le rôle stratégique de l’agriculture dans la croissance nationale.

Pour la Banque mondiale, la transformation durable de l’agriculture béninoise passe par des partenariats solides avec le secteur privé, un renforcement de la recherche agricole locale et une meilleure articulation entre production, transformation et exportation. Ces acquis servent aujourd’hui de socle à de nouvelles initiatives, comme le Projet de compétitivité agricole et de diversification des exportations (Pacofide), destiné à consolider les gains, créer des emplois et renforcer la résilience du système alimentaire national.

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