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Bassin transfrontalier du Mono: Le Bénin et le Togo misent sur la résilience hydrique (Un projet de 656 millions pour sécuriser les ressources)

Economie
Au cœur du bassin transfrontalier du Mono, le Pgeau-Mono veut faire de la coopération entre le Bénin et le Togo  un levier de résilience climatique et de développement durable Au cœur du bassin transfrontalier du Mono, le Pgeau-Mono veut faire de la coopération entre le Bénin et le Togo un levier de résilience climatique et de développement durable

Le Bénin et le Togo se dotent d’une feuille de route commune pour sécuriser durablement les ressources en eau. D’un montant de 656 millions F Cfa, le Projet de planification des investissements et gouvernance effective pour la satisfaction durable des usages de l’eau dans le bassin du Mono (Pgeau-Mono) vise à renforcer la résilience climatique et à préparer les investissements futurs dans ce bassin partagé.

Par   Claude Urbain PLAGBETO, le 23 juin 2026 à 07h35 Durée 3 min.
#Bassin transfrontalier

Face aux inondations, aux sécheresses, à la dégradation des écosystèmes et à la pression croissante sur les ressources hydriques, le Bénin et le Togo font le pari de l’anticipation. Avec l’appui de la Facilité africaine de l'eau (Fae) du Groupe de la Banque africaine de développement (Bad), ils engagent la mise en œuvre du Projet de planification des investissements et gouvernance effective pour la satisfaction durable des usages de l'eau dans le bassin du Mono (Pgeau-Mono).

Le projet entend assurer la satisfaction des usages de l’eau grâce à une meilleure planification, une gouvernance renforcée, une hydro-diplomatie de l'eau au service de la paix et une mobilisation accrue des financements destinés à la gestion intégrée des ressources en eau.

Selon le rapport d’évaluation publié par la Bad, le coût global du projet est estimé à un million d'euros, soit environ 656 millions F Cfa. Il sera financé à 70 % par un don de la Facilité africaine de l’eau, soit 700 000 euros (environ 459,2 millions F Cfa). Les 300 000 euros restants (environ 196,8 millions F Cfa) seront apportés par l’Autorité du Bassin du Mono (Abm), principal cadre institutionnel de gouvernance transfrontalière créé en 2014 par les deux États, ainsi que par les gouvernements béninois et togolais. Le projet sera exécuté sur une période de trente mois.

Un bassin vital sous tension

Partagé entre le Bénin et le Togo, le bassin du Mono constitue un espace vital pour l’approvisionnement en eau, l’agriculture irriguée, la production hydroélectrique, la préservation de la biodiversité et la sécurité alimentaire des populations. Cet écosystème est aujourd'hui soumis à des pressions de plus en plus fortes.

L’évaluation identifie plusieurs défis majeurs : une croissance démographique soutenue, la déforestation, la dégradation des terres, les pollutions agricole et domestique, ainsi que les effets grandissants du changement climatique, notamment la variabilité pluviométrique, les inondations et les sécheresses. Ces facteurs fragilisent les communautés et accentuent la compétition autour des usages de l’eau. Aussi, les capacités techniques, financières et organisationnelles de l’Abm demeurent insuffisantes pour relever pleinement ces défis.

Trois composantes

Le projet est structuré autour de trois composantes. La principale, dotée de 605 000 euros (environ 396,9 millions F Cfa), consiste à élaborer et faire adopter un Schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (Sdage) pour le bassin. Cet outil stratégique servira de référence pour la gestion durable des ressources en eau et la priorisation des investissements futurs. Parmi les livrables attendus figurent un diagnostic intégré du bassin, un atlas cartographique, un programme de mesures priorisées, un plan d'investissement chiffré et une évaluation environnementale stratégique conforme aux standards de la Bad et des deux pays.

La deuxième composante, financée à hauteur de 215 000 euros (environ 141 millions F Cfa), prévoit la mise en œuvre de deux projets pilotes climato-résilients démonstratifs, tout en contribuant au renforcement des capacités de l’Abm et des parties prenantes. Au Togo, il s’agira de restaurer les écosystèmes dégradés et de réduire l’érosion dans la zone d’Amou Oblo, dans la région centrale. Au Bénin, le projet ciblera la lutte contre la prolifération des plantes aquatiques envahissantes sur le lac Djétoé, dans la commune de Lokossa. Ces initiatives ont vocation à servir de laboratoires grandeur nature afin de tester des solutions reproductibles et de renforcer les capacités des communautés locales.

La troisième composante, dotée de 180 000 euros (environ 118,1 millions F Cfa), sera consacrée à la gestion, à la coordination et au suivi-évaluation du projet. Elle vise à assurer une gouvernance transparente, participative et conforme aux procédures de la Banque africaine de développement.

Un projet catalyseur pour les investissements

Conçu comme un véritable accélérateur d’investissements, le Pgeau-Mono ne financera pas directement des infrastructures, mais produira des outils de planification destinés à préparer les investissements futurs afin de répondre aux défis climatiques, environnementaux et socio-économiques.

À l’échelle du bassin, environ 3,5 millions d’habitants pourraient être concernés par les futures réalisations. À terme, quelque 2,1 millions de personnes, soit environ 60 % de la population du bassin, pourraient bénéficier des retombées d'une meilleure gestion intégrée des ressources en eau, avec une attention particulière portée aux femmes et aux jeunes.

Par ailleurs, au moins 30 % des projets prioritaires identifiés devraient être financés dans les 36 mois suivant l'achèvement du projet.

Le Pgeau-Mono est également conçu comme un projet de préparation des investissements. Ses promoteurs entendent mobiliser des financements supplémentaires pour développer des infrastructures liées à l'eau potable, à l'assainissement, à l'irrigation, à la gestion des eaux pluviales, à l'hydroélectricité et à la restauration des écosystèmes. Le plan prévoit une mobilisation progressive des ressources : 40 % des financements à court terme (trois à cinq ans), 35 % à moyen terme (cinq à sept ans) et 25 % à long terme (sept à dix ans). Une table ronde des bailleurs sera organisée avec l’appui de la Bad afin de promouvoir les projets issus du Sdage et de favoriser les partenariats financiers.

L’ambition est de transformer ce projet de planification en un véritable levier de résilience climatique, de coopération transfrontalière et de développement durable pour les populations du bassin du Mono.