La Nation Bénin...
Depuis plusieurs années, les quartiers de Pahou centre, dans la commune de Ouidah, sont inondés suite au débordement du lac Toho. Les populations soupçonnent la fermeture des voies de circulation de l’eau du lac lors de travaux de construction des ponts de Pahou-Tori et Hêvié. A mesure que les années passent, l’eau gagne du terrain. Face aux efforts insuffisants des autorités locales, les sinistrés appellent le gouvernement du président Romuald Wadagni à leur venir en aide.
Chaque jour, Pio Hounkanrin brave les eaux pour se rendre dans sa maison. Ces eaux lui viennent à la taille à chaque fois qu’il décide d’ouvrir son portail. Comme lui, des centaines de familles établies dans plusieurs quartiers de Pahou centre, ont vu leurs domiciles envahis par le débordement du lac Toho.
« J’ai acheté ma parcelle ici il y a 35 ans et j’ai emménagé il y a 30 ans. Je n’ai jamais vu une telle inondation jusqu’en 2017-2018», témoigne Théophile Anato, un des propriétaires terriens de la localité.
Ecoles fermées, sièges de sociétés abandonnés, rues inondées et colonisées par de mauvaises herbes, constructions effondrées… la situation est devenue critique dans cette localité. Aujourd’hui, la plupart des habitants ont abandonné leurs maisons et biens meubles. Ceux qui n’ont nulle part où déménager, sont contraints de vivre dans ces eaux du matin au soir au péril de leurs vies. Ils circulent en pirogue, dorment en hauteur et subissent la loi des pythons, des crocodiles, des singes et parfois des cambrioleurs qui opèrent la nuit en pirogue.
« Beaucoup de maisons ont été pillées. Je pratique l’élevage. Cette année, j’ai perdu plus de 200 têtes d’animaux. Mes poulets et porcs que je place en hauteur tombent et périssent dans l’eau avant que je revienne à la maison les soirs », confie Théophile Anato. « Des pères et mères de famille sont morts de chagrin ici, en voyant leurs investissements consentis sur plusieurs années, détruits par les eaux », appuie Rosalie Hounnon, une sinistrée. Les populations ont alors alerté les autorités locales qui auraient tenté de procéder à un dragage, sans succès.
Quid de l’origine du problème ?
« Les gens racontent que nous nous sommes installés dans un bas-fond. C’est faux ! Le sable d’ici est à l’image du sable marin et non d’un bas-fond », se défend Théophile Anato. « Si les dames balaient le sol d’ici, vous aurez envie de vous coucher directement par terre », renchérit Rosalie Hounnon, une sinistrée.
La localité de Pahou centre se situe entre deux ponts. Celui de Pahou-Tori et le deuxième construit à Hêvié dans la commune d’Abomey-Calavi. Selon les témoignages reçus, le débordement serait dû à la fermeture des voies de circulation de l’eau du lac Toho au niveau des deux infrastructures de franchissement. Sur place, sous le pont de Pahou-Tori, l’eau qui quitte le côté gauche de l’ouvrage circule dans un couloir d’une vingtaine de mètres de largeur, et sort du côté droit par un couloir d’à peine trois mètres de largeur. Le reste de la voie de l’eau, à droite, est obstrué par un grand tas de gravats.
« L’entreprise qui a travaillé ici a remblayé pour pouvoir construire le pont. Mais elle n’a plus dégagé les gravats de la voie de l’eau, sous le pont, à la fin des travaux. C’est sur insistance des populations qu’elle avait ouvert les trois mètres afin de permettre à l’eau de circuler sur le côté droit, mais cela est toujours insuffisant. L’eau circule difficilement contrairement à ce que nous voyions avant les travaux », explique Pio Hounkanrin.
Au niveau du deuxième pont de Hêvié, la situation serait la même. D’après les populations, l’entrepreneur aurait empilé huit containers de 40 pieds pour bloquer l’écoulement de l’eau, avant de construire le pont. Il a promis de les enlever à la fin des travaux. Mais il ne l’aurait finalement pas fait. En conséquence, l’eau qui vient du pont Pahou-Tori, n’ayant pas d’issue au niveau du deuxième pont de Hêvié, est sortie de son lit depuis « 2017-2018 ». De plus, une canalisation a été aménagée par des ingénieurs des BTP pour drainer l’eau de la zone dans les caniveaux de la voie inter-Etats Cotonou-Lomé. Or, les caniveaux sont lourdement bouchés au niveau des rails à Pahou. Ainsi, l’eau a du mal à s’évacuer des quartiers de Pahou centre, où de nombreuses villas et maisons sont aujourd’hui envahies par les eaux.
Appel à l’aide
« Ministère du Cadre de vie, Agence nationale de protection civile, mairie de Ouidah, préfet… nous avions écrit à toutes ces autorités. Nous avions eu une séance au ministère du Cadre de vie, à un moment donné, en présence de l’entrepreneur qui n’a plus tenu sa promesse de dégager les voies d’eau à la fin des travaux. Nous avions même envoyé une lettre à la présidence, mais jusqu’à présent nous n’avons pas eu gain de cause », affirme Lucien Tovi Amouzoun, président de l’Association de développement des ressortissants de Gbedjovide Ahouanganmè Pahou centre.
Face à cette situation, les populations ne souhaitent qu’une seule chose. Que le gouvernement du président Romuald Wadagni s’implique directement afin qu’elles puissent regagner leurs maisons. « Nous demandons aux autorités de dégager les voies de circulation de l’eau au niveau des deux ponts et de draguer le lac pour que l'eau puisse circuler normalement », plaide Lucien Tovi Amouzoun. « Ce n’est qu’après ce préalable que chacun de nous peut regagner sa maison », soutiennent les sinistrés rencontrés sur place. Ces derniers espèrent la réaction rapide du gouvernement.
Les dégâts de l’eau ici à Mahouclo (Pahou centre) ne sont qu’une infirme partie du sinistre