La Nation Bénin...

Microfinance dans l’Uemoa: Croissance soutenue, fragilités persistantes

Economie
L’encours des dépôts collectés par les Imf s’est accru L’encours des dépôts collectés par les Imf s’est accru

Le secteur de la microfinance dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) affiche une dynamique d’expansion notable, marquée par une progression des dépôts, des crédits et du nombre de bénéficiaires. Mais derrière ces indicateurs en hausse, la question de la qualité du portefeuille et de la maîtrise du risque de crédit demeure centrale.

Par   Babylas ATINKPAHOUN, le 02 mars 2026 à 09h21 Durée 3 min.
#Espace Uemoa

La microfinance continue de consolider sa place dans le paysage financier régional. Selon la dernière note de situation publiée par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Bceao), le secteur comptait 527 institutions de microfinance (Imf). Ces institutions desservent désormais 20 086 236 clients à travers 4 858 points de services répartis dans les huit États membres de l’Union. En glissement annuel, le nombre de bénéficiaires progresse de 5,3 %, tandis que le réseau de distribution s’étend légèrement avec +0,8 %. L’encours des dépôts collectés par les Imf atteint 2 731,6 milliards F Cfa à fin septembre 2025, en hausse de 2,5 % par rapport au trimestre précédent et de 11,1 % sur un an. Cette progression traduit la confiance renouvelée des populations envers les structures de finance décentralisée. La dynamique est portée notamment par le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Togo, le Burkina Faso et le Mali, où les hausses trimestrielles des dépôts sont significatives. Dans la répartition de l’épargne mobilisée, les hommes contribuent à hauteur de 47,3 %, les femmes à 23,8 % et les groupements à 28,9 %. Les dépôts à vue demeurent dominants avec 57 %, confirmant la vocation première des Imf comme instruments d’épargne de proximité. Le montant moyen des dépôts par client s’établit à 135 994 F Cfa, en hausse de 1,5 % sur le trimestre et de 5,4 % sur un an. Malgré cette progression, l’épargne collectée par la microfinance ne représente encore que 5,3 % de celle mobilisée par les établissements de crédit classiques de l’Union. Sur le volet crédit, la tendance est également à la hausse. L’encours global atteint 2 780 milliards F Cfa, en progression de 3,7 % sur le trimestre et de 4,6 % en glissement annuel. La Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Burkina Faso et le Bénin figurent parmi les principaux moteurs de cette croissance trimestrielle.

Risque de crédit

Les crédits octroyés restent majoritairement à court terme avec 46,3 %, traduisant l’orientation des Imf vers le financement de besoins immédiats, notamment dans le commerce et les activités génératrices de revenus. Les prêts à moyen terme représentent 34,0 %, tandis que les financements à long terme atteignent 19,7 %. En termes de bénéficiaires, les hommes captent 48,1 % des crédits, les femmes 31,5 % et les groupements 20,4 %. Le montant moyen des crédits par client ressort à 138 405 F Cfa, en hausse de 2,6 % par rapport au trimestre précédent, mais en légère baisse de -0,6 % sur un an. L’encours de crédits des Imf représente désormais 7,4 % de celui des établissements de crédit de l’Union, contre 7,2 % au trimestre précédent. Cela montre un renforcement progressif du poids du secteur dans l’architecture financière régionale.

Derrière ces indicateurs globalement favorables, la qualité du portefeuille demeure une préoccupation majeure. Les créances en souffrance passent de 277,9 milliards F Cfa à 284,6 milliards F Cfa à fin septembre 2025. Si la hausse des impayés avec +2,4 % est légèrement inférieure à celle de l’encours des crédits, le taux brut de dégradation du portefeuille s’établit à 10,2 %, en amélioration par rapport au trimestre précédent (10,4 %), mais nettement au-dessus de la norme maximale de 3,0 %. Un an plus tôt, ce taux était de 8,9 %, ce qui révèle une détérioration sur douze mois. Cette situation met en lumière la vulnérabilité d’une partie de la clientèle, souvent exposée aux chocs économiques, climatiques ou sécuritaires. L’autre signal à surveiller est que dix Imf sont placées sous administration provisoire, contre neuf un an plus tôt. Ces structures sont réparties entre le Bénin avec quatre institutions, le Niger avec deux, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Mali et le Togo avec une institution chacun. Cette situation illustre les défis persistants en matière de gouvernance, de gestion prudentielle et de contrôle interne dans certaines entités.