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Formations sanitaires: Aux urgences, la caisse ne passe plus avant la vie

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Depuis l’entrée en vigueur de la prise en charge gratuite et immédiate des urgences vitales, le réflexe du paiement préalable s’efface des hôpitaux béninois. Reportage au cœur d’un changement qui sauve déjà.

Par   Babylas ATINKPAHOUN, le 24 juin 2026 à 07h21 Durée 3 min.
#Mesures sociales #Gouvernement Wadagni

Il fut un temps, pas si lointain, où franchir la porte d’un service d’urgences béninois commençait par un détour obligé : la caisse. Avant le moindre geste, avant même qu’une main ne se pose sur le malade, il fallait constituer un dossier, payer, prouver qu’on pouvait payer. Ce temps est en train de s’achever. La mesure de prise en charge systématique et sans paiement préalable des urgences vitales est désormais effective dans la plupart des structures sanitaires du pays, et les soldats de la santé n’ont pas attendu pour déployer les grands moyens. Sur l’étendue du territoire, des centaines de compatriotes en ont déjà été les bénéficiaires.

Le premier signe du basculement se lit dans l’espace lui-même. En visitant les services d’urgences des hôpitaux publics, on découvre un nouveau format. Partout, ou presque, des aménagements rapides ont été consentis: ici on a agrandi la salle, là on a ajouté des lits, ailleurs on a installé des équipements appropriés. Mais le détail qui frappe le plus, ce sont ces armoires désormais présentes dans la plupart des services. Elles contiennent les kits d’urgence, ce dispositif pensé pour garantir, à toute heure, la disponibilité des produits essentiels à la stabilisation du patient. On les retrouve aux urgences adultes, aux urgences pédiatriques comme à celles de la mère.

“La grande artillerie a été déployée”

Au Centre hospitalier départemental du Zou, le directeur, Dr Carlos Eny, ne cache pas l’ampleur de la mobilisation. Depuis la décision gouvernementale, dit-il, tous les services d’urgences de l’hôpital sont impactés. “Nous avons pris des dispositions pratiques notamment en déployant des moyens matériels conséquents dans tous les services d’accueil des urgences au niveau de la pédiatrie, de la médecine interne, de la maternité, de la réanimation, de la dialyse sans oublier la chirurgie générale. Nous avons mis en place des armoires qui sont dotées d’intrants aussi bien de produits pharmaceutiques que d’autres intrants pour prendre en charge efficacement les urgences.”

Rien n’est laissé au hasard. L’hôpital a bâti tout un système pour que les armoires ne se vident jamais. « Nous disposons d’une check-list pour assurer le suivi du stock de ces médicaments en vue d’organiser le renouvellement des intrants et éviter toute pénurie pouvant entraver la prise en charge. Nous avons mis en place des supports pour assurer la traçabilité de ces intrants et nous responsabilisons davantage le personnel pour implémenter la mesure de façon rigoureuse », détaille le directeur.

Le geste qui ne souffre plus de l’attente

Au Centre hospitalier universitaire de la mère et de l’enfant Lagune et au Cnhu-Hkm, c’est la pratique elle-même qui a changé de nature. Le gynécologue obstétricien Gilbert Fassinou le résume sans détour : il n’est plus question d’exiger une formalité avant d’agir. « Avant, quand les patients venaient en situation d’urgence vitale, il fallait envoyer les parents prendre le dossier médical au niveau de la caisse avant de les examiner. Nous avons supprimé ce dispositif », explique-t-il.

Même son de cloche du côté du chef du service des urgences du Cnhu-Hkm, Dr Hugues Hervé Chobli, qui confirme l’effectivité de la mesure. « Les premières ordonnances ne sont plus adressées aux parents. Nous faisons le nécessaire. Si le patient a besoin d’un certain nombre de produits, de matériels pour être stabilisé, nous le faisons », confie l’urgentiste. Pour ces praticiens qui ont fait le serment d’arracher l’humanité au péril imminent de la mort, la vertu première de la réforme est ailleurs : elle délivre le soignant de l’inconfort et du stress nés de l’indisponibilité des intrants, là précisément où chaque minute compte. « Notre souhait en tant que praticiens, c’est de soigner les patients sans attendre », glisse Dr Fassinou, qui voit ce vœu cher enfin se concrétiser.

D’un hôpital à l’autre, la même phrase revient, comme un soulagement partagé : soigner d’abord, compter ensuite. Le renversement est discret dans ses gestes mais considérable dans ses effets. Là où la caisse imposait sa loi, c’est désormais l’urgence vitale qui commande. Et dans les couloirs des services d’accueil, ce simple déplacement de priorité a déjà la couleur d’une délivrance.