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Secteur des véhicules d'occasion: La morosité perceptible

Economie
Alignés sur les parcs automobiles, des véhicules d’occasion attendent désespérément des acheteurs, illustrant la chute  marquée de l’activité commerciale Alignés sur les parcs automobiles, des véhicules d’occasion attendent désespérément des acheteurs, illustrant la chute marquée de l’activité commerciale

Longtemps considéré comme l’un des poumons du commerce au Bénin, le secteur des véhicules d’occasion traverse une période critique depuis quelques années. Entre la dépréciation du naira nigérian, la fermeture persistante de la frontière avec le Niger et les difficultés logistiques vers les pays de l’hinterland, les opérateurs économiques peinent à maintenir leurs activités.

 

Par   Babylas ATINKPAHOUN, le 11 mai 2026 à 07h05 Durée 3 min.
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Sous un soleil accablant, des centaines de véhicules d’occasion sont garés à perte de vue dans les parcs de vente d'automobiles à Sèkandji et Ekpè dans la commune de Sèmè- Kpodji. Recouverts d’une épaisse couche de poussière, certains semblent abandonnés depuis des mois. Pare-brises ternis, pneus légèrement affaissés, carrosseries brûlées par le temps… Ici, les allées autrefois animées par les négociations et les va-et-vient incessants des acheteurs ont laissé place à un silence pesant. Les vendeurs, assis à l’ombre de petits hangars, scrutent avec espoir l’entrée des parcs, attendant d’éventuels clients qui se font désormais de plus en plus rares.

Sur les parcs automobiles Balla, Das Fifa, Gts comme dans plusieurs autres espaces de vente de véhicules d’occasion dans cette localité, le constat est presque le même : les clients se font rares. Des dizaines de véhicules restent stationnés pendant des semaines sans trouver le moindre preneur. Importateurs, transitaires et revendeurs évoquent une baisse drastique des ventes qui menace des milliers d’emplois dans la chaîne portuaire et commerciale. Les commerçants parlent d’une situation sans précédent. « Avant, à peine les véhicules arrivaient qu’ils étaient déjà réservés. Aujourd’hui, certains restent ici pendant trois ou quatre mois », confie, visiblement inquiet, Aladji Fataou Gbankoto, importateur de véhicules d’occasion depuis plus de vingt ans. Le secteur des véhicules d’occasion, qui constitue l’un des piliers du commerce au Bénin et une importante source de recettes pour l’économie nationale, subit de plein fouet plusieurs chocs économiques et géopolitiques. Parmi les causes les plus invoquées figure la forte dépréciation du naira nigérian. Pendant longtemps, les opérateurs économiques nigérians représentaient le gros lot de la clientèle pour les importateurs béninois. Grâce à la proximité géographique et à l’attractivité du marché béninois, de nombreux commerçants traversaient régulièrement la frontière pour acheter des véhicules qu’ils revendaient ensuite au Nigeria avec des marges intéressantes. Mais depuis la chute du naira, cette dynamique s’est considérablement affaiblie. La perte du pouvoir d’achat des acheteurs nigérians réduit fortement leur capacité d’investissement.

« Avec le taux de change actuel, venir acheter au Bénin n’est plus rentable comme avant. Beaucoup de commerçants ont arrêté ou diminué leurs déplacements. Même ceux qui viennent encore achètent moins de véhicules qu’avant », explique Ibrahim Suleiman, opérateur économique nigérian rencontré sur un parc automobile à Sèkandji.

Alternative

Cette baisse de fréquentation a entraîné un ralentissement brutal des activités. Les vendeurs parlent de stocks qui s’accumulent et de charges financières de plus en plus difficiles à supporter. Face à ce ralentissement des activités au niveau des grands parcs de vente de véhicule d’occasion, plusieurs commerçants ont changé leur fusil d’épaule. Beaucoup désertent progressivement les espaces traditionnels de vente pour installer de petites stations d’exposition le long des grandes artères de Cotonou et d’Abomey-Calavi, dans l’espoir de se rapprocher davantage des potentiels acheteurs et de relancer timidement les ventes. « Rester sur les parcs ne sert plus à grand-chose. Les clients ne viennent plus comme avant. Nous avons été obligés de nous rapprocher des routes pour être visibles », confie Firmin Goudjo, vendeur de véhicules d’occasion installé désormais en bordure de voie à Abomey-Calavi. À cette situation s’ajoute la fermeture de la frontière nigérienne qui continue d’affecter durement les échanges commerciaux vers les pays de l’hinterland. Le Niger représentait en effet un débouché important pour les véhicules importés via le Port autonome de Cotonou. « Nous avons perdu une grande partie de notre clientèle venant du Niger. Avant, les convois de véhicules quittaient régulièrement le port vers Niamey. Aujourd’hui, tout est presque bloqué », déplore le transitaire Akim Salako. Face à cette fermeture, certains opérateurs tentent de contourner les difficultés en utilisant des voies alternatives, notamment le transport fluvial. Mais cette option reste risquée et coûteuse. Sur les berges de Malanville, plusieurs acteurs dénoncent les dangers liés au passage des véhicules par le fleuve. Les accidents seraient fréquents, avec parfois des véhicules engloutis par les eaux.

L’espoir est permis

Les coûts liés aux opérations de transport et aux formalités administratives suscitent aussi des critiques chez certains acteurs du secteur. « Les frais deviennent trop lourds pour des jeunes opérateurs économiques comme nous. Entre le transport, les formalités portuaires et les taxes, les marges diminuent fortement », estime Jonas Hountondji, revendeur de véhicules d’occasion. Il reconnaît que le renforcement des contrôles et des procédures contribue à une meilleure organisation du secteur et à une gestion plus efficace des activités portuaires.

« Il faut reconnaître que plusieurs réformes ont permis d’assainir certaines pratiques. Le problème aujourd’hui, c’est surtout le contexte régional et monétaire qui échappe aux acteurs locaux », nuance-t-il.

Sur les parcs de vente de véhicules d’occasion, l’inquiétude grandit. Beaucoup de commerçants disent avoir contracté des prêts pour importer des véhicules et peinent désormais à écouler leurs stocks. « Nous sommes dans une période très compliquée. Plusieurs importateurs ont déjà abandonné pour se consacrer à d’autres activités », avoue l’importateur Aladji Fataou Gbankoto. Toute l’économie gravitant autour du commerce automobile d’occasion semble aujourd’hui fragilisée.

Malgré ce tableau sombre, plusieurs acteurs gardent l’espoir d’une relance progressive du secteur. Beaucoup appellent à un renforcement de la coopération régionale afin de fluidifier les échanges commerciaux et de restaurer la confiance des opérateurs économiques. Pour eux, la survie de la filière des véhicules d’occasion dépendra largement de la stabilité économique dans la sous-région, de la réouverture des corridors commerciaux et d’un environnement plus favorable aux investissements. En attendant, dans les parcs de vente de véhicules d’occasion  de Sèkandji et Ekpè, les véhicules sont stationnés, en espérant d’éventuels acheteurs qui se font toujours attendre.