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Arrimé à l’euro, le franc Cfa continue d’offrir un ancrage de stabilité dans un environnement monétaire ouest-africain marqué par de fortes disparités. Les évolutions récentes des taux de change montrent toutefois que la solidité de la monnaie commune ne suffit pas, à elle seule, à garantir la compétitivité des économies de l’Uemoa.
Le franc Cfa s’est globalement renforcé face aux monnaies ouest-africaines en mai 2026. Selon la Note de conjoncture économique de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) publiée par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Bceao, juin 2026), la monnaie commune s’est appréciée de 0,8 % par rapport aux devises de la sous-région, comparativement au mois précédent. Cette évolution résulte d’une appréciation de 3,2 % vis-à-vis du cedi ghanéen, de 0,4 % face au naira nigérian et de 0,4 % par rapport au leone sierra-léonais. En revanche, elle s’est dépréciée de 0,6 % face au dollar libérien, de 0,4 % vis-à-vis du dalasi gambien et de 0,2 % par rapport au franc guinéen.
Ces mouvements illustrent les trajectoires contrastées des monnaies de la région, dans un contexte marqué par des politiques monétaires, des niveaux d’inflation et des équilibres macroéconomiques différents selon les pays.
Pour les entreprises de l’Union, les effets sont variables. Une appréciation du franc Cfa améliore le pouvoir d’achat des importateurs qui s’approvisionnent notamment au Ghana ou au Nigeria. En revanche, elle peut réduire la compétitivité-prix des exportations vers ces marchés, les produits de l’Uemoa devenant relativement plus coûteux pour les consommateurs locaux. À l’inverse, une dépréciation du franc Cfa vis-à-vis de certaines devises est susceptible de modifier les conditions de compétitivité-prix des entreprises de l’Union sur ces marchés, tout en renchérissant le coût des importations.
Une évolution annuelle contrastée
En glissement annuel, la Banque centrale relève un affaiblissement de 9,8 % du franc Cfa par rapport aux monnaies des autres pays de l’Afrique de l’Ouest, un indicateur synthétique qui traduit les évolutions enregistrées sur les marchés régionaux des changes.
Dans le détail, le franc Cfa s’est déprécié de 11,2 % face au naira nigérian, de 5,0 % vis-à-vis du dollar libérien, de 4,3 % par rapport au cedi ghanéen et de 3,8 % face au leone sierra-léonais. À l’inverse, il s’est apprécié de 5,3 % face au dalasi gambien et de 4,9 % par rapport au franc guinéen.
Ces écarts témoignent de la diversité des situations économiques dans l’espace ouest-africain, où les monnaies réagissent différemment aux pressions inflationnistes, aux politiques monétaires nationales et aux fluctuations des marchés internationaux.
Une stabilité soutenue par la politique monétaire
L’ancrage du franc Cfa à l’euro demeure le principal facteur de stabilité de la monnaie commune. En mai 2026, la devise européenne s’est toutefois dépréciée face au dollar australien, au yen japonais, au franc suisse, à la livre sterling, au dollar canadien et au dollar américain, ainsi que face à plusieurs monnaies des pays émergents, dont le rouble russe, le yuan chinois et le rand sud-africain. Elle ne s’est appréciée que face à la roupie.
Cette évolution s’inscrit dans un environnement international marqué, selon la Bceao, par l’accentuation des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, avec pour conséquence notamment une hausse des prix de l’énergie et du fret.
Réuni le 10 juin 2026 à Dakar, le Comité de politique monétaire de la Bceao a décidé de maintenir le principal taux directeur à 3,0 %, le taux du guichet de prêt marginal à 5,0 % et le coefficient des réserves obligatoires applicable aux établissements de crédit de l’Union à 3,0 %, niveaux en vigueur depuis le 16 mars 2026. La Banque centrale indique que ces décisions découlent de son analyse de la conjoncture internationale, de l’évolution des prix, de l’activité économique, de la situation extérieure de l’Union et des risques à court terme.
Parallèlement, la Bceao relève une amélioration de la position extérieure de l’Union, portée par la baisse du déficit courant et la mobilisation de ressources extérieures par les États membres, un élément favorable à la solidité de la monnaie commune.
Au-delà des taux de change
Les fluctuations des devises ne constituent cependant qu’un déterminant parmi d’autres de la compétitivité régionale. La Note de conjoncture montre ainsi qu’en mai 2026, les prix des principaux produits exportés par l’Uemoa ont progressé de 2,8 %, tandis que ceux des produits alimentaires importés ont augmenté de 8,5 %, illustrant les pressions persistantes sur les coûts d’approvisionnement des économies de l’Union.
Au-delà des mouvements de change, la compétitivité dépend également de facteurs structurels tels que la productivité des entreprises, les coûts de production, la qualité des infrastructures logistiques et les conditions d’accès aux marchés régionaux. Les évolutions des taux de change influencent les échanges commerciaux, sans en constituer l’unique déterminant.
Selon les projections de la Bceao, les perspectives économiques de l’Union demeurent favorables, sous réserve de l’évolution de la conjoncture internationale, de la situation sociopolitique et sécuritaire dans les États membres ainsi que des conditions climatiques. Le taux de croissance du produit intérieur brut réel est attendu à 6,2 % au deuxième trimestre 2026, après 6,1 % au premier trimestre. L’inflation ressortirait à 0,3 % en juin, avant de s’établir à 0,9 % en juillet 2026.
Quelques chiffres clés
Évolution mensuelle (mai 2026)
•Renforcement du franc Cfa face aux monnaies ouest-africaines : +0,8 %
•Appréciation face au cedi ghanéen : +3,2 %
•Appréciation face au naira nigérian : +0,4 %
•Appréciation face au leone sierra-léonais : +0,4 %
•Dépréciation face au dollar libérien : -0,6 %
•Dépréciation face au dalasi gambien : -0,4 %
•Dépréciation face au franc guinéen : -0,2 %
Variation annuelle
•Affaiblissement du franc Cfa par rapport aux monnaies ouest-africaines : -9,8 %
•Face au naira nigérian : -11,2 %
•Face au dollar libérien : -5,0 %
•Face au cedi ghanéen : -4,3 %
•Face au leone sierra-léonais : -3,8 %
•Face au dalasi gambien : +5,3 %
•Face au franc guinéen : +4,9 %
L’ancrage du franc Cfa à l’euro demeure le principal facteur de stabilité de la monnaie commune