La Nation Bénin...
Malgré l’accélération de la croissance observée ces dernières années, le Bénin demeure confronté à un défi majeur sur le marché du travail. Selon la Banque africaine de développement (Bad), l’enjeu est désormais de transformer les performances macroéconomiques en emplois décents et durables pour une population particulièrement jeune.
Le Bénin affiche l’une des meilleures performances économiques d’Afrique. Mais la création d’emplois productifs peine encore à suivre le rythme de la dynamique démographique. Entre prédominance du secteur informel, sous-emploi structurel et inadéquation des compétences, le pays doit maintenir le cap de la transformation économique pour faire de son dividende démographique un véritable levier de développement.
En effet, près de 79 % de la population béninoise a moins de 35 ans. Avec une croissance démographique estimée à 2,7 % par an et une population évaluée à 14,5 millions d’habitants en 2024, le pays connaît l’une des dynamiques démographiques les plus soutenues de la sous-région, selon la Note de diagnostic pays 2026 publiée par la Banque africaine de développement (Bad).
Parallèlement, les performances économiques sont remarquables. Entre 2021 et 2024, le Bénin a enregistré une croissance moyenne de 6,9 %, atteignant 7,5 % en 2024, ce qui le place parmi les économies les plus dynamiques du continent. Mais cette performance macroéconomique masque une réalité plus contrastée. L’économie béninoise demeure dominée par le secteur informel, qui représente environ 65 % du produit intérieur brut (Pib) et près de 85 % des emplois. La majorité des jeunes actifs évoluent dans des activités à faible productivité, notamment dans le petit commerce, le transport urbain, l'artisanat, la restauration ou l'agriculture familiale.
Intensifier la dynamique industrielle
Pour absorber la pression démographique et améliorer la qualité des emplois, la Bad estime indispensable d’accélérer la transformation structurelle de l'économie. La Zone industrielle de Glo-Djigbé (Gdiz), développée dans le cadre d'un partenariat public-privé entre l’État béninois et Arise Integrated Industrial Platforms, constitue l'un des principaux instruments de cette stratégie. Selon le bilan 2024 de la zone, elle comptait 14 unités industrielles opérationnelles et plus de 36 investisseurs signataires. Plus de 25 000 emplois directs et indirects ont été générés par 18 unités en activité, depuis le lancement des activités, selon les données publiées par la Gdiz en mai 2026. La première phase de développement de la Gdiz prévoit de mobiliser 1,4 milliard de dollars d’investissements et de générer jusqu’à 300 000 emplois à l’horizon 2030.
À travers le programme Azôli (littéralement « chemin de l'emploi» en fongbé), ces opportunités ont notamment bénéficié à des jeunes peu ou pas instruits issus de zones vulnérables, grâce à un partenariat entre l'Agence nationale pour l'emploi et le Projet d'inclusion des jeunes (Prodij) financé par la Banque mondiale. Mis en œuvre depuis 2021, ce programme vise l'insertion professionnelle d'au moins 50 000 jeunes âgés de 18 à 30 ans. Au 31 décembre 2024, près de 37 000 jeunes en ont déjà bénéficié. La Banque mondiale a depuis approuvé un financement additionnel de 41,3 millions de dollars pour étendre le dispositif, avec un objectif porté à plus de 60 000 insertions dans les chaînes de valeur agroalimentaires et les emplois salariés.
L’entrepreneuriat, une piste à consolider
Face aux limites du marché formel, l’entrepreneuriat apparaît comme un levier essentiel de création d'emplois. Parmi les initiatives en cours figure le programme Next Impact, porté par Sèmè City avec le soutien de la Banque mondiale dans le cadre du Projet de formation professionnelle et d'entrepreneuriat pour l'emploi (FP2E). Lancé en mai 2025, le dispositif offre des subventions pouvant atteindre 50 000 dollars, assorties d'un accompagnement de six mois comprenant coaching, formations pratiques et mise en réseau. Il cible les porteurs de projets innovants dans des secteurs prioritaires tels que l'agro-industrie, l'économie verte, le numérique et les services à forte valeur ajoutée.
Doté d'un financement global de 300 millions de dollars de la Banque mondiale, le FP2E prévoit de renforcer les capacités de 2 200 entreprises, d'accompagner financièrement 700 d'entre elles et de soutenir la création de 200 nouvelles structures.
Formation et numérique : le défi des compétences
Les compétences disponibles ne correspondent pas aux besoins du marché, et cela constitue un frein supplémentaire à l’emploi. Dans des secteurs stratégiques tels que l'industrie, la logistique, la maintenance industrielle ou le numérique, les entreprises peinent à recruter des profils adaptés pendant que des milliers de jeunes cherchent un emploi sans en trouver.
Pour répondre à cet enjeu, le gouvernement a investi dans plusieurs dispositifs de formation spécialisés, notamment l’École des métiers du numérique, les Orange Digital Centers et divers centres de formation professionnelle. Toutefois, l'accès à ces infrastructures demeure encore fortement concentré dans les grands centres urbains.
Les femmes demeurent surreprésentées dans les activités informelles à faible productivité, tandis que les opportunités économiques les plus rémunératrices restent largement concentrées dans les principaux centres urbains du pays.
Dans cette perspective, le gouvernement a adopté en septembre 2025 le plan stratégique 2025-2029 de l’Agence nationale pour l'emploi, avec l'ambition de bâtir un écosystème de promotion de l'emploi plus inclusif et plus performant.
Une question de cohésion sociale
La Bad souligne par ailleurs les implications sociales de cette situation. Dans un contexte de forte croissance démographique, l’insuffisance d’emplois productifs pourrait accentuer les vulnérabilités sociales et territoriales.
Le Bénin s’est doté d’une Stratégie nationale pour l’emploi des jeunes 2023-2027 axée notamment sur l'entrepreneuriat agricole, l’agro-industrie, le numérique, l’accès au financement et les mécanismes d'incubation. Mais la réussite de cette stratégie dépendra de la capacité du pays à accélérer simultanément les investissements productifs, la formation professionnelle et la transformation industrielle.
Le paradoxe béninois est désormais bien identifié : alors que le pays figure parmi les économies les plus dynamiques du continent, la création d’emplois productifs ne progresse pas encore au même rythme. Pour les autorités comme pour les partenaires au développement, l’enjeu n'est plus seulement de soutenir la croissance, mais de faire en sorte qu’elle profite davantage à une jeunesse qui constitue à la fois la principale richesse et le principal défi du pays.
GDIZ