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Au cœur de l’anesthésie: Les vérités de Dr Sinmawu Didito Quenum

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L’anesthésie-réanimation est une spécialité où on côtoie au quotidien la mort L’anesthésie-réanimation est une spécialité où on côtoie au quotidien la mort

Entre les histoires entendues et les vraies interrogations, l’anesthésie reste l’une des étapes les plus redoutées lors d’une intervention chirurgicale. Que se passe-t-il vraiment une fois le masque posé ? Quels sont les réels risques et comment sont-ils maîtrisés aujourd’hui ? Pour faire la lumière sur cette discipline et répondre aux questions que chacun se pose, nous avons rencontré pour vous le Dr Sinmawu Didito Quenum, médecin anesthésiste réanimateur (Mar) formé au Bénin et exerçant au Centre hospitalier universitaire (Chu) de Reims, en France.

Par   Karimath Foumilayo LAWANI (Coll.), le 24 sept. 2026 à 02h37 Durée 3 min.
#Au cœur de l’anesthésie

Qu’est-ce que l’anesthésie ?

A = privatif et Esthésie = sensation ou sensibilité, donc privation de la sensibilité. Pour l’Organisation mondiale de la Santé (Oms), l’anesthésie est un ensemble de techniques médicales visant à supprimer ou atténuer la douleur et la sensibilité de façon réversible en vue de la réalisation d’actes chirurgicaux, obstétricaux ou diagnostiques, en garantissant la sécurité des patients selon les normes conjointes de l’Organisation mondiale de la Santé et de la Fédération mondiale des sociétés d’anesthésiologistes (Wfsa). Cette abolition de la sensibilité peut se faire avec perte de conscience: anesthésie générale, ou sans perte de conscience : anesthésie loco-régionale.

Combien de types d’anesthésie existe-t-il ?

Globalement, l’anesthésie se divise en deux types à savoir l’Anesthésie générale qui peut être profonde avec perte de la respiration, ou superficielle avec maintien de la respiration (sédation) ; et l’Anesthésie loco-régionale qui peut se faire dans la région de la moelle épinière (rachi anesthésie, anesthésie péridurale) ou en périphérie (bloc plexique, anesthésie locale pure).

Toutes les anesthésies loco-régionales peuvent être combinées à une sédation ou une anesthésie générale. Elles peuvent avoir un but anesthésique ou analgésique selon le cas.

On parle souvent du réveil lent après l’anesthésie, qu’est-ce que c’est ?

Il s’agit du réveil post-anesthésique dont la rapidité dépend de plusieurs facteurs… Le patient lui-même (la qualité de son foie et de ses reins qui sont les organes éliminateurs des médicaments), le type de produit anesthésique utilisé, la durée totale de l’anesthésie, la quantité totale de produits anesthésiques reçus, etc.

Ils surviennent lorsque l’organisme a quasiment éliminé tous les produits anesthésiques.

On dira que le réveil est lent lorsque le patient ne se réveille pas alors qu'il devrait se réveiller en fonction du temps écoulé depuis l'arrêt de l'anesthésie.

Comment apprête-t-on le patient pour l’anesthésie ?

La préparation du patient à l’anesthésie commence par une consultation pré-anesthésique (Cpa) pour toute chirurgie programmée et toute femme enceinte au 3e trimestre (en prévision de l'analgésie péridurale, ou de la césarienne en urgence). C’est une obligation de sécurité et une obligation légale. Pour les urgences, on fait une évaluation préopératoire dans la mesure du possible. Cela consiste à évaluer l’état du patient sur le plan clinique et le plan biologique, les risques, l'adaptation des traitements habituels du patient, afin de pouvoir faire une anesthésie en toute sécurité. C’est également l’occasion d’expliquer les détails de l’anesthésie, les possibilités, les risques, les mesures de sécurité, et également de rassurer le patient. On peut également recourir à des médicaments pour détendre le patient la veille et le jour de l’anesthésie.

Que conseillez-vous aux personnes qui ont peur de l’anesthésie ?

Avoir peur est humain, mais vous convenez avec moi qu'il est inimaginable de faire une chirurgie sans anesthésie au 21e siècle.

Aussi, au lieu de se laisser dominer complètement par la peur, il faut plutôt militer pour  une anesthésie sécurisée. Exiger de  voir le médecin anesthésiste en consultation pré-anesthésique, vérifier bien qu’il s’agit d’un «médecin », s’assurer que le jour de l’intervention il y aura bien un médecin anesthésiste et un infirmier anesthésiste pour la réalisation de l’anesthésie. Accepter le principe suivant : «la sécurité passe par du matériel de qualité, un personnel qualifié et tout ça a un coût… Économie = insécurité. »

On entend souvent dire que l’anesthésie a été mal dosée et que le patient a rendu l’âme. Est-ce vrai ?

Pas exactement. C’est souvent une expression utilisée à tort. L’anesthésie peut être encore appelée coma artificiel… Donc le patient perd son autonomie et doit être assisté. C’est parfois le défaut d’une bonne assistance qui conduit au décès du patient. Mais le plus souvent, c’est la maladie pour laquelle le patient est opéré ou des complications d’ordre chirurgical qui conduisent au décès du patient. Exemple: une hémorragie importante comme maladie… Ou comme complication chirurgicale.

Pourquoi avez-vous choisi cette branche de la médecine ?

Pour moi, ce fut un choix opérationnel. J’ai suivi la loi de l’offre et de la demande, car c’est l’une des spécialités les plus demandées. Mais une fois à l’intérieur, j’ai su apprécier le métier.

Êtes-vous souvent stressé dans l’exercice de votre métier?

L’anesthésie-réanimation est une spécialité où on côtoie au quotidien  la mort… Aussi bien en réanimation avec les patients en détresse vitale qu’en anesthésie où l’on met volontairement le patient dans un coma artificiel.

Ne pas ressentir de stress ne serait simplement pas  humain. Par contre, nous sommes formés pour contrôler nos émotions et garder toute notre lucidité même dans les situations les plus extrêmes. Il en va de la sécurité de nos patients.