La Nation Bénin...
Avec un indice de perception de 55,3/100 en 2024, le climat des affaires au Bénin est jugé « assez favorable » par les entreprises. Mais derrière cette amélioration, des fragilités structurelles demeurent.
Le climat des affaires au Bénin présente un profil contrasté. Selon le Rapport annuel sur l’environnement de compétitivité des entreprises (Raee 2025, Dpce/Dge), les opérateurs économiques évaluent l’environnement global à 55,3 sur 100. Ce niveau traduit une perception globalement favorable, sans pour autant masquer les contraintes structurelles existantes.
L’enquête menée auprès de 522 entreprises réparties dans les départements du Littoral, de l’Atlantique, de l’Ouémé et du Borgou, met en évidence des performances différenciées selon les dimensions analysées. Les entreprises saluent notamment la dynamique des activités (66,7 %) et les conditions d’accès au financement (65,5 %), deux facteurs qui soutiennent la résilience du tissu productif. Les entreprises affichent également une perception relativement positive du commerce intérieur (59,2 %).
En revanche, plusieurs piliers essentiels de la compétitivité restent en retrait. Les taxes et réglementations n’obtiennent que 52,5 %, tandis que les infrastructures et technologies (46,7 %) et le commerce extérieur (35,1 %) apparaissent comme les principaux points de fragilité. Ce dernier score, particulièrement faible, souligne les difficultés persistantes d’intégration aux marchés internationaux.
Contraintes prégnantes
Au nombre des principaux obstacles auxquels font face les entreprises, le difficile accès au financement arrive en tête des préoccupations, cité par 25,7 % des répondants. Il est suivi par la concurrence des entreprises étrangères (22,8 %), l’inflation (19,9 %), la criminalité (19,5 %) et les taxes et réglementations (18,2 %).
Ces résultats s’inscrivent dans des tendances observées à l’échelle régionale, notamment dans les analyses de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest et de la Banque mondiale, qui soulignent le poids des contraintes de financement, des coûts logistiques et des rigidités réglementaires dans les économies ouest-africaines.
L’étude révèle également des disparités marquées selon la taille des entreprises. Les grandes structures apparaissent plus sensibles aux enjeux liés à la fiscalité, aux infrastructures et à la concurrence internationale.Les micro et petites entreprises, elles, restent principalement pénalisées par l’accès au financement et la hausse des prix.
Plus vulnérables, les microentreprises sont aussi les plus exposées à une disparition précoce, un facteur qui fragilise leur développement et limite leur formalisation.
Une résilience différenciée
L’analyse économétrique du rapport met en évidence une relation inverse entre la taille de l’entreprise et la perception des contraintes. Plus une entreprise est grande, moins elle ressent les obstacles liés à l’environnement des affaires.
Les petites structures concentrent ainsi les difficultés liées au financement, à la pression réglementaire, à l’instabilité des politiques publiques et aux pratiques anticoncurrentielles. À l’inverse, les grandes entreprises disposent de capacités d’adaptation plus importantes, leur permettant de mieux absorber les chocs.
Cette dualité traduit une segmentation persistante du tissu économique béninois, où coexistent des entreprises relativement structurées et des unités plus fragiles, souvent informelles ou faiblement capitalisées.
Politiques suggérées
Face à ces constats, le Raee 2025 plaide pour des politiques économiques mieux ciblées. Pour les grandes entreprises, l’enjeu réside dans le renforcement de leur compétitivité externe, à travers l’amélioration des infrastructures logistiques, la simplification des procédures fiscales et douanières et une meilleure intégration dans les chaînes de valeur régionales.
Pour les micro, petites et moyennes entreprises, les priorités portent sur l’accès au crédit, la mise en œuvre de mesures pour contenir les effets de l’inflation et la sécurisation de l’environnement d’activité. Le rapport insiste également sur la nécessité de renforcer les dispositifs de lutte contre la criminalité et les pratiques anticoncurrentielles.
Au-delà de ces mesures, c’est la cohérence d’ensemble de l’action publique qui est en jeu. L’objectif est de bâtir un climat des affaires plus inclusif, capable de soutenir durablement la croissance et la transformation structurelle de l’économie béninoise.
Le défi est désormais de transformer la résilience des entreprises en véritable compétitivité durable