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Formation technique et professionnelle: Engouement et espoir dans les lycées agricoles

Education
Un lycéen qui s'applique à la manipulation d'une machine agricole Un lycéen qui s'applique à la manipulation d'une machine agricole

La construction et la réhabilitation des lycées techniques agricoles, l’un des projets phares en cours de réalisation, suscitent bien des espoirs et de l’engouement.

Par   Arnaud DOUMANHOUN A/R BORGOU ALIBORI, le 07 déc. 2023 à 04h40 Durée 7 min.
#Formation technique et professionnelle #les lycées agricoles

A 390 km de route de Cotonou, plusieurs modules de salles de classe sortent de terre au Lycée technique agricole d’Ina, dans la commune de N’Dali. Dans cet établissement qui compte environ 1 400 élèves dont 436 à l’internat, le proviseur Mouritala Odjo espère que l’effectif va s'accroître à la prochaine rentrée prévue pour février 2024, en raison des nouvelles infrastructures et des ouvrages réhabilités qui augmentent la capacité d’accueil du site, et lui donnent une autre image.

« Le gouvernement est en train d’opérer un aménagement profond de notre lycée, avec la construction de dortoirs, des salles de classe, de bureaux, des ateliers de mécanique, de transformation, de production végétale et aussi de foresterie», a-t-il indiqué. Il ajoute : « D’ici mai 2024, nous allons entrer en possession de ces cadres. Ça va diminuer nos peines au niveau des salles, même si c’est toujours insuffisant. Avec un effectif de plus de 1 400 apprenants, nous n’avons que 37 salles ». Cette politique orientée vers la construction et la réhabilitation des lycées vient apporter un ouf de soulagement, et une réponse aux attentes dans un contexte où la problématique de l’adéquation formation-emploi est d’actualité. Les apprenants peuvent s’inscrire dans six filières de formation dans les lycées agricoles où la pratique et la théorie vont de pair, en ce sens qu'ils vont  sortir de ces centres comme des candidats à l’auto-emploi. Il s’agit de la production animale, de la nutrition et de la technologie alimentaire, de la production végétale, de l’aménagement et équipement rural, de la pêche et l’aquaculture, de la foresterie et des transformations.  « On peut entreprendre les réformes nécessaires de nos systèmes éducatifs afin de former des ressources humaines conformes aux besoins ou à la demande de notre marché intérieur. Nous sommes des pays agropastoraux et pourtant, nous avons très peu d’écoles d’ingénierie agricole, en élevage, etc. Il y a tout un travail de gouvernance, un changement de mentalité qui doit s’introduire», indiquait Dr Abdoul Sogodogo, vice-doyen de la Faculté des Sciences administratives et politiques à l’Université des Sciences juridiques, politiques de Bamako. Au Bénin, la volonté politique s’active dans ce sens.

Dans les lycées techniques agricoles, les filières les plus appréciées par les apprenants sont les productions animale et végétale parce qu’ils ont plus de facilité à s’installer, à s’auto-employer après leur formation, assure Victorin Adjimantin, proviseur du lycée technique agricole de Kika dans la commune de Tchaourou. A l’en croire, le lycée de Kika est déjà embarqué dans le projet de construction et de réhabilitation des lycées. « Des équipes sont venues pour les études d'impact. Nous avons un effectif de 611, et nous espérons qu’avec l’appui du gouvernement à travers ce projet, et les réformes en cours, ça va s'accroître. Avec l’octroi d’un domaine de 1 000 hectares aux lycées, cela va booster la production et la formation technique agricole dans notre pays », explique le proviseur du lycée technique agricole de Kika. 

Employabilité des jeunes

En effet, le gouvernement béninois a mis un accent particulier sur la promotion d’une éducation de qualité dans l’enseignement et la Formation techniques et professionnels (Eftp), et approuvé en conseil des ministres du mercredi 26 juillet 2023, la réhabilitation et la construction de 24 lycées et écoles normales supérieures dans plusieurs villes. La vision est de mettre à la disposition des apprenants un cadre confortable pour acquérir le savoir, de contribuer au développement économique et social du pays par un renforcement de l’offre de l’enseignement et de la formation techniques et professionnels adaptés aux besoins du marché de l’emploi, de renforcer les outils de pilotage du secteur, de susciter l’orientation professionnelle dans les collèges et de favoriser l’amélioration de l’employabilité des jeunes. « Nos apprenants préfèrent plus aller vers l’enseignement général, mais en réalité, l’agriculture est la base du développement de notre pays. Tant que nous n’allons pas changer de mentalité, nous n’allons pas véritablement décoller. La formation technique agricole donne de l’emploi. Nos apprenants sont un peu partout dans le développement rural dans notre pays », fait savoir Victorin Adjimantin, proviseur du lycée technique agricole de Kika, dans la commune de Tchaourou.

Il va inviter les parents à changer de paradigme et à s’inscrire dans la vision du gouvernement. Car, à l’en croire, l’engouement suscité par la volonté politique qui entend renforcer le secteur de la formation technique et professionnelle n’est pas encore à la hauteur des attentes. Par exemple au lycée, où le matériel disponible permet de donner une formation de qualité sur le plan agricole, que ce soit dans le domaine de la production végétale où des tracteurs et équipements  d’irrigation sont disponibles, ainsi qu’au niveau de la transformation, l’effectif laisse à désirer. « Au niveau de l’accueil des élèves, nous disposons des cabines de garçons et des cabines de filles, et nous pouvons recevoir à l’internat jusqu’à 450 élèves. Mais faute d’effectif, c’est sous occupé », indique le proviseur Victorin Adjimantin, qui ajoute que l’accessibilité au site est un autre challenge en raison de l’état de la voie, et du phénomène de débordement cyclique du fleuve Opkara.

Deux niveaux requis

Le Bénin compte aujourd’hui dix lycées techniques agricoles: les lycées d’Adja Ouèrè, de Banikoara, Médji de Sékou, de Kpataba, de Kika, d’Ina, d’Adja Hounmey, d’Akodéha, de Natitingou, et de Djougou. Le gouvernement projette d’en créer une vingtaine afin que le pays dispose d’un lycée agricole par zone agro-écologique. « D’ici deux ans, nous allons métamorphoser les lycées en unités économiques. Faire de ces lieux du savoir de réels incubateurs avec des équipements de qualité que les enfants sauront réparer. Les apprenants auront des plans d’affaires bien élaborés et seront financés », a indiqué Gaston Dossouhoui, ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche.

Deux voies d’entrée s’offrent aux apprenants au niveau des lycées techniques agricoles. Soit par le biais d’une bourse accordée par l’Etat aux meilleurs pour les quatre années de formation, à l’issue d’un concours organisé par les ministères des enseignements secondaire, technique, et de la formation professionnelle. Le dépôt des candidatures à ce concours est en cours. La seconde voie d’entrée est celle à titre payant qui facilite l’accès à la grande majorité, et cela s'organise courant mois de janvier. Deux niveaux sont requis pour l’inscription dans ces établissements. Le premier est celui de la classe de cinquième, soit deux ans après l’obtention du Certificat d’études primaires (Cep). Trois lycées disposent actuellement de ce seul niveau : les lycées d’Adja Ouèrè, d’Ina et de Nattitingou. Le second niveau d’accès est sur présentation du Brevet d’études de premier cycle (Bepc). Tous les autres lycées disposent des deux niveaux. L’année scolaire dans les lycées techniques agricoles s’étale de mi-février à décembre, couvrant ainsi toute la période des pluies. « Pendant les mois de juillet, d’août, de septembre, d’octobre où il pleut, nous devons être à l’école parce que nous installons nos propres champs pour la production et l’expérimentation. Donc, nous profitons de la saison pour installer nos cultures, dans le cadre de la formation. Nous récoltons, et quand nous prenons les vacances le 15 décembre, nous nous reposons pendant la saison sèche », fait savoir Ibrahim Moumouni, proviseur du lycée agricole Médji de Sékou, commune d’Allada. Il se réjouit de la réforme du gouvernement en faveur des lycées pour rendre les apprenants plus professionnels à travers l’octroi d’équipements et la réalisation d’infrastructures adaptées. 

Engagement des parents

Dans cet établissement qui compte 1 595 élèves, il nourrit l’espoir de voir très vite se concrétiser l’ambition du gouvernement notamment en ce qui concerne la dotation en équipements pour renforcer la qualité de la formation. Le proviseur Ibrahim Moumouni note aujourd’hui de l’engouement dans les lycées agricoles. « Si nous avons 1 595 élèves au lycée Médji de Sékou, cela veut dire qu’ils sont nombreux, et il faut beaucoup de matériels et d’équipements pour nos groupes pédagogiques. Lorsqu’un professeur utilise le matériel dans un groupe pédagogique, un autre doit pouvoir travailler au même moment avec un autre groupe de la promotion, les équipements sont insuffisants», relève-t-il. Il ajoute : « Avec le projet de réhabilitation et d’équipement des lycées, nous avons bon espoir que cela va changer d’ici 2026, en tout cas, avant la fin du second mandat du président Patrice Talon. J’invite les parents à venir inscrire leurs enfants dans les lycées agricoles parce qu’ils sont en train d’être rénovés et vont être équipés. Même des programmes sont en train d'être revus pour répondre aux besoins du marché ». Il faut noter que les productions des lycées sont rachetées par l’intendance, pour les élèves de l’internat, avant d’envisager, si nécessaire, un complément de ravitaillement à l’extérieur.

La vision du gouvernement pour les lycées est aussi saluée par les parents qui déjà s’impatientent. « Sincèrement, c’est une très bonne politique qui permet aux jeunes de ne plus être déscolarisés. Il y a des enfants qui sortent de nos établissements, et qui commencent par vendre de l’essence au bord des routes, alors qu’au lycée la formation est pratique. Avec cette politique du gouvernement, nos enfants n’auront pas de difficulté à s’insérer. Encourageons-les à s’inscrire dans les lycées »,  reconnaît Pierre Claver Houessou, président du bureau de l’Association des parents d’élèves du Lycée technique agricole d’Ina, dans la commune de N’Dali.