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Evaluation du dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux: Les défis qui attendent le Bénin avant l’échéance de 2028

Economie
Le Bénin se prépare à la prochaine évaluation du Gafi Le Bénin se prépare à la prochaine évaluation du Gafi

La prochaine évaluation mutuelle du Bénin par le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest mettra à l’épreuve l’efficacité de son dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération. La mise à jour de l’Évaluation nationale des risques adoptée en février constitue une étape préparatoire, mais le système doit encore démontrer ses résultats.

Par   Claude Urbain PLAGBETO, le 16 oct. 2026 à 05h17 Durée 2 min.
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Le Bénin a diffusé le 10 septembre à Cotonou les résultats de la mise à jour de son Évaluation nationale des risques (Enr) de blanchiment de capitaux, de financement du terrorisme et de financement de la prolifération. Adoptée en février, cette deuxième évaluation après celle de 2018 prépare le pays à la prochaine évaluation mutuelle du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (Giaba) dont la mission sur place est prévue en février 2028. La phase technique de l’évaluation devrait démarrer en juin 2027.

Le Bénin sera évalué au regard des recommandations du Groupe d’action financière (Gafi), tant sur la conformité technique de son cadre juridique que sur l’efficacité de son dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération (Lbc/Ft/Fp). Cette évaluation s’inscrit dans le troisième cycle du Giaba. Lors du deuxième cycle, le rapport adopté en mai 2021 avait jugé faibles les 11 résultats immédiats d’efficacité du Bénin.

Selon le président de la Cellule nationale de traitement des informations financières (Centif), Abdou Rafiou Bello, la mise à jour de l’Enr approfondit l’analyse de certaines menaces et vulnérabilités et prend en compte de nouveaux domaines d’exposition. Les résultats font apparaître une évolution contrastée des risques. Entre 2018 et 2026, la menace de blanchiment de capitaux, les vulnérabilités résiduelles et le risque résiduel sont passés d’un niveau élevé à un niveau moyen. Pour le financement du terrorisme, la menace, jugée faible en 2018, est désormais évaluée à un niveau moyen. Les vulnérabilités résiduelles, auparavant élevées, sont également ramenées à un niveau moyen, tandis que le risque résiduel reste moyen.

L’efficacité au cœur de l’évaluation

Le rapport synthétique de l’Enr souligne les pressions exercées par l’instabilité sécuritaire régionale sur les frontières septentrionales, tout en précisant qu’aucune zone du territoire national n’est sous le contrôle de groupes terroristes. Évalué pour la première fois, le risque résiduel lié au financement de la prolifération ressort lui aussi à un niveau moyen.

Les données de la Centif apportent un éclairage complémentaire sur les efforts de détection. En 2025, elle a enregistré 11 déclarations d’opérations suspectes liées au financement du terrorisme, contre une en 2024. Cette hausse pourrait traduire une meilleure prise en compte de ce risque par les entités déclarantes.

Le rapport synthétique de l’Enr estime que le principal défi du dispositif ne réside pas tant dans l’absence de normes que dans l’effectivité de la supervision, la hiérarchisation des secteurs et des risques ainsi que la proportionnalité des réponses publiques.

Le Bénin dispose d’un cadre juridique fondé notamment sur la loi n° 2024-01 du 20 février 2024 relative à la Lbc/Ft/Fp. Pour la Centif, l’enjeu central est désormais de convertir les réformes et les outils mis en place en résultats opérationnels mesurables, notamment en matière d’enquêtes, de poursuites et de confiscation des avoirs criminels.

En 2025, la Centif a reçu 529 déclarations d’opérations suspectes, dont 25,3 % étaient jugées de mauvaise qualité. Elle a produit 154 notes de renseignement et transmis sept rapports à la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet). La qualité des déclarations et la transformation du renseignement financier en résultats judiciaires concrets figurent parmi les défis qu’elle identifie.

Des chantiers prioritaires

Lors de l’atelier du 10 septembre, le ministre délégué chargé des Finances et de la Microfinance, Nicolas Yenoussi, a cité parmi les vulnérabilités à surveiller l’usage des espèces, le poids de l’économie informelle, les flux transfrontaliers, la qualité des données et la transparence, ainsi que l’effectivité des contrôles et des sanctions. Il a affirmé que cette lutte « touche directement à la souveraineté de l’État » et que « les véritables défis commencent maintenant », en appelant à la mise en œuvre de la Stratégie nationale Lbc/Ft/Fp 2026-2030 et de son plan d’actions.

Parmi les priorités relevées par la Centif figurent la désignation effective d’une autorité de supervision des organismes à but non lucratif, afin de mieux prévenir leur utilisation abusive à des fins de financement du terrorisme, et le démarrage effectif de la supervision des entreprises et professions non financières désignées.

Un enjeu de crédibilité financière

L’évaluation de 2028 interviendra alors que le Bénin a récemment bénéficié de relèvements de ses notes souveraines. Moody’s a relevé en août dernier la note du pays de B1 à Ba3, tandis que Bloomfield Investment Corporation l’a portée, sur son échelle en monnaie locale, de A+ à AA- le 15 septembre, saluant la trajectoire budgétaire du pays.

L’évaluation du Gafi et de ses instances régionales conditionne l’image du pays auprès des partenaires financiers internationaux. Une perception négative du dispositif national peut se traduire par une dégradation de la notation du pays, un renforcement des exigences de diligence des correspondants bancaires, un accès plus difficile aux financements extérieurs et une hausse du coût des transactions internationales.

La capacité d’un État à identifier, évaluer et atténuer ses risques constitue un critère central de l’appréciation de son dispositif, tant en matière de conformité technique que d’efficacité. La mise à jour de l’Enr apparaît comme un moyen pour le Bénin de démontrer au Gafi sa capacité à cerner ses risques, à adapter son dispositif de manière proportionnée et à orienter ses ressources vers les secteurs et les menaces prioritaires.