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Fiscalité au Bénin: Recettes record en 2025, l’informel dans le viseur

Economie
Dans un contexte de besoins croissants en financement public, l’informel apparaît désormais comme l’une des principales frontières de la réforme fiscale béninoise Dans un contexte de besoins croissants en financement public, l’informel apparaît désormais comme l’une des principales frontières de la réforme fiscale béninoise

En 2025, l’administration fiscale béninoise a atteint un niveau record de mobilisation de ressources, avec 1?348,31 milliards F Cfa de recettes brutes, soit 102,84 % de l’objectif fixé. Forte de cette dynamique, elle entend davantage intégrer le secteur informel dans le circuit fiscal.

 

Par   Claude Urbain PLAGBETO, le 08 mai 2026 à 07h20 Durée 3 min.
#Fiscalité au Bénin

La direction générale des Impôts (Dgi) place désormais la fiscalisation du secteur informel au cœur de ses priorités. L’ambition est d’élargir durablement l’assiette fiscale et de bâtir une relation de confiance avec les contribuables.

Après plusieurs années marquées par la digitalisation des procédures, la progression continue des recettes et le renforcement des contrôles fiscaux, l’administration veut franchir une nouvelle étape dans sa modernisation, en intégrant plus efficacement le vaste secteur informel dans le circuit fiscal.

Le Rapport d’activités 2025 de la Dgi souligne cette orientation qui s’inscrit dans le cadre du Plan d’orientation stratégique de l’administration fiscale (Posaf) 2023 - 2027. Tout en maintenant le cap de la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales, il est question de poursuivre la simplification des procédures administratives, l’allègement des coûts liés au paiement des impôts pour les contribuables et l’optimisation de la collecte des recettes fiscales.

La priorité accordée à l’informel n’est pas anodine. Au Bénin, comme dans plusieurs économies africaines, le secteur représente une part importante de l’activité économique et de l’emploi, mais échappe encore largement au contrôle fiscal.

En juin 2025, un atelier régional de haut niveau organisé à Cotonou par le Forum des administrations fiscales africaines (Ataf) et la Dgi a placé la question de l’élargissement de l’assiette fiscale au centre des débats. Les participants ont notamment souligné l’importance d’une fiscalisation progressive du secteur informel et du renforcement du civisme fiscal.

Un fisc en pleine mutation

L’administration compte s’appuyer sur l’optimisation du Système intégré de gestion des impôts du Bénin (Sigibé), afin d’améliorer l’identification et le suivi des contribuables. Des campagnes de sensibilisation sont également annoncées pour réduire les résistances et encourager l’adhésion volontaire des opérateurs économiques.

La Dgi aborde ce nouveau chantier avec des résultats jugés solides. En 2025, les recettes fiscales brutes ont atteint 1?348,31 milliards Cfa, dépassant les objectifs assignés avec un taux de réalisation de 102,84 %. Il s’agit de la huitième année consécutive de dépassement des objectifs de recettes. Sur dix ans, les recettes fiscales intérieures ont plus que triplé, passant de 381,06 milliards Cfa en 2016 à 1?348,31 milliards en 2025, soit une progression de 253,83 %. La croissance moyenne annuelle des recettes s’établit à 15,4 % sur la période 2017 - 2025.

Cette dynamique repose largement sur les réformes de modernisation engagées ces dernières années. En 2025, la plateforme de téléprocédures a été étendue aux Centres des impôts des petites entreprises d’Abomey- Calavi, Porto-Novo et Parakou. La Dgi a également procédé à la dématérialisation complète des procédures d’enregistrement des actes. Pour le directeur général des Impôts, Nicolas Yénoussi, cette approche vise à placer « les contribuables partenaires au cœur des réformes ». Selon lui, la modernisation de l’administration fiscale doit permettre de construire une relation de confiance durable avec les usagers.

Contrôles renforcés et outils numériques

Les performances enregistrées en matière de contrôle fiscal confortent cette stratégie. En 2025, le nombre de contrôles sur pièces a progressé de 26 %, passant de 1?926 à 2?436 opérations. Les montants recouvrés grâce à ce type de contrôle ont plus que doublé sur un an(,34 %). Les vérifications générales de comptabilité ont également augmenté de 28 %, tandis que les  contrôles ponctuels ont progressé de 12 %.

La modernisation du système fiscal passe aussi par la lutte contre l’utilisation frauduleuse des Identifiants fiscaux uniques (Ifu). En décembre 2025, la Dgi, la Douane et plusieurs institutions publiques ont engagé des travaux pour mettre en place un mécanisme renforcé de contrôle et de sécurisation des identifiants fiscaux.

Pour maintenir ses performances, l’administration mise sur une meilleure répartition des agents, le renforcement des compétences et l’amélioration de la gouvernance interne. La création de la Cellule de contrôle interne (Cci), en remplacement de la Cellule qualité et gestion des risques, participe de cette volonté de renforcer la transparence et l’efficacité des services.

Au delà des chiffres, la réussite de la fiscalisation du secteur informel dépendra surtout de la capacité de l’administration à convaincre plutôt qu’à contraindre. Car l’élargissement durable de l’assiette fiscale suppose non seulement des outils de contrôle performants, mais aussi une confiance accrue entre l’État et les contribuables.