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JARCA 2026: L'Afrique réfléchit à son modèle de développement à l'ère de l'intelligence artificielle

Economie

L’Afrique doit-elle seulement adopter l’intelligence artificielle ou apprendre à l’orienter au service de ses propres priorités de développement ? C’est autour de cette question stratégique que décideurs publics, économistes, chercheurs, financiers et experts se sont réunis à Cotonou pour la première édition des Journées annuelles des Réseaux CERDI Alumni (JARCA 2026) sous le parrainage du Fonds africain de Garantie et de Coopération économique (Fagace).

Par   Kokouvi EKLOU, le 28 sept. 2026 à 01h11 Durée 3 min.
#l'Intelligence artificielle

‘’Quel modèle de développement économique pour les économies africaines à l’ère de l’intelligence artificielle ?’’. Tel est le thème de la 1re édition des Journées annuelles du Réseau CERDI Alumni du Bénin (JARCA 2026) tenue à Cotonou en présence de décideurs publics, économistes, chercheurs, financiers et experts. Organisée par le Réseau CERDI Alumni du Bénin, la rencontre a placé au cœur des débats les transformations que l’intelligence artificielle peut entraîner dans les économies africaines en matière de productivité, d’emploi, de fiscalité, de financement et d’inclusion financière.

Pour Yves Assoussia Kokou, coordonnateur du Réseau CERDI Alumni du Bénin, l’enjeu dépasse largement la technologie. « L’Afrique ne manque ni d’intelligence, ni d’expertise, ni de talents », a-t-il souligné, appelant à mieux connecter ces compétences afin de les transformer en capacité collective d’action.

Parrain et sponsor officiel de la rencontre, le Fonds africain de Garantie et de Coopération économique (Fagace) entend précisément se positionner à l’interface entre expertise, innovation et financement.

Son président, Ngueto Tiraina Yambaye, a défendu une vision d’un organisme de garantie adapté à l’économie numérique. Selon lui, le rapprochement entre intelligence artificielle, Big Data et mécanismes modernes de garantie peut contribuer à réduire les asymétries d’information, améliorer l’évaluation du risque et faciliter l’accès au crédit des PME, des start-up et des entreprises innovantes.

Cette évolution s’inscrit dans un plan de transformation du Fagace présenté comme une démarche vers un organisme de garantie « connecté, agile et proactif ». Digitalisation de la chaîne d’octroi des garanties, nouveaux produits destinés aux secteurs technologiques et à la transition écologique, et rapprochement entre recherche académique et innovation financière figurent parmi les orientations annoncées.

Le financement apparaît ainsi comme l’un des points de passage obligés de la transformation structurelle africaine. L’enjeu n’est plus uniquement de disposer de technologies, mais de créer les instruments financiers capables d’accompagner leur diffusion dans l’économie réelle.

De l’IA à la politique publique

Les échanges de Cotonou ont également insisté sur les conditions nécessaires pour que l’intelligence artificielle produise des effets durables.

Le représentant du ministre béninois chargé des Finances et de la Microfinance, Codjovi Djossou, a rappelé que l’innovation technologique devait être accompagnée d’institutions solides, de compétences adaptées et d’une régulation capable de préserver la confiance et la stabilité financière.

Dans le domaine fiscal, éducatif ou financier, l’IA peut améliorer la qualité de l’information et l’efficacité des politiques publiques. Mais, comme l’ont souligné les intervenants, son potentiel dépendra de la qualité des données, des infrastructures numériques, de la formation et de la capacité des institutions à maîtriser les nouveaux risques.

La Commission de l’Uemoa inscrit elle aussi cette transformation dans une perspective régionale. Représentant son président, Félicien Arigbo a indiqué que l’organisation travaillait à l’élaboration d’une stratégie régionale de l’intelligence artificielle. L’objectif affiché est notamment de renforcer la coopération, la souveraineté numérique, l’innovation et la compétitivité de l’espace communautaire.

Transformer l’expertise  en action

Au-delà des discours sur la technologie, la JARCA 2026 entend surtout créer un lien entre recherche et décision publique. C’est l’une des ambitions majeures portées par les réseaux CERDI Alumni du Bénin, du Sénégal, du Mali, de la Côte d’Ivoire et du Niger.

Pour leurs initiateurs, l’enjeu est désormais de transformer les compétences accumulées au sein de cette communauté académique en propositions concrètes pour les États et les institutions africaines.

L’enjeu est de former les compétences de demain, financer l’innovation, moderniser les administrations, améliorer la mobilisation des ressources publiques et éviter que la fracture numérique ne se transforme en fracture économique durable.

À Cotonou, il s’entend que l’Afrique ne pourra tirer pleinement parti de l’intelligence artificielle qu’en développant sa propre capacité à définir ses priorités, produire ses connaissances et financer ses transformations.

La JARCA 2026 veut ainsi poser les bases d’une communauté africaine d’expertise capable de faire circuler les idées entre universités, administrations, institutions financières et secteur privé.