La Nation Bénin...
La zone Uemoa enregistre en mars un retour en territoire positif des prix (+0,1 %). Une inflexion encore modérée, mais révélatrice de tensions sous-jacentes dans un environnement international fortement dégradé.
Après huit mois de repli, l’inflation régionale est ressortie à +0,1 % en mars 2026, contre -0,1 % en février, selon la Bceao. Ce basculement, limité (+0,2 point de pourcentage), met fin à une phase prolongée de désinflation au sein de l’Union.
La légère remontée du niveau général des prix est principalement imputable au renchérissement des services de transport (+1,0 point) et à la hausse des boissons alcoolisées (+0,1 point), indique le dernier Bulletin mensuel des statistiques de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Bceao). À l’inverse, la détente des prix alimentaires s’est poursuivie, mais à un rythme moins soutenu (-1,3 % après -2,1 %), limitant l’ampleur du mouvement.
L’inflation sous-jacente, calculée hors produits frais et énergie, s’est repliée à 1,1 %, traduisant des pressions encore contenues. Cette évolution suggère que la hausse observée reste davantage liée à des facteurs sectoriels et exogènes qu’à une dynamique généralisée des prix.
Dans ce contexte, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest a assoupli sa politique monétaire en abaissant ses taux directeurs de 25 points de base à compter du 16 mars. Le taux minimum de soumission aux appels d’offres est ramené à 3,00 %, tandis que celui du guichet de prêt marginal s’établit à 5,00 %.
Cette orientation vise à soutenir le financement de l’économie, alors que les refinancements bancaires ont reculé de 4,8 % sur un mois, pour s’établir à 7 036,1 milliards F Cfa.
Equilibre fragile
Le redressement des prix intervient dans un contexte mondial particulièrement volatil. Les cours du pétrole ont bondi de 35,5 % en glissement annuel, sous l’effet des tensions géopolitiques persistantes au Moyen-Orient et de la fermeture du détroit d’Ormuz. L’or, valeur refuge, a progressé de 62,9 %, traduisant une aversion accrue au risque des investisseurs.
À l’inverse, les principales matières premières d’exportation de la zone ont subi une correction sévère : cacao (-59,9 %), café (-32,9 %), noix de cajou (-9,1 %) et caoutchouc (-5,7 %). Cette dégradation des termes de l’échange pèse directement sur les recettes extérieures des économies de l’Union.
Certes, la baisse des prix des produits alimentaires importés (-15,7 %), liée notamment au recul du sucre, du lait et du riz, contribue à atténuer les tensions inflationnistes. Mais cet effet reste insuffisant pour compenser les chocs négatifs sur les revenus d’exportation et le renchérissement des coûts énergétiques.
La zone Uemoa se trouve ainsi confrontée à un équilibre délicat: préserver la croissance dans un contexte de liquidité plus contrainte, tout en anticipant un possible retour des tensions inflationnistes. La politique monétaire accommodante engagée par la Bceao apparaît comme un pari mesuré, dans un environnement où les risques externes demeurent élevés.
La politique monétaire accommodante engagée par la Bceao apparaît comme un pari mesuré